"Thérèse Desqueyroux", le roman de François Mauriac, à nouveau porté à l’écran

Audrey Tautou incarne Thérèse devant la caméra du regretté Claude Miller
Le film "Thérèse Desqueyroux" sort sur les écrans en cette fin novembre 2012. Canal Académie reçoit Natalie Carter, scénariste-adaptateur-dialoguiste et Gérard de Battista, directeur de la photographie-cadreur. Tous deux ont travaillé avec le réalisateur français Claude Miller (La meilleure façon de marcher, Garde à vue, Mortelle randonnée, l’Effrontée, La petite voleuse, Un secret, Voyez comme ils dansent) à la seconde version cinématographique du célèbre roman paru en 1927 "Thérèse Desqueyroux" de François Mauriac, de l’Académie française, Prix Nobel de littérature en 1952.


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : foc716
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Date de mise en ligne : 11 novembre 2012

Voici donc un échange de témoignages, de souvenirs de travail et de vie, de réflexions, d’expériences, de créations autour du film "Thérèse Desqueyroux" adapté de l’oeuvre de François Mauriac de l’Académie Française, évoqués par la scénariste, adaptatrice et dialoguiste de ce film : Natalie Carter et le directeur de la photographie - cadreur Gérard de Battista avec qui le cinéaste disparu en avril 2012, entretenait une belle complicité de travail.

Audrey Tautou et Gilles Lellouche, dans les rôles de Thérèse et Bernard Desqueyroux, au moment où tout était encore possible...
Audrey Tautou et Gilles Lellouche, dans les rôles de Thérèse et Bernard Desqueyroux, au moment où tout était encore possible...

Natalie Carter, qui a travaillé sur les films :"Le Caméléon" de Jean-Paul Salomé, "Le balcon sur la mer" de Nicole Garcia, "Crimes d’amour" d’Alain Corneau, et sur le dernier thriller de Brian de Palma "Passions" confie à Canal Académie :

"J’ai rencontré pour la toute première fois Claude Miller à l’occasion d’un projet d’adaptation pour la télévision du roman de Romain Gary "Lady L.". Peu de temps après, Claude et moi, commencions à travailler à son film "Un secret" ; ce fut-là, ma première vraie collaboration avec Claude et mon premier scénario pour le cinéma. J’ai donc fait mes premières armes au cinéma avec lui. Claude a été mon "Père de cinéma".

Pour parler du regard que Claude Miller a posé sur Thérèse, je dirais que Claude aimait les femmes ; je ne parle pas de compassion, mais d’amour. Claude a fait le choix de filmer une Thérèse plus humaine, plus accessible que celle de François Mauriac. Claude, sur le dernier plan de son film, qui est différent de la dernière description de Thérèse dans le roman, sauve Thérèse ; il se passe exactement la même chose que dans le roman, mais cela est vu et interprété de façon différente : Claude libère Thérèse, Mauriac la rend à sa solitude.

C’est vraiment quelque chose qui m’a beaucoup frappée ; nous en avons beaucoup parlé avec Claude ; quand Thérèse quitte Bordeaux et se rend à Paris, pour Mauriac Paris sera la nouvelle prison de Thérèse, son nouveau lieu d’enfermement, alors que pour Claude, Thérèse va trouver à Paris, sa nouvelle liberté et son indépendance.

Le cinéaste Claude Miller.

Gérard de Battista déclare :"je me souviens avoir dit autour de moi, aux jeunes assistants-caméra « Essayez de savourer chaque instant, parce que je vous dis des tournages comme ça et des réalisateurs comme ça, vous n’en verrez pas souvent."

D’ailleurs, dans le dernier plan du film de Claude Miller, Thérèse marche vers la caméra, tandis que Mauriac écrit : elle s’éloigne dans la foule, et disparaît.

