Nicolas Grimal : un égyptologue à Byblos, port phénicien

L’académicien des inscriptions et belles-lettres se penche sur les récentes découvertes du littoral libanais
L’égyptologue Nicolas Grimal, homme de terrain et professeur reconnu, s’intéresse ici à la ville de Byblos au Liban, particulièrement au IIe millénaire avant J.C (période dont est spécialiste notre invité), et à son port antique qui fut un lieu de rencontre et de commerce bien connu des Égyptiens. Énigmatique, cet antique carrefour commercial de Méditerranée orientale reste un mystère, notamment quant à son emplacement exact, malgré plusieurs campagnes de fouilles archéologiques dont nous parle avec enthousiasme Nicolas Grimal.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : FOC693
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Date de mise en ligne : 13 mai 2012



Nicolas Grimal, égyptologue de renom, membre depuis 2006 de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et professeur au Collège de France où il tient la chaire « Civilisation pharaonique, archéologie, philologie et histoire », raconte ici Byblos, haut lieu phénicien du commerce, qui eut, grâce à son port antique, d’étroites relations avec l’Égypte ancienne vers laquelle il exporta notamment les fameux bois du Liban.

Ayant « parrainé » lors de la séance de l’Académie des inscriptions et belles-lettres du 10 février 2012, une communication de Martine Francis Allouche sur les nouvelles recherches à Byblos, « Byblos et la mer », Nicolas Grimal se penche sur l’existence de cette ville, située au nord de Beyrouth, au bord de la mer.

Vue aérienne de la presqu'île de Tyr et vue sous-marine du site.
Vue aérienne de la presqu’île de Tyr et vue sous-marine du site.
© d’après Poidebard. 1939

Pourquoi un égyptologue s’intéresse-t-il à Byblos, l’une des plus anciennes cités du littoral libanais comme on le sait ?
Les Egyptiens avaient-ils une « marine » et cherchaient-ils sur la côte des mouillages ? Avaient-ils occupé cette partie de la côte méditerranéenne ? Y avaient-ils installé un comptoir ?

Les Egyptiens ont particulièrement fréquenté ce port de la façade orientale de la Méditerranée, puisqu’y transitaient de nombreux produits tels que le bois (le cèdre du Liban), les céréales, le miel ou encore les herbes aromatiques. Plate-forme économique indéniable, Byblos rivalisait alors avec les grands ports de Méditerranée : Ougarit, Beyrouth, Tyr ou Sidon. Tout à fait conscients de la position stratégique de leur cité en termes de « source » d’approvisionnement vis-à-vis de l’Egypte, les Princes de Byblos ont longtemps vécu « à l’égyptienne », en attestent la présence de nécropoles royales et d’interactions visibles avec les cultes égyptiens, contrairement à leurs homologues d’Ougarit par exemple.

Carte de localisation des sites du Proche-Orient au IIIe et IIe millénaire av. J.-C.
Carte de localisation des sites du Proche-Orient au IIIe et IIe millénaire av. J.-C.
© DAO M. Sauvage.

Comment sont attestés les liens entre les deux civilisations archéologiquement ? Quelles sont les traces archéologiques qui prouvent un lien entre les Phéniciens et les Egyptiens, quelles sont les différents types de sources textuelles et matérielles ?

De nombreux témoignages écrits existent si l’on se penche sur la documentation égyptienne, et particulièrement sur les grandes annales royales comme celles datant d’Aménophis III qui, même si elles traitent avant tout de campagnes militaires et des relations diplomatiques, apportent des informations sur les échanges commerciaux et économiques avec les ports méditerranéens.
Les données archéologiques sont elles plus éparses mais existent bel et bien, notamment grâce à l’archéologie sous-marine.
La recherche archéologique dans cette région n’est pas nouvelle : Ernest Renan avait déjà observé des colonnes dans la mer à Tyr, au Sud de Byblos (rappelons que la mission de Phénicie du jeune Renan, il avait 37 ans, a débuté en 1860) ; quant à Maurice Dunand, il s’était peu penché sur les vestiges maritimes mais avait effectué un certains nombre de missions en Méditerranée orientale. L’on trouve aussi des photos aériennes d’Antoine Poidebard (dans les années 30) identifiant l’ancien port de Tyr (qui était une île et n’a été reliée au continent que par la jetée construite par Alexandre). Aujourd’hui, l’étude de cette région a été renouvelée par Honor Frost, archéologue écossaise, qui a avancé un certain nombre d’hypothèses à partir de 1996. D’autres missions de fouilles archéologiques ont été lancées à partir de 2002 faisant appel à des plongeurs, suite aux fouilles effectuées par Maurice Dunand et Honor Frost, notamment, entre 1926 et 1973, dont les archives ont été conservées sous le nom "fonds Dunand" à l’université de Genève entre 1987 et 2010, avant de regagner aujourd’hui le Liban.

Une question épineuse demeure : où se trouve le port de Byblos ?

Si l’on trouve des vestiges archéologiques à Byblos concernant l’acropole ou la nécropole, on ne distingue aucune trace d’un port antique, le port actuel étant construit sur les ruines du port médiéval (construit à la fin de l’époque hellénistique et romaine). Il reste encore difficile de trouver l’endroit exact du port antique, malgré l’utilisation de techniques scientifiques efficaces, tels que le carottage de la façade maritime de Byblos.
L’hypothèse de mouillage au large à cet endroit, évoquée pour la première fois par Honor Frost, est possible mais pose quelques interrogations : comment s’effectuait le transport des billes de bois ? Où étaient-elles chargées ? Comment étaient-elles descendues jusqu’à la mer ? Par le lit d’un torrent ? Pour Nicolas Grimal, en fin de compte, le port antique serait probablement localisé au sud de Byblos.

Vue sur le port actuel de Byblos
Vue sur le port actuel de Byblos
© Dagli Orti

Cette démarche de recherche (notamment sous-marine) est représentative du travail archéologique actuel, qui « croise les regards » et les différents points de vue, utilise des techniques diverses (de la philologie à la céramologie) pour parvenir à une connaissance plus profonde de notre Histoire. La recherche archéologique sur la côte orientale de la Méditerranée, de Chypre au Liban et à la Syrie, en passant par l’Egypte, est féconde en rencontres et représente toujours pour Nicolas Grimal une source inépuisable de découvertes.

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Nicolas Grimal à Canal Académie
Nicolas Grimal à Canal Académie
© Canal Académie

- Nicolas Grimal : Nicolas Grimal est un égyptologue français. Agrégé de lettres classiques en 1971, il devient docteur d’État en 1984. Depuis 1988, il est professeur d’égyptologie à la Sorbonne (Paris IV). De 1989 à 1999 il a été directeur de l’Institut français d’archéologie orientale au Caire et depuis 1990, il est directeur scientifique du Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak (CFEETK). Il est titulaire de la chaire d’égyptologie du Collège de France depuis 2000. Officier dans l’ordre des Palmes académiques, chevalier dans l’ordre national du Mérite et chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur, il est membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 2006.



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