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Profession : ethnomusicologue "Un mode de vie plus qu’un métier" pour Sylvie Le Bomin

Rencontre avec l’ethnomusicologue au Muséum national d’Histoire naturelle
L’ethnomusicologie est une science humaine qui étudie les rapports entre la musique et la société. Sylvie Le Bomin, docteur en ethnomusicologie, maître de conférences au Muséum national d’Histoire naturelle, évoque pour Canal académie cette profession qui reste méconnue. Spécialiste des musiques africaines, elle travaille aujourd’hui avec des populations gabonaises et étudie la place de la musique dans les populations pygmées et bantoues. Cette émission fait partie d’une série établie par le partenariat Canal Académie-Museum national d’Histoire naturelle.


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Référence : foc679
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/foc679.mp3
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Date de mise en ligne : 12 février 2012

Un travail de terrain

Comme le définit Sylvie Le Bomin, « l’ethnomusicologie est l’étude des pratiques musicales par rapport aux sociétés dans lesquelles elles sont en usage. » Cette profession demande donc des études sur le terrain, sur des périodes plus ou moins longues. Il faut savoir s’intégrer aux populations, c’est pourquoi, l’ethnomusicologue « participe aux activités collectives, même si elles n’ont pas un à-côté musical. » Sylvie Le Bomin s’est d’abord tourné vers la Centrafrique, car elle a eu l’opportunité d’accompagner une équipe d’ethnologues alors qu’elle était en licence de musicologie à la Sorbonne Paris IV. « On m’a proposé un sujet de maîtrise sur les matériaux qui avaient été collectionnés sur le terrain en Centrafrique. » Une fois cette maîtrise faite, elle a pu retourner sur le terrain pour préparer sa thèse, mais malheureusement, la guerre qui éclata en 1996 en Centrafrique mit un terme à ses recherches. Mais sa volonté de vouloir rester en Afrique centrale, l’amena vers le Gabon, pays dans lequel elle travaille toujours aujourd’hui, notamment sur l’étude des xylophones. « Le Gabon a des musiques assez curieuses, rugueuses, dérangeantes par rapport à nos propres systèmes. J’ai donc choisi le Gabon où des travaux en ethnomusicologie avaient été menés des années 50 aux années 70. Je connaissais la richesse de pratiques musicales du Gabon, des populations pygmées, des populations bantoues » (présentes au Gabon, aux Comores, au Soudan ou encore en Namibie).
Elle a alors pu mettre en place un travail comparatif à grande échelle. Quant aux qualités que requiert la profession d’ethnomusicologue, Sylvie Le Bomin souligne la capacité à pouvoir s’adapter à « des environnements totalement étrangers, peu confortables parfois, dans lesquels il faut savoir s’ouvrir aux autres. »

Sylvie Le Bomin en enregistrement
Sylvie Le Bomin en enregistrement
© DR Sylvie Le Bomin

Etude de la grammaire musicale

Concrètement, l’ethnomusicologue étudie la musique comme un grammairien étudie la langue. Cette science humaine est capable de révéler les règles d’une théorie implicite de la musique et d’une communauté. Dans la musique comme dans une langue, il existe des règles, des choses autorisées et d’autres non. « Seulement, pour la musique, ces règles ne sont pas explicites, elles sont implicites, c’est-à-dire qu’elles sont inscrites dans la production elle-même, ainsi, on ne produit que ce qu’on est autorisé à produire, que ce que le système autorise à produire. Par conséquent, les enregistrements analytiques nous permettent de transcrire la musique en comparant les différentes pièces musicales que l’on transcrit, de refaire surgir cette grammaire musicale implicite. Comme c’était le cas d’ailleurs dans notre pratique musicale occidentale, la théorie est venue après la pratique, elle a été formalisée au X, XI, XII è siècle. Les règles précises de construction musicale sont arrivées après la pratique. »

© DR Sylvie Le Bomin

Au contact des populations qu’il étudie, l’ethnomusicologue réalise des enregistrements en contexte, cela peut être lors de certains rituels, mais il fait aussi des enregistrements analytiques : « Cet enregistrement analytique permet de transcrire les musiques, non pas d’avoir une partition, mais réellement un support qui nous permet d’analyser ses musiques. Il faut donc enregistrer chacune des parties séparément pour pouvoir ensuite les transcrire. C’est un travail assez long, qui demande un investissement assez particulier de la part des musiciens, mais qui devient très vite un enjeu ludique. »

Les instruments et leurs rôles

Sylvie Le Bomin a étudié un orchestre de xylophones en Centrafrique, un pays extrêmement riche dans ce type d’instruments. Elle souligne le timbre très particulier de cet instrument et les conceptions musicales très particulières qu’il peut offrir. Au Gabon, elle évoque la harpe anthropomorphe, qui est utilisée dans beaucoup de contextes rituels ou de contextes initiatiques. Bien évidemment, le contexte dans lequel telle population joue de la musique intéresse l’ethnomusicologue. « Par exemple, au Gabon, il y a beaucoup de musique qui sont liées à des initiations, de garçons, comme de filles. » Mais le deuil, la guérison sont aussi des occasions de pratiquer la musique. L’ethnomusicologue explique que de la même manière, comme ces productions musicales sont liées au mode de vie, quand vous avez une population de chasseurs-cueilleurs, on retrouve des compositions musicales liées à la chasse, par exemple pour protéger la chasse ou les chasseurs. » Mais en dehors des musiques rituelles, il existe aussi des musiques de divertissements qui peuvent être réservées aux femmes ou aux enfants.

Ngwomi, un pluriarc du Gabon.
Ngwomi, un pluriarc du Gabon.
© DR Sylvie Le Bomin

Aujourd’hui, la profession d’ethnomusicologue reste, dans l’ensemble, méconnue (on compte environ 150 ethnomusicologues en France). Sylvie Le Bomin, qui encadrent des étudiants en sciences humaines, en France et au Gabon, il y a très peu de débouchés. Même si, remarque-t-elle, « il y a beaucoup de politiques maintenant, menées sur la préservation des patrimoines immatériels, sur le développement des cultures traditionnelles, sur leur mise en valeur . » La formation à suivre pour devenir ethnomusicologue passe par des études de musicologie et d’ethnologie. Notre invité a, par exemple, appris la musique au conservatoire de Paris, avant de passer un DEA d’anthropologie sociale et ethnologie puis un doctorat d’anthropologie sociale et ethnologie. « c’est une profession qu’il faut faire par passion, c’est même un mode de vie plus qu’un métier. »








Cette émission est accompagnée par des musiques issues de disques réalisés par Ocora radio France et Sylvie Le Bomin :




- GABON - Chants Myènè
- GABON - Chants Atege





Vous pouvez vous les procurer sur le site Ocora Radio France.

En savoir plus :


- Pour connaître les formations scolaires pour devenir ethnomusicologue, visitez le site de la Cité de la Musique

- Découvrez les autres métiers du Museum national d’histoire naturelle, grâce à notre série d’émissions Les métiers du Museum national d’Histoire naturelle






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