François Mauriac a donné une suite à son roman sous la forme de deux nouvelles : "Thérèse à l’Hôtel" et "Thérèse chez le Docteur", ensuite il écrivit « Avant la fin de la nuit ». Je pense que Thérèse était un personnage qui le hantait, dont il a eu beaucoup de mal à se défaire ; il disait que Thérèse avait ses doutes, ses interrogations, ses contradictions qu’il a exposés, partagés mais qu’il n’a jamais absouts puisqu’il ne sauve pas Thérèse dans « Avant la fin de la nuit ».

Gérard de Battista est le collaborateur depuis les années 1980 de réalisateurs reconnus. On trouve parmi eux, les noms de Gérard Jugnot, Bernard Rapp, Josiane Balasko, Claude Lelouch, Bertrand Blier, Claude Miller pour le cinéma, Bernard Stora et Serge Moati pour la télévision.

Gérard de Battista, Directeur de la photographie - Cadreur du film "Thérèse Desqueyroux réalisé par Claude Miller
Gérard de Battista, Directeur de la photographie - Cadreur du film "Thérèse Desqueyroux réalisé par Claude Miller

Gérard de Battista : "J’avais fait la photographie d’un film de Bernard Stora "Un dérangement considérable" produit par Claude Miller, c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés avec Claude ; il m’a ensuite proposé de travailler sur son film "La petite Lili", qui a été sélectionné au Festival de Cannes en 2003 ; vinrent ensuite "Un secret", "Voyez comme ils dansent" et en 2012 "Thérèse Desqueyroux", en tout quatre films en dix ans.

Le dernier film de Claude Miller "Thérèse Desqueyroux" a été présenté à Cannes, hors compétition, à la fin de la soirée de remise des prix ; ce soir-là les acteurs et l’équipe technique du film étaient là ; avant la projection, il y eut une belle présentation émouvante du film et de l’oeuvre de Claude par Thierry Frémaux - directeur de l’Institut Lumière de Lyon et le délégué général du Festival de Cannes - devant un portrait géant de Claude ; et ce que nous avons constaté, c’est que d’ordinaire après la remise des prix à Cannes, la moitié de la salle se vide, les gens s’en vont ; là, en cette circonstance, tout le monde est revenu, la salle était comble jusqu’à la fin du film.

Un autre moment de cette soirée dû uniquement au hasard des choses, fut aussi marquant et symboliquement for t : Audrey Tautou dut remettre un prix, et elle se retrouva sur scène, pour cette remise, aux côtés d’Emmanuelle Riva qui fut la première "Thérèse Desqueyroux" au cinéma, celle du cinéaste Georges Franju ; ce soir-là en effet, le film "Amour" de Michael Haneke dont Emmanuelle Riva était l’interprète féminine remportait la palme d’or. Voir les deux Thérèse, côte à côte, dans ce cadre particulier et impressionnant du festival de Cannes, a été quelque chose d’assez extraordinaire et de très émouvant. Un bel hommage posthume rendu à ces trois hommes disparus : Mauriac, Franju, Miller qui pendant un temps de leur vie ont aimé, chacun à sa manière, une même femme : Thérèse Desqueyroux...

- Natalie Carter : Claude n’a pas voulu voir la version de Franju ; il m’a dit « Vous serez mes yeux, mais ne m’en parlez pas trop ». Je suis donc allé voir le film de Franju qui est un très beau film dont le scénario a été écrit par Mauriac et qui est de ce fait excessivement fidèle au livre ; il y a une voix off qui dit le texte de Mauriac, il y a une magnifique interprétation de Philippe Noiret et Emmanuelle Riva mais c’est un film beaucoup plus froid, drastiquement différent de celui de Claude ; je trouve que la Thérèse de Claude est beaucoup plus incarnée.

Claude ne connaissait pas Mauriac, en fait il m’avait dit « Mauriac, ce n’est pas ma culture » ; le producteur Yves Marmion avait proposé à Claude la lecture du « Désert de l’amour », sans succès, le livre n’a pas plu à Claude ; ensuite Yves lui a dit « lisez Thérèse Desqueyroux » ; je lui ai confirmé que le roman et son héroïne lui plairaient sans aucun doute, « C’est un personnage de femme fait pour vous » lui ai-je dit, « Elle va vous fasciné ». Il a immédiatement été très emballé par la lecture du livre et la découverte du personnage de Thérèse".

