Les mille et un contes de Shéhérazade

Le bibliologue Bertrand Galimard Flavigny
Découvrir l’histoire d’un manuscrit célèbre, celui des Mille et une nuits.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 1er juin 2006


La Commagène, cette province de la Syrie qui était bordée à l’Est par L’Euphrate, fut gouvernée par des rois nommés Antiochus. Le quatrième du nom fut détrôné, après trente années de règne en 73, et passa le reste de sa vie à Rome. Racine s’est servi de ce personnage pour incarner l’amant malheureux de Bérénice. Au premier acte, Antiochus fait enfin l’aveu de son amour à la reine de Judée et s’exclame : « Dans l’Orient désert quel devint mon ennui ! » Notre homme aurait été plus occupé aujourd’hui et la pauvre Bérénice qui n’avait d’yeux que pour Titus, n’aurait pas eu à subir les assiduités de ce roi déchu. Il semblerait que les princes de l’Orient aient quelques difficultés à vaincre leur ennui, ou plus exactement leur tourment selon sa signification au dix-septième siècle.

Souvenons-nous de l’argument des Contes des mille et une nuits. Le roi de Perse Sheriyar, convaincu de l’infidélité de sa femme résolut d’en prendre une nouvelle chaque soir et de l’étrangler au matin. Sheherazade, la fille de son vizir s’offrit pour cette union, à la seule condition que sa sœur Dinarzade passât la nuit dans la chambre nuptiale. Au milieu de la nuit, cette dernière demanda à Sheherazade de lui raconter une histoire. Le récit intéressa si fort le roi qu’il suspendit l’exécution de sa femme pour en connaître la suite le lendemain. La même scène se répéta indéfiniment durant les mille nuits suivantes. Shéhérazade a, semble-t-il, attendu huit siècles, avant de surgir en Occident, et plus particulièrement en France. Un fragment de manuscrit en arabe, daté du IXe , siècle contenant un récit permettant de faire revivre la jeune princesse arabe et sa sœur Dinarzade, fut en effet, découvert, au Caire, en 1869, dans les combles d’un cimetière. Sans la curiosité d’Antoine Galland (1646-1715) et le goût des Français, vers la fin du XVIIe siècle pour les contes, nous n’aurions sans doute jamais connu
La formule magique : « Sésame ouvre-toi ».
Antoine Galland (1646-1715) fait autant figure de diplomate que de voyageur. Il eut la chance d’être envoyé en 1670 à Constantinople comme secrétaire de l’ambassadeur de France, le marquis de Nointrel, sous le règne de Mehmet IV. Il y retourna une seconde fois et entreprit ses travaux de recherches sur les littératures persanes, arabes et turques. Il apprit le turc et s’initia à l’archéologie. Il publia un nombre impressionnant d’essais comme, par exemple, Des origines et du progrès du café en 1699. Quant au Journal d’Antoine Galland pendant son séjour à Constantinople (1672-1673) il a été publié et annoté par Charles Schefer chez Leroux, en 1881, en 2 volumes grand in-octavo. C’est en 1701, qu’il reçut un manuscrit arabe en trois volumes, daté du XIVe siècle, qu’il avait commandé et acheté à un ami à Alep. Il avait déjà noté, sous la dicté de Hannâ, un moine maronite d’Alep, plusieurs récits, notamment l’histoire d’Aladin et d’Ali Baba, c’est la raison pour laquelle il n’existe pas de manuscrit arabe de ces textes, composés, vraisemblablement, en Egypte, puis véhiculés, copiés et récités, à travers tout le Moyen-Orient.
L’édition princeps des Contes des Mille et une Nuit (sans « s ») fut imprimée chez la veuve de Claude Barbin, au Palais Royal sur le Second Perron de la Sainte Chapelle, de 1704 à 1717. L’ensemble forme douze volumes renfermant 70 contes et 280 nuits, sans illustration. Le « s » manquant à Nuit, dans le titre, n’est pas une faute, car à l’époque les chiffres étaient régis par la règle de l’accord avec le chiffre cardinal. Le titre comporte néanmoins une erreur, car selon le vœu de l’auteur, il devait être indiqué : Contes arabes choisis par M. Galland, or Barbin lui a substitué cette autre formule : Contes arabes traduits par M. Galland. Une nuance