Henri IV : rumeurs, complots et légendes

Avec Yves-Marie Bercé, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
Avec Anne Jouffroy
journaliste

Yves-Marie Bercé retrace le génie secret dont fit preuve Henri IV pour mettre en scène sa propre légende. Historien à la fois de la grande histoire politique traditionnelle et des opinions populaires, des révoltes, des complots, des conjurations et des moments inachevés de l’histoire, l’académicien détaille ici les éléments de l’assassinat du roi.

Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : hist605
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L’étude des rumeurs est une nouvelle source de l’histoire. Elle révèle les espérances, les angoisses, les engagements et les partis pris qui animent les peurs et les émotions populaires.
Le « Bon Roi Henri » le savait déjà et semble avoir toujours été fort attentif aux réactions populaires. Il connaissait les virtualités de l'opinion publique. Sa compréhension allait jusqu'aux aspects irrationnels des représentations, des légendes et des rumeurs. Il s'appliqua à s'identifier à l'image mythique ou traditionnelle du bon prince et à imposer cette image dans les écrits populaires. Quelques exemples de ces rumeurs apologétiques, écrits de propagande, gestes symboliques illustrent la politique d’Henri IV :

- Le récit - bienvenu pour le mythe fondateur du nouveau roi Bourbon - mettant en scène le « Grand Veneur », un personnage fantastique issu de la forêt, qui lui serait apparu au cours d’une chasse ;

- Le prénom du dauphin Louis, prénom un peu démodé pour les rois en 1601, mais qui rappelle Saint-Louis. Il s’agit d’une part d’affirmer que la dignité royale d'Henri IV résulte d'un droit qui défie les siècles et non d'une opportunité politique imposée par les événements, et d'autre part que la catholicité de sa couronne n'est pas le résultat d'un calcul momentané mais vient d'un héritage d'un héros de la sainteté.

- Le rite des écrouelles par lequel les rois de France guérissaient les scrofuleux. Le roi Henri aimait respecter cette coutume : il semblait y découvrir une preuve intime de sa légitimité et de sa vocation et, peut-être aussi, un réconfort dans les tourments de sa conscience.

Peter Paul Rubens - La Réconciliation d’Henri III et d’Henri de Navarre (1628, Oil on panel)



Henri IV se présentait comme le héros providentiel de l'instant, victorieux et glorieux, marqué du destin, envoyé de la providence et identifié au salut du royaume et de son peuple.

Complots et conspirations furent nombreux, cependant, sous son règne alors que depuis 1598, avec le Traité de Vervins et l'Édit de Nantes, la paix était revenue dans le royaume.
Henri IV avait signé, en effet, deux documents essentiels : le Traité de Vervins arrêtant les hostilités avec la couronne d'Espagne et l'Édit de Nantes consacrant la paix religieuse en France. Cette politique pacifiste tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays répondait bien plus à des sentiments de lassitude générale et de résignation de tous les belligérants qu'à la mise en œuvre de principes d'une politique moralisée.

Le 14 mai 1610, vers quatre heures de l'après-midi, Henri IV traversait Paris du Louvre à l'Arsenal pour observer les travaux de décoration de la fête du dimanche suivant en l’honneur de la reine Marie de Médicis sacrée la veille à St Denis. Parvenu rue de la Ferronnerie, dans un étranglement du seul axe-ouest de la rive droite, alors que le carrosse du roi s'était mis au pas, un forcené, se penchant par la portière, porta deux coups de couteau à un Henri IV qui mourut quelques minutes après.

L'affaire Ravaillac ne faisait que commencer ; le meurtre du roi et ses conséquences capitales pour la France et l’Europe était-il :
- un accident imprévisible?
- l'œuvre d'un dément?
- le résultat d'un complot?
- l'aboutissement d'une longue crise de confiance ?

Il semble que Ravaillac ait répondu implicitement à ces questions. Torturé avec acharnement, il n’a jamais donné le nom d’un quelconque complice. Cette attitude de la part d’un coupable avéré, qui n’avait plus rien à perdre, donne à penser qu’il avait agi seul.


La franche impopularité du roi en 1609 et 1610 fut remplacée dès la nouvelle de sa mort par une sincère et universelle émotion, même une « déploration » : projets de guerre, scandales sentimentaux, impôts... Tout fut oublié et on ne se souvint plus que des mérites historiques du roi.

Henri IV a rejoint, ainsi, son cher Saint-Louis dans le Panthéon des « Bons Rois » populaires et emblématiques des souverains de France.

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