- Gérard de Battista :"Nous voulions absolument que Claude voit son film le plus vite possible mais il n’a pu le voir dans sa version définitive dans de très bonnes conditions ; on lui a montré l’étalonnage sur un écran vidéo, non pas à partir d’un DVD mais d’un fichier numérique de très bonne qualité, à l’hôpital, dans sa chambre. En préparation de film, au tournage, au montage, Claude ne me parlait jamais de sa maladie. Pendant le tournage, il avait des difficultés pour marcher, mais il n’était en rien diminué au niveau de sa création, de ce qu’il avait à dire, dans la manière de diriger les acteurs, et l’équipe ; Claude n’a jamais été quelqu’un collé derrière son écran et parlant aux acteurs de loin ; j’ai fait 4 films avec lui, c’est un grand directeur d’acteur, mais je n’ai jamais su comment il faisait parce qu’il leur parlait à l’oreille : il se levait après chaque prise et allait leur parler de près, et la plupart des gens de l’équipe n’entendait pas ce qu’il leur disait. Il y avait sur le plateau de tournage de Thérèse, un grand silence, un grand respect ; quelque chose que je garderai toujours en mémoire toute ma vie : sur la dernière feuille de service, le dernier jour de tournage, Claude avait écrit sur une note à l’intention de l’équipe une consigne qui devait être à peu près ça : « Il faudrait ajouter au générique : - Film fait avec la collaboration de tous les membres de l’équipe » - et textuellement il avait ajouté « Je vous aime définitivement, Claude Miller » Il y a eu vraiment quelque chose autour de Claude, pendant ce tournage, chacun avait envie de donner le maximum. C’est un film particulier, je ne peux pas le regarder de manière neutre. Quand le générique de fin arrive, j’ai beaucoup d’émotion".

- Natalie Carter : « Je vais en général peu sur les tournages, mais je dois dire qu’il y avait une ambiance particulière sur le tournage de ce film. On avait l’impression d’une solidarité incroyable autour de Claude ; personne n’en faisait trop mais on sentait que tout le monde était incroyablement investi."

- Gérard de Battista : « C’était une équipe très jeune, il y avait beaucoup de jeunes techniciens qui venaient de la région de Bordeaux ; et je me souviens avoir dit autour de moi, aux jeunes assistants-caméra « Essayez de savourer chaque instant, parce que je vous dis des tournages comme ça et des réalisateurs comme ça, vous n’en verrez pas souvent. Avec Claude, je me souviens avoir commencé à parler de ce film, pendant le tournage du long-métrage précédent de Claude "Voyez comme ils dansent" qui nous avait entrainés à traverser, en train, le Canada d’Est en Ouest ; Claude m’avait dit " j’ai un projet "Thérèse Desqueyroux" ; dès que le scénario sera prêt, je te le donnerai. Dès notre retour à Paris, je me suis précipité sur le livre que j’avais lu des années auparavant, je l’ai relu. Le paradoxe est que Claude venait de tourner deux films basés sur l’utilisation de la technique du retour en arrière, pourtant là, pour ce roman dont l’histoire est entièrement bâtie sur le retour en arrière, il a choisi l’option du récit chronologique... »

- Nathalie Carter : « Claude a choisi ce mode narratif chronologique aussi parce qu’il avait une volonté de montrer l’évolution de Thérèse c’est-à-dire depuis la lumière, la chaleur, la confiance de l’enfance jusqu’au meurtre et l’enfermement et l’ombre ; je trouve que c’est un parti pris très intéressant du film. Dans ce personnage de Thérèse prisonnière d’elle-même, de son mariage, de sa famille, de la société qu’Audrey Tautou interprète remarquablement, cette comédienne réussit à traduire cette atmosphère d’isolement intérieur et de mise à distance par rapport aux autres personnages et dans le même temps toute la violence contenue mais bouillonnante à l’intérieur de cette femme. Audrey Tautou incarne superbement le mystère de Thérèse.

