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Edouard Brézin : la physique théorique pour dessiner l’avenir

Le Président honoraire de l’Académie des siences se mobilise pour les défis du XXI ème siècle
Édouard Brézin revient au cours de cette émission sur sa carrière au CEA, et ses années d’enseignement à l’ENS rue d’Ulm. Président du CNRS pendant 8 ans, il quitte ses fonctions en 2000 avant de reprendre le flambeau sous une autre forme puisque très touché par la crise des chercheurs, il est à l’initiative des Etats généraux de la recherche en 2005. Président de l’Académie des sciences, il met en place Les défis du XXIe siècle, conférences mettant en avant de jeunes chercheurs à l’Académie. Aujourd’hui très sollicité pour les questions d’actualité concernant le nucléaire, il nous livre sa vision de l’avenir énergétique en France.


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Edouard Brézin a été marqué par la guerre. Et lorsqu’on lui demande d’évoquer les moments forts de sa vie, il commence par faire l’éloge des Justes. « Je suis né pendant la guerre, mes parents étaient Juifs et étrangers. Nous devons notre survie à de braves gens qui au péril de leur vie nous ont aidés. J’en garde des souvenirs très nets ».

Passée cette sombre période, Edouard Brézin grandit dans le quartier du Sentier à Paris. Il poursuit ses études et entre à l’Ecole Polytechnique « avec des cours de sciences la plupart du temps exécrables » sourit-il. « Le cours du professeur de physique culminait avec l’année 1905 de la relativité restreinte… alors que nous étions en 1960 et mon professeur de chimie croyait en la transmutation par les plantes ». Plutôt attiré par les mathématiques, c’est la lecture d’un livre sur la mécanique quantique d’Albert Messiah qui l’oriente vers la physique théorique à cette période. Et signe du destin, il le rencontre peu de temps après, lors d’une conférence à l’X pour présenter les métiers du CEA. C’est ainsi qu’Edouard Brézin suit les traces de son maître à penser et entame une longue carrière à Saclay « en tant qu’ingénieur » précise-t-il. Il y reste pendant 20 ans, mais éprouve très vite parallèlement le besoin d’enseigner « pour le plaisir de raconter les choses qu’on aime, de voir des jeunes gens aux yeux brillants. Et pour avoir aussi une fonction sociale, car je ne connais personne qui a eu 40 ou 50 années de découvertes fertiles ! »

Au cours de sa carrière, Edouard Brézin voyage beaucoup. Jeune professeur assistant à Princeton en 1971, il fait la rencontre de Kenneth Wilson (prix Nobel de physique 10 ans plus tard). Notre invité se souvient : « Il avait donné une série de 15 conférences sur ses travaux qui bouleversaient la physique théorique. Il disait en substance que le monde tel qu’on l’observe avec les microscopes élaborés comme le CERN, était encore loin d’être compris. Ce qui nous semble élémentaire est en fait le résultat effectif de choses qui nous échappent et qui se situent à beaucoup plus haute énergie ou à beaucoup plus courte distance et qui sont encore incomprises de la physique ». Edouard Brézin assiste à tous ses cours et… ressort terriblement sceptiques des résultats de K. Wilson. Il décide alors de démontrer par tous les calculs possibles que son homologue se trompe… mais trouve à chaque fois les mêmes résultats que lui ! « C’est ainsi que nous sommes devenus amis et je lui ai dit : je ne sais pas pourquoi ça marche, mais ça marche ! »

De retour en France, on lui demande de faire des cours sur le fonctionnement de cette théorie. « Mais j’étais très embarrassé parce que, si je savais comment la faire fonctionner, je n’en comprenais pas vraiment les fondements ! Et avec un autre Français, Jean Zinn-Justin, aujourd’hui membre de l’Académie des sciences et d’autres collègues, nous avons travaillé très dur pour essayer de comprendre les choses d’une manière qui nous paraisse plus claire, plus cartésienne. Nous y sommes arrivés ! Et cela nous a permis des calculer des quantités physiquement observables de manière plus simple. »

Les années passent, le parcours d’Edouard Brézin se poursuit entre les années d’enseignement à Harvard puis à l’ENS en tant qu’enseignant chercheur. Quant à ses travaux, ils portent sur la théorie statistique des champs appliquée aux transitions de phase et au comportement près d’un point critique. Il nous explique : « Lorsque la matière change d’état (solide – liquide, conducteur – supraconducteur ) ces phénomènes se passent de manière spontanée ! C’est extraordinaire. Sans que rien ne se passe à l’échelle microscopique, soudainement, un phénomène collectif s’organise avec des comportements singuliers qui ont été très longtemps incompris. K Wilson a développé une méthode pour les aborder : le groupe de normalisation ; une utilisation très systématique du fait que certains systèmes sont “self-similaires”. le phénomène de “self-similarité” , c’est le fait qu’une partie puisse être similaire au tout. C’est cette méthode-là que j’ai contribué à développer ».

