Le rôle de la guerre dans la vie politique romaine à l’époque d’Auguste

Par Yann le Bohec, Colloque "Guerre et politique"
Avec Marianne Durand-Lacaze
journaliste

Rome est presque le modèle parfait de la cité guerrière sur plus d’un millénaire. Yann le Bohec livre son analyse de la Guerre et de la politique dans le cadre du colloque éponyme international initié par Jean Baechler. L’historien antiquisant intervient sur la période de 27 av. J-C à 14 ap. J-C, intervalle du règne d’Auguste qui met fin à la République et inaugure le premier de la longue suite des empereurs romains .

Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : col756
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L’Académie des sciences morales et politiques a organisé un colloque international sur le thème de la Guerre et de la société, le 17 et 19 janvier 2013, grâce au soutien de La Fondation Simone et Cino Del Duca, abritée au sein de l’Institut de France.

Une vingtaine de participants se sont réunis autour du thème spécifique de la Guerre et de la politique, le premier volet d’une démarche scientifique interdisciplinaire qui durera trois ans.


Dans le cadre du colloque international « Guerre et Politique », initié par l’académicien Jean Baechler de l’Académie des sciences morales et politiques, Canal Académie vous propose donc d’écouter la communication de Yann le Bohec, professeur à l’Université de Paris IV-Sorbonne.
Son intervention s’intitule : « Le rôle de la guerre dans la vie politique romaine à l’époque d’Auguste ».



Yann le Bohec commence son intervention en présentant deux paradoxes nécessaires pour la bonne compréhension de sa communication pour les non spécialistes de l'histoire romaine.


Pour les Romains, la guerre était un mal et par conséquent la paix, un bien. Chacun connaît l'expression Pax romana illustration même de l'importance de cette aspiration romaine au point de nous être parvenue par la langue latine servant encore aujourd'hui à définir une période de paix durable sous l'autorité d'un empire ou d'une fédération. Le second paradoxe est l'omniprésence ou référence aux dieux. Cet État qui a conquis tant de territoires, avait un pouvoir militaire subordonné au pouvoir politique, tous les deux étant à leur tour soumis et strictement encadrés par le pouvoir religieux.


Le règne d'Auguste est certes un court moment dans la longue histoire de Rome avant et après le principat. Aucun autre peuple n'a inventé un tel schéma politique. Toute la littérature grecque et romaine impériale montre l'horreur de la guerre, nous dit Yann le Bohec. Les blessés, morts en sursis à cette époque ainsi que les destructions font horreur aux auteurs des sources mais cela ne signifie pas que les Romains refusent le recours à la guerre dans les conflits qui les opposent aux autres peuples. De même, parler de pacifisme à propos de Virgile le plus grand poète de la langue latine, serait un anachronisme. La guerre était soumise au droit et à l'autorisation des dieux. Quand la guerre était engagée, elle ne pouvait s’arrêter qu'avec la victoire. Le peuple romain se considérant comme le plus pieux des peuples, les dieux ne pouvaient que leur accorder la victoire, donc s'ils perdaient c’est que les dieux étaient distraits. La paix apportaient la felicitas. Ce premier schéma est identifiable sur toute la durée de l'histoire romaine. Il n'a connu que deux modifications. Sous Hannibal au moment de la deuxième guerre punique, le sénat romain s'est prononcé contre une capitulation. Donc suite à cette position inhabituelle car le sénat n’était pas censé intervenir, il a été dit que les dieux donnaient la victoire au sénat qui la donnait aux Romains. La deuxième petite modification, s'est produite sous Auguste : ce n'est plus au Sénat que les dieux accordaient la victoire mais à Auguste, à l'empereur. Une subtilité politique qui se répercute sur tout l'empire.



Découvrez le sens politique des Romains et leur rapport à la guerre en écoutant la totalité de la communication de Yann le Bohec, professeur d'histoire ancienne à la Sorbonne.

Le chercheur présente dans son intervention sa version du coup d'État à Rome. L’armée se révolte quand son souverain n'a plus l'appui des dieux. Il aborde ce qui se passait à la périphérie de l'empire, les guerres civiles, les Gaulois, comme les autres peuples, tous ces gens étaient prêts à se révolter si une menace planait pour défendre Rome. Quelle interprétation faire des documents, de la statuaire, du mausolée d'Auguste, du carré du temple de Nîmes...Écoutez l'intégralité de sa communication en téléchargeant cette émission.



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