Nous avions beaucoup parlé avec Claude de l’une des scènes clé du film lorsque les circonstances vont placer et tenter Thérèse de prendre la voie du geste criminel ; on voulait que cette scène arrive et soit vécue de façon très naturelle ; nous avions évoqué le thème de la curiosité, Gide avait parlé de « l’infernale curiosité qui pouvait amener à la mort », il y a de ça dans le geste de Thérèse ; il fallait que quelque chose se passe, s’ouvre, sorte de cet enlisement familial, comme cela est dit dans le livre.

Dans ce premier geste de Thérèse, il y a avant tout l’attitude de ne pas dire, de ne rien faire, de n’être ni intervenante ni agissante, elle regarde, observe avec cette infernale curiosité… Elle le fait presque pour voir ce qui va se passer, c’est ce que nous nous disions avec Claude ; ensuite elle fait son choix, devient agissante pour faire enfin bouger les lignes, pour que quelque chose se passe et rentre dans un affreux devoir, c’est ce qu’elle dit à la fin".

Thérèse Desqueyroux, sur le chemin du crime. Gide avait parlé de « l’infernale curiosité qui pouvait amener à la mort », il y a de ça dans le geste de Thérèse ; il fallait que quelque chose se passe, s’ouvre, sorte de cet enlisement familial, comme cela est dit dans le livre.
Thérèse Desqueyroux, sur le chemin du crime. Gide avait parlé de « l’infernale curiosité qui pouvait amener à la mort », il y a de ça dans le geste de Thérèse ; il fallait que quelque chose se passe, s’ouvre, sorte de cet enlisement familial, comme cela est dit dans le livre.

« Dans Souffrances et bonheur du chrétien, Mauriac écrivait « Le christianisme ne fait pas sa part à la chair. Il la supprime. » C’étaient là, les grandes contradictions de Mauriac lui-même et celles de Thérèse. Le plaisir des sens en éveil, la joie de vivre en toute innocence, tout cela est très ardemment et joliment démontré dans les premières scènes du film, et ensuite progressivement la distance va se faire entre Thérèse et sa future jeune belle-sœur avec qui elle partage tout. Elle choisit le mariage parce qu’il lui faut mettre un cadre à tout, il y a des choses autorisées et celles qui ne le sont pas, elle dit « Je n’aurai plus peur, toutes ces idées que j’ai dans la tête se calmeront, se tairont… » Personnage de femme universel et intemporel qui se bat pour une manière d’indépendance et de liberté d’esprit ; des femmes enfermées dans le non-dit, il y en a encore beaucoup autour de nous et dans le monde ; les secrets de famille, il y en a encore aujourd’hui, énormément, c’est quelque chose qui perdure, on peut se perdre dans un secret de famille.

Dans les 3 films que nous avons faits ensemble, l’eau occupe symboliquement une place importante ; dans Thérèse l’eau représente la sensualité, et la liberté ; c’est important parce que le symbole de l’eau pour Mauriac, dans Thérèse, il en a parlé, c’est avant tout une eau dans laquelle on se noie, c’est une eau qui charrie la boue, alors que pour Claude l’eau c’est la pureté, la sensualité et c’est la liberté. Il faut recouvrir, on tait, on ne dit rien, on doit étouffer l’affaire, il ne faut pas que le scandale arrive, le secret doit être enfoui, on n’en saura jamais rien »

