Henri IV : des boîtes cachées dans sa statue équestre

avec Jean-Pierre Babelon, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
Jean-Pierre BABELON
Avec Jean-Pierre BABELON
Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

La statue monumentale d’Henri IV à cheval, à Paris, a subi bien des vicissitudes et une récente restauration a permis de découvrir à l’intérieur des boîtes cachées. Jean-Pierre Babelon était présent. Il raconte ici l’histoire de cette oeuvre d’art en bronze et dévoile le contenu de ces mystérieuses boîtes.

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L’inauguration de la statue. A droite, la tribune officielle à l’entrée de la place Dauphine.

Le 25 août 1818 Paris est en fête. C’est la saint Louis, prénom de nombreux rois de France, dont le roi Louis XVIII. Sur le Pont Neuf, la foule se presse pour assister à l’inauguration d’une statue équestre monumentale, en bronze, celle du roi Henri IV, fondateur de la lignée des rois Bourbon. Une manière donc, de légitimer le roi revenu à Paris trois ans auparavant. Comme dans toute inauguration, il y a une tribune officielle, dressée en face à l’entrée de la place Dauphine, et il y a des discours, et ce jour-là, c’est le marquis de Marbois qui célèbre, devant Louis XVIII, la mémoire d’Henri IV, modèle des rois. On distribue des médailles. Et notamment pour chacun des souscripteurs de cette statue dont les fonds nécessaires avaient été réunis par souscription nationale.

Cette émission recouvre à la fois l'Histoire et l'Art, puisque cette statue est une œuvre d’art. Située sur le Pont Neuf à Paris, elle a subi les vicissitudes de l’Histoire, depuis sa conception par Marie de Médicis jusqu'à son érection sous Louis XVIII.

En 2005, l’administration des Monuments historiques, décide un programme de restauration du Pont Neuf à Paris qui impose un traitement spécifique de la statue équestre du roi Henri IV qui se dresse sur le terre-plein dominant le jardin du Vert Galant. Admirable endroit, l’un des plus beaux de Paris, sans doute*

Ce pont-neuf, c'est Henri III qui en avait décidé la construction pour relier au quartier du Louvre un quartier plus déserté, de l'autre côté de la Seine, la rive gauche. On s'attendait à un pont habité, avec des constructions dessus. Il n'en fut rien car Henri IV, poursuivant l'oeuvre, décida d'en faire un pont promenade, avec quelques "balcons" arrondis pour s'y reposer et admirer la Seine !

Revenons à l’histoire de cette statue.

1. premier épisode : l'érection en 1614 (rappelons, s’il en est besoin que Henri IV a été assassiné en 1610). Jean-Pierre Babelon insiste sur le rôle des Médicis dans la volonté d'honorer la mémoire d'Henri IV (de nouvelles recherches aux Offices de Florence l'ont confirmé).
La statue, fondue en Italie, arrive au port de Livourne, fait naufrage en Sardaigne, est repêchée, transportée au Havre, puis arrive à Paris par la Seine, 4 juillet 1614.


2. deuxième épisode : la Révolution. Le 10 août 1792, prise des tuileries, abolition de la monarchie, on ordonne la destruction de tous les monuments du despotisme, dont la statue d’Henri IV. Mais les citoyens de la section Henri IV chargés de la destruction ne le font pas de gaîté de cœur…


3. troisième épisode : élévation d’une nouvelle statue équestre. D'abord en plâtre qui doit être prête pour l’entrée solennelle de Louis XVIII dans Paris le 3 mai 1814. Elle l'est grâce au rapide talent de Henri Victor Roguier.

Mais on envisage une statue de bronze qui serait l'œuvre du sculpteur, François Frédéric Lemot. C’est un lyonnais auquel on doit d'autres statues monumentales, celles de Louis XIV sur la place Bellecour de Lyon entre autres. Il se met au travail mais les bouleversements politiques continuent : retour de l'ile d'Elbe, fuite de Louis XVIII. Après les Cent jours qui ont suspendu tous les travaux, Lemot peut enfin travailler pour le retour de Louis XVIII le 8 juillet 1815. Avec quel bronze édifier la statue ? On fit fondre quelques souvenirs napoléoniens...

