Les pratiques religieuses dans la Chine contemporaine, par Vincent Goossaert, directeur de recherches au CNRS

Retransmission de la séance du 4 juin 2012 à l’Académie des sciences morales et politiques
Marianne BASTID-BRUGUIERE
Avec Marianne BASTID-BRUGUIERE
Membre de l'Académie des sciences morales et politiques

Quelles sont les formes qu’adoptent aujourd’hui les pratiques religieuses en Chine, et, selon les régions et les milieux, comment comprendre la question religieuse, faite à la fois d’interdits et de renouveau ? Telles sont quelques unes des questions abordées par Vincent Goossaert, spécialiste des études taoïstes, directeur de recherches au CNRS, qui a publié plusieurs travaux sur ces questions. Il a donné sa communication devant les académiciens réunis en séance le lundi 4 juin 2012.

Entrez grâce à Canal Académie dans la salle des séances. Vous entendrez d’abord la présidente pour l’année 2012, Marianne Bastid Bruguière, qui présente, en le résumant, le parcours de Vincent Goossaert, spécialiste des études taoïstes.

Rappelons que le texte ci-dessous ne constitue qu'un résumé de la communication donnée par Vincent Goossaert et qu'il convient d'écouter l'intégralité de l'émission pour avoir accès à toutes les précisions, indications et nuances fournies par ce dernier. L'intégralité du texte est disponible sur le site de l'Académie : www.asmp.fr


Dans son introduction, l'intervenant invité à poser quelques repères :
- les Chinois ne sont ni plus ni moins religieux que d'autres peuples
- certains enjeux géopolitiques par rapport à des minorités restent des questions sensibles (Droits de l'Homme, Tibétains, Ouighours...)
- Les organisations religieuses facilitent quelquefois les relations entre la Chine et Taïwan
- Le nationalisme chinois a évolué sans toujours prendre en compte la dimension religieuse émergente
- La Chine est de plus en plus présente dans les réseaux internationaux, elle exporte ainsi ses problèmes religieux
- En France, on estime entre 600.000 et 1 million le nombre de Chinois.
- La question religieuse est-elle en renouveau ? Les diversités sont de plus en plus visibles. Le XXe siècle a été un siècle de transformations, de destructions (de temples) mais aussi de créations de nouvelles formes religieuses. On y trouve à la fois des interdits et une effervescence.

Vincent Goossaert trace dans les grandes lignes l'histoire religieuse de la Chine, de la fin de l'Empire (1911) à la République. On est ainsi passé d'une théocratie à un régime laïc autoritaire (qui n'est pas sur le modèle de la laïcité à la française). On a fait émerger des formes acceptables de religions.

- Ainsi 5 religions sont reconnues par le régime : catholicisme, protestantisme, bouddhisme, taoïsme, islam.

Elles bénéficient à ce titre d'une sorte de protection... mais les autres ? Elles ont vu la destruction de leurs lieux de culte, la dispersion des associations.

- Les cultes traditionnels locaux, avec des "saints personnages" vénérés dans les temples, ont été la cible de plusieurs campagnes "d'anti-superstition" : des villages ont été rasés, les temples transformés en écoles, et les gens déplacés. Après 1978, on a pu noter une certaine reconstruction mais de façon très inégale. Ces cultes traditionnels gérés par des communautés locales n'ont pas d'organisation nationale et ne sont pas reconnus au titre de religions. Il faut préciser la grande différence entre les villes et les campagnes et noter que, généralement, il y a perte de la culture religieuse, bien qu'il reste difficile de généraliser.

Les religions "reconnues" sont-elles en expansion ? Les chiffres sont sujets à controverse et les estimations peu fiables...
-Pour les Catholiques, qui étaient 3 millions environ en 1949, ceux-ci seraient 12 à 13 maintenant. Le catholicisme est en Chine une religion "communautaire" (certains villages entiers sont catholiques, d'autres pas du tout).
-Les Protestants seraient passés de 1 million à entre 15 et 80 millions, autant dire que les chiffres restent imprécis. Les Églises sont néanmoins en expansion, bien que beaucoup soient en rupture avec les Églises protestantes officielles.
-Les Bouddhistes sont implantés depuis longtemps mais c'est de date récente qu'ils s'identifient clairement comme tels. La question des Tibétains reste, on le sait, délicate, combinant des facteurs religieux et ethniques.
-Les Musulmans s'identifient eux aussi comme tels, ceux de langue chinoise sont plus favorisés que ceux de langue turque, notamment ouïghour.

- Quant aux nouveaux mouvements religieux, ils recyclent des thèmes eschatologiques ; la rigueur morale est exigée pour compter parmi les élus...

- le confucianisme n'était pas reconnu au début de la République ; il n'a pas disparu, il est plutôt réinventé sous d'autres formes (philosophiques, politiques...).

En conclusion, les religions en Chine se situent donc dans un cadre très pluraliste. Avec un héritage particulier : un siècle de politique anti-superstition. Reste un noyau dur d'athées (20 à 30 %) tandis que s'affirment ceux qui se disent religieux (10 %). Beaucoup de pratiquants religieux croient en la rétribution des actes. L'effervescence religieuse est notamment perceptible dans les librairies où une abondance de livres à thèmes religieux (signe d'un "bricolage" ?) est proposée aux lecteurs.

Pour aller plus loin :


Parmi les ouvrages publiés par Vincent Goossaert, on peut recommander son ouvrage Dans les temples de la Chine, rites populaires et religion savante chez Albin Michel ainsi que son Découvertes Gallimard sur le Taoïsme.

Le texte de cette communication peut être lu dans son intégralité sur le site de l'Académie des sciences morales et politiques


Précisons que ce texte est le chapitre de conclusion de la version française de La question religieuse en Chine moderne, à paraître à CNRS éditions à l’automne 2012. La version anglaise est parue comme Vincent Goossaert & David A. Palmer, The Religious Question in Modern China, Chicago, University of Chicago Press, 2011.


Toutes les communications de l’année 2012, série intitulée par la présidente Marianne Bastid Bruguière, Asymétries et forces neuves du monde actuel sont enregistrées par Canal Académie, disponibles à l’écoute et au téléchargement et en libre accès permanent.


Écoutez :
Eric-Emmanuel Schmitt : en quête de la sagesse immémoriale de la Chine
Marianne Bastid-Bruguière, Le débat intellectuel en Chine
Monseigneur Jin Luxian, un catholique dans la Chine du XXe Siècle
Marianne Bastid-Bruguière : Les Chinois et les révoltes du monde arabe

Cela peut vous intéresser