- Gérard de Battista : "Tout le tournage du film s’est effectué à Bordeaux ; le livre date de 1927, le film respecte tous les détails de cette époque ; costumes, voitures, lumières… Aujourd’hui, sur les plateaux de tournage, nous disposons d’écrans qui nous permettent de voir de façon assez fidèle ce que sera l’image finale du film. Mon rôle consiste à faire des propositions avec des éclairages plutôt faibles en intérieur car je sais qu’à cette époque, même pour ceux qui avaient l’électricité, la lumière n’avait pas l’intensité d’aujourd’hui ; on est allé assez loin dans la profondeur, dans le côté isolé des gens, dans la petite sphère de lumière de chaque lampe avec du noir tout autour ; le choix du format d’écran aussi, le format scope qui offre un grand écran, nous a aidé à créer cette atmosphère de solitude et d’enfermement par l’utilisation conjointe des verticales ; les personnages sont sans arrêt dans des lignes verticales, qu’elles soient matérialisées par des portes, des murs, pour isoler les gens à l’intérieur d’un écran très large. C’était vraiment l’une des propositions du film. Dans les scènes d’émotion, Il y a un rapport de la caméra par rapport à l’émotion qui est formidable chez Miller, il disait « Moi, je ne vais jamais filmer quelqu’un de face quand il pleure, parce que quand j’ai quelqu’un qui pleure en face de moi, je tourne la tête, je regarde ailleurs ». Il avait une grande pudeur par rapport à ces émotions et situations et il demande à la caméra, en quelque sorte, de faire le même mouvement, de reproduire la même attitude, car la caméra peut devenir facilement un instrument de voyeur ; là ce n’est pas le cas, c’est le contraire ; vous constaterez que la caméra de Claude évite toujours de tomber dans le pathos. J’avais déjà tourné avec Claude "Un secret" qui est aussi un film d’époque. La préparation a été plus simple pour Thérèse Desqueyroux car on se connaissait déjà bien. Quand il parlait du tournage, il disait que c’était l’un de ses tournages les plus faciles. Les conditions ont été très particulières, il était déjà malade, et tout était organisé d’un point de vue pratique autour de ça. Tout le monde avait une grande envie de faire ce film le mieux possible, les acteurs étaient très enthousiastes. C’était la première fois que Claude enchaînait deux films de long métrage avec seulement un an d’intervalle. Voyez comme ils dansent a été tourné en 2010, il a réalisé 17 films en 40 ans de carrière…

A part la cabane au bord de l’eau qui a été construite ainsi que le ponton, seuls les intérieurs de la maison ont été aménagés, tous les murs ont été repeints, redécorés grâce au travail de la chef décoratrice Laurence Brenguier Les couleurs choisies participent pour beaucoup à l’ambiance générale de l’image du film. Bien souvent les décors étaient faciles à éclairer car je partais des sources naturelles, les fenêtres, les portes. Il a fallu, pour éclairer par l’extérieur, des moyens électriques importants. Je voulais pouvoir mettre des projecteurs bien loin et diffusés. En revanche, j’avais peu de lumière artificielle, beaucoup de Lucioles, de fluos. Mon chef électro, Jean-Claude Lebras, était parfaitement organisé ; L’équipe électro, qui a été recrutée sur place, a été formidable.

Le film a été extrêmement bien préparé, comme toujours avec Claude, le découpage était écrit longtemps à l’avance. Claude passait beaucoup de temps seul sur les décors, des jours et des jours… Après ça, il écrivait un découpage et on le revoyait ensemble, avec son premier assistant, Hervé Ruet. Les modifications venaient à ce moment-là. Mais il y en avait très peu ! La mise en scène était faite pour une caméra, la caméra B n’avait, la plupart du temps, pas d’indications particulières.

Pour ce personnage sombre et torturé de Thérèse Desqueyroux

Thérèse Desqueyroux, un personnage qui a hanté François Mauriac pendant des années
Thérèse Desqueyroux, un personnage qui a hanté François Mauriac pendant des années

j’ai eu envie d’une lumière assez froide mais sans pour cela faire une image bleue. C’était un peu gageure avec les lampes à pétrole et les feux de cheminée ! J’ai envie de dire que la froideur de l’image ne tient pas seulement à ma lumière, le cadre, la mise en scène, le jeu y contribuent beaucoup. Au-delà de mes intentions, nous avons eu la chance d’avoir une actrice formidable qui a, en plus, un rapport à son image rarissime ; elle était la première à dire : « Est-ce qu’on voit bien les cernes, est-ce que je n’ai pas trop bonne mine ?... » Il fallait qu’à la fin, dans la scène du bistrot à Paris, on retrouve le visage qu’elle avait au début. Car à partir du moment où l’idée du crime arrive, il y a une dégradation du visage qui s’accentue au moment de la séquestration et quand on lui retire son enfant. Cette dégradation est appuyée par des lumières de plus en plus latérales.