Enfin, la statue de bronze, coulée dans la fonderie du Roule est prête, mais il faut qu'elle soit tirée jusqu'au pont neuf... Les chevaux s'y épuisent, et même les boeufs ! Alors, d'un seul élan, le peuple de Paris s'attèle au charriot et le tire jusqu'au lieu prévu !

Victor Hugo chantera, l’année suivante, cet exploit… en rédigeant une ode :

« Par mille bras traîné, ce lourd colosse roule…
tout un peuple a voué ce bronze à ta mémoire…
»

(Victor Hugo, odes et ballades, ode VI, « le rétablissement de la statue de Henri IV », 1819).


La statue restaurée (cl. Chr. Pelletier, Institut de France)



L'inauguration officielle a donc lieu le 25 août 1818. Et ce jour là, on place, comme il est d'usage, -et Jean-Pierre Babelon le confirme- dans le corps du cheval quatre boîtes de cèdre, boîtes qui ont été retrouvées lors de la restauration de 2004, mais trois autres boîtes, elles, n’avaient été mentionnées nulle part.
Les boites « officielles » contenaient le procès verbal de l'événement, la liste des souscripteurs et quelques grandes oeuvres de l'histoire d'Henri IV plus des médailles.
Mais que contenaient les petites boîtes dont l’existence ne figurait pas dans les documents ? Elles furent ouvertes, et seule celle en bois permit de retrouver la liste des souscripteurs.
Ainsi on s'assurait que la présence d'une éventuelle figurine de Bonaparte, qui aurait été cachée par le ciseleur Mesnel, bonapartiste fervent, n'était qu'une légende…

Les grandes boîtes sur l’échafaudage, après extraction (cl. J.-P. Babelon)



Deuxième boîte cylindrique et son contenu (Arch. nat. AE \/I\/15bis\/5\/2-3, cl. Atelier photo Arch. nat.).



Toute cette histoire a été rédigée par Jean Pierre Babelon dans le volume 87 d’une publication intitulée Monuments et Mémoires de la Fondation Piot.

Jean-Pierre Babelon rappelle qu'Eugène Piot fut un archéologue du XIX ème siècle qui légua sa fortune à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, laquelle publie chaque année, des notices sur des objets archéologiques de première importance.

Jean-Pierre Babelon, est, avec ses confrères, Jean-François Jarrige (orientaliste) et Jean Marcadé (hélléniste), l’un des directeurs de cette collection.On peut ce procurer les numéros publiés auprès des éditions de Boccard.

Pour terminer l'émission, Jean-Pierre Babelon raconte qu'il vient d'examiner la statue équestre du connétable Anne de Montmorency (le conseiller d'Henri II) qui se trouve à Chantilly et qu'il a été frappé par la qualité et la finesse de la ciselure du bronze. Une oeuvre dûe au sculpteur Paul Dubois, restaurée, ainsi que le parc du Château, grâce à la fondation Aga Khan.


L’échafaudage dressé autour de la statue (cl. J.-P. Babelon)


La trappe dans le dos du roi, refermée (cl. J.-P. Babelon)







Mieux connaître Jean-Pierre Babelon

Jean-Pierre Babelon, historien archiviste paléographe, a publié de nombreuses études sur les grands monuments nationaux, et pour n'en citer que quelques unes : la Ste Chapelle, l’Eglise St Roch à Paris, le Louvre, le quartier du Marais, les châteaux de France, tant Versailles que Chantilly et ceux de la Loire. Il a consacré plusieurs ouvrages au béarnais, le bon roi Henri, Henri IV, il est d’ailleurs le président de la Société Henri IV.
Il a écrit aussi un très bel album sur l’histoire architecturale de l’Institut de France, et récemment il s'est penché sur les fresques du Primatice à l’abbaye royale de Chaalis.

Vous pouvez écouter avec Jean-Pierre Babelon plusieurs émissions sur Canal Académie :
- Le Primatice : "lecture" de ses fresques à Chaalis
- Primatice à Chaalis
- Bicentenaire de l’Institut de France 1805-2005
- et la chronique de Jacques Rigaud sur le "Découverte-Gallimard" de Jean-Pierre Babelon Les archives nationales de la France de Jean-Pierre Babelon, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

Consulter sa fiche sur le site de l'Académie




* Les fenêtres du studio de Canal Académie donnent sur cette vue exceptionnelle !

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