Byron et Shelley, deux "fils de la révolte" poètes de la liberté

Écrits romantiques et rebelles : le romantisme anglais et la Révolution française, avec Michel Paraire invité d’Anne Jouffroy
Michael Paraire présente son ouvrage Byron et Shelley, Écrits romantiques et rebelles. Lord George Gordon Byron (1788-1824) et Percy Bysshe Shelley (1792-1822), morts à un âge où nul ne devrait mourir, fauchés en pleine jeunesse, sont les deux grands poètes anglais de la liberté. Admirateurs de la Révolution française, contemporains des grandes batailles napoléoniennes, ces « fils de la révolte » ont porté à son plus haut degré l’exigence du combat contre l’oppression. Pourquoi une lecture conjointe, en miroir, des poèmes de Byron et de Shelley ? Quelle fut l’influence de la Révolution française sur ces deux poètes romantiques et lyriques mais aussi politiques et engagés ?


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
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Date de mise en ligne : 11 décembre 2011

Byron et Shelley, les deux grands poètes romantiques de la seconde génération -après Wordsworth et Coleridge- furent de grands amis. Leur situation de parias, d’exilés volontaires, hors d’une Angleterre pré-victorienne dont ils rejetaient la morale et les conventions étriquées, les réunit en 1816 autour du lac de Genève.

Cette rencontre marquante, pour l’un comme pour l’autre, eut des répercussions incommensurables sur le développement de leur art et de leur vie. Sur les routes de l’exil, leurs œuvres ne formèrent bientôt plus qu’un dialogue fructueux, une conversation permanente.

Michael Paraire, directeur des Éditions de l'Épervier
Michael Paraire, directeur des Éditions de l’Épervier

Une destinée commune : des poètes maudits

Lord Byron, descendant des Biron venus avec Guillaume le Conquérant, appartenait à la très vieille aristocratie anglaise. Son engagement politique progressiste en faveur des classes populaires, ses frasques et son comportement en tant qu’époux, le contraignirent à s’exiler. Byron, poète reconnu et célébré pour son art mais poète scandaleux fut ostracisé.

Shelley, issu d’une famille extrêmement riche, en rupture de ban, lui aussi, avec sa classe, choisit la poésie et la liberté contre le confort, et l’argent familial. Son texte La Nécessité de l’athéisme, écrit en 1811, et la version revue et augmentée de 1813, lui valurent d’être déchu de ses droits de paternité. Il s’agissait du premier ouvrage de langue anglaise ouvertement athée.

Une sensibilité collective : des poètes politiques et engagés

On aurait tort de ne voir en eux que de simples poètes des éléments naturels, chantres des tourments intérieurs, lyriques, élégiaques et désespérés.
La sensibilité individuelle que l’on prête ordinairement aux Romantiques ne peut concerner Byron et Shelley. Ils partageait une même sensibilité pétrie de politique, plus particulièrement des idéaux révolutionnaires français.

Wordsworth et Coleridge s’étaient également intéressés aux idées de la Révolution française. Ils s’en écartèrent, par loyalisme patriotique, dès le début de la guerre entre L’Angleterre et la France.

Dans cette période d’hostilité entre les deux pays, Shelley et Byron firent figure d’écrivains antipatriotes, révolutionnaires et, de surcroît, bonapartiste pour Byron. Leur sensibilité était collective, leur esprit universel.

La Déclaration des droits de Shelley

Portrait de Percy Bysshe Shelley par Amelia Curran (1819)
Portrait de Percy Bysshe Shelley par Amelia Curran (1819)

Passionné par la Révolution française, Shelley admira particulièrement la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 et la Constitution de 1793. Inspiré par la philosophie libertaire de Godwin, il s’engagea encore plus loin dans l’émancipation des peuples. Il épousa sa fille Marie ( elle écrira, en 1818, le fameux roman, Frankenstein ou le Prométhée moderne). En 1812, il rédigea sa propre Déclaration des droits. Quatre thèmes y illustrèrent la nouveauté et la radicalité de son point de vue : la liberté et le pouvoir, l’ égalité, la fraternité et le bonheur. Sa vision égalitariste, généreuse, anti-autoritaire et progressiste de l’homme éclatait à chaque article.

La liberté est un thème récurrent dans la poésie et le théâtre de Shelley. Sa philosophie de la liberté imprégna, radicalisa, les idées de son ami Byron, de plus en plus républicain et révolutionnaire.

Manfred et Caïn, les grandes pièces de théâtre du Byron de l’exil sont nées des discussions interminables entre les deux poètes.

La liberté et l’homme révolté du Théâtre de Byron

Dans une perspective de littérature comparée, il est intéressant de constater le rôle déterminant de Byron sur le théâtre romantique, en particulier celui de Victor Hugo. Byron a maintenu la règle des trois unités du théâtre classique mais la mise en scène des personnages, les histoires, les sentiments exprimés dans ses pièces n’étaient pas empreints de classicisme. Il constitua donc une étape capitale entre le théâtre shakespearien et le drame romantique. Shelley et Byron évoluèrent dans une période historique où l’esprit de la Révolution était mort. La réaction sévissait partout en Europe, nos deux poètes maudits se dressèrent contre l’oppression en mettant en scène le drame de la condition humaine : l’homme se révoltant contre les puissances supérieures qui l’oppriment.

Portrait de Lord Byron par Richard Westall.
Portrait de Lord Byron par Richard Westall.

Manfred (1816) de Byron est un Faust insoumis, né, semble-t-il, de la lecture du Faust de Goethe. Dans le dernier acte, Manfred refuse de se rendre aux démons qui viennent le chercher et meurt en clamant : « Fuyez, impuissants démons ; la main de la mort est sur moi, mais non la vôtre ! ». Dans Caïn, Byron met en scène un héros révolté qui maudit son père, Adam ; il refuse d’adorer Dieu et de se soumettre devant l’autorité de Lucifer. Ni Dieu, ni diable ! Les héros byronniens sont libres, par-delà le bien et le mal.


Réunis dans la vie par l’amitié, leur disparition dans la fleur de leur jeunesse les réunit dans la mort

Et Michael Paraire de conclure :« Shelley meurt en 1822 lors d’une tempête, à bord de son bateau. Byron, deux ans plus tard, se lance dans l’aventure du soutien à l’indépendance grecque. Accueilli à Missolonghi, il tente d’organiser l’unité des combattants. Il est tout près d’y parvenir lorsqu’il est pris d’un terrible accès de fièvre et meurt le 19 avril 1824.

Shelley et Byron étaient très en avance sur leur temps ; tellement avant-gardistes qu’ils étaient complément isolés, C’est pour çà qu’ils sont morts si jeunes. Au bout du chemin de cette tentative de combat désespéré, il y avait leur propre mort. Ils le savaient. Le rejet de leurs contemporains eut un double effet sur Shelley et Byron : créateur et destructeur. Ils y ont puisé, leur force, leur engagement artistique et poétique. Mais, en même temps, ils avaient bien conscience d’être des poètes maudits. Ils ont marqué leur siècle du sceau d’une authenticité et d’un courage inégalés. »

Sont rassemblés dans le recueil de Michael Paraire, directeur des Editions de l’Epervier, collection Les écrivains engagés, les trois uniques discours de Byron à la chambre des Lords ainsi que la Nécessité de l ’athéisme de Shelley, sa Déclaration des droits, sonAdresse au peuple à propos de la mort de la Princesse Charlotte. Ils sont accompagnés de l’Ode à Venise, de Prométhée, du Sonnet sur Chillon, de l’Ode à la liberté, de La Tour de la Faim et d’autres poèmes.



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