La recherche : de la présidence du CNRS aux Etats Généraux de la recherche

Nommé Président du CNRS pendant 8 ans par Hubert Curien, Edouard Brézin ne garde pas un souvenir très heureux de cette période. « Je suis même parti un peu avant la fin de mon mandat, en 2000 » concède-t-il. « J’étais dans un système de conflits. Mais aujourd’hui, cela ne pourrait plus exister parce que le président du CNRS en est aussi le directeur général… ! »

En contact direct avec les chercheurs pendant plusieurs années, il comprend cependant rapidement le malaise qui s’installe et sent pointer la crise de la recherche dans les années 2004. « Que les choses ont été faciles pour moi comparé aux jeunes d’aujourd’hui. Je n’avais ni thèse ni post-doc quand je suis entré au CEA alors qu’aujourd’hui il faut non seulement une thèse mais deux ou trois post-docs pour prétendre à un poste de chercheur ». Edouard Brézin et Etienne-Emile Baulieu (et à travers eux l’Académie des sciences) décident de servir d’intermédiaires entre les chercheurs en colère et le gouvernement. Edouard Brézin devient le rapporteur général des Etats généraux de la recherche pour trouver une solution. « Tout n’a pas été suivi d’effet mais les efforts de la recherche se sont renforcés à l’issu de ce mouvement. Aujourd’hui, je crains un peu pour le CNRS avec l’autonomie des universités » qui risquent d’entrer en concurrence et diminuer les forces de chacun.

Le regard d’Edouard Brézin sur l’actualité de Fukushima et du CERN

Aujourd’hui, Edouard Brézin demeure très impliqué dans les questions d’actualité liées à l’atome. Président du groupe nucléaire du Comité Solidarité Japon, il constate que plusieurs mesures sont à revoir en matière de sécurité et que les conséquences en matière de politique énergétiques sont importantes. « Pour la France dont l’énergie électrique est à 78% nucléaire, la question du « nucléaire ou pas nucléaire » n’est pas une décision d’expert, c’est une décision qui doit être démocratique, politique, confiée à nos représentants élus. Qu’ils s’informent, qu’ils s’interrogent, est indispensable. Si vous prenez en compte tous les éléments, le nucléaire a sa place. Mais comment peut-on diminuer la part du nucléaire, que met-on à la place et à quel coût ? Il faut bien y penser ». Se mettre d’accord sur la balance risque/bénéfice que nous sommes prêts à accepter est une position difficile.

La deuxième grande actualité qui a saisi les physiciens, c’est l’annonce de neutrinos flashés à une vitesse supérieure à celle de la lumière… « Les chercheurs ont réalisé des expériences très délicates. Il faut synchroniser les horloges au milliardième de seconde près. Et ces neutrinos ne partent pas avec un dossard dans le dos ! Pour savoir si celui qu’on détecte est celui qui est parti en premier ou en dernier, c’est difficile. Nous espérons tous qu’il s’agit d’une erreur…Car sinon, cette découverte remettrait en cause beaucoup de théories ».

Edouard Brézin
Edouard Brézin
© DR

Edouard Brézin, président honoraire de l’Académie des sciences, est théoricien de la physique des particules. Parallèlement à sa carrière au CEA, Commissariat à l’énergie atomique et énergies alternatives, il est professeur (aujourd’hui émérite) à l’École normale supérieure, puis président du CNRS pendant quatre ans.
Edouard Brézin a reçu en 2011 le grand prix Paul Dirac qui récompense des travaux de physique.

En savoir plus :

- Edouard Brézin membre de l’Académie des sciences
- Edouard Brézin sur Canal Académie

Edouard Brézin, Sébastien Balibar, Demain la physique, éditions Odile Jacob, 2009






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