Claude Miller est un réalisateur formidable pour les opérateurs, car il accorde une énorme confiance à l’image pour raconter les choses ; il y a en effet, une quantité de choses qui sont dites uniquement par la manière de filmer, de cadrer, par la façon dont on place le regard dans le cadre. Il y a des regards d’Audrey bien placés par rapport à la caméra et qui sont suffisants, il n’y a pas besoin de mots".

Sur François Mauriac

Pour continuer d’évoquer Thérèse Desqueyroux, rappelons que son auteur François Mauriac est né à Bordeaux en octobre 1885, au sein d’une famille bourgeoise, catholique et conservatrice ; il resta sa vie durant profondément attaché à ses racines bordelaises, ainsi qu’il apparaîtra dans la plupart de ses romans et notamment dans Thérèse.

Jeune étudiant, il quitta Bordeaux pour tenter à Paris le concours de l’École des Chartes. Entré dans cette École l’année suivante, il ne devait y faire qu’un bref séjour et démissionner dès l’âge de 24 ans pour se consacrer uniquement à la littérature.

Ses premiers recueils de vers s’intitulèrent : Les Mains jointes, Adieu à l’adolescence, suivirent deux romans : L’Enfant chargé de chaînes, La Robe prétexte. Envoyé à Salonique en 1914, François Mauriac, réformé pour raison de santé, ne participa guère aux combats. Les années d’après guerre allaient être pour lui celles de la gloire littéraire. Donnant la pleine mesure de son talent romanesque, il publia coup sur coup plusieurs de ses œuvres majeures, Le Baiser au lépreux (1922), Le Fleuve de feu (1923), Génitrix (1923), Le Désert de l’amour (1925), Thérèse Desqueyroux (1927), Le Nœud de vipères (1932), Le Mystère Frontenac (1933).

François Mauriac de l’Académie Française, Prix Nobel de Littérature
François Mauriac de l’Académie Française, Prix Nobel de Littérature

Ses romans sont avant tout l’œuvre d’un « catholique qui écrit » comme il se plaisait à se définir lui-même. C’est le combat en chaque homme entre Dieu et Mammon, pour reprendre le titre de l’un de ses essais ; un combat que Mauriac décrit, sondant les abîmes du mal et cherchant à percer les mystères de la Rédemption. Au faîte de sa gloire, François Mauriac allait modifier, au milieu des années 1930, son regard sur le monde ; il s’engage dans le combat politique. S’éloignant progressivement des positions conservatrices de sa jeunesse, il entreprit de dénoncer la menace fasciste, condamnant l’intervention italienne en Éthiopie, puis le bombardement de Guernica par les nationalistes espagnols en 1937. Il appartint sous l’Occupation à la résistance intellectuelle, condamnant l’« excès de prosternations humiliées qui [tenaient]lieu de politique aux hommes de Vichy » ; il participa au premier numéro des Lettres françaises clandestines, en 1942, et publia, en 1943, toujours clandestinement, sous le pseudonyme de Forez, Le Cahier noir. En 1952, il condamna la répression de l’insurrection marocaine et apporta à la cause de la décolonisation toute l’autorité du prix Nobel de Littérature qu’il venait de recevoir. François Mauriac, dans les dix dernières années de sa vie, devait trouver en la personne du général de Gaulle l’homme d’État conforme à ses vœux. Lauréat du grand prix du roman de l’Académie française en 1926, président de la Société des Gens de lettres en 1932, François Mauriac fut élu à l’Académie française le 1er juin 1933, il nous quitta en septembre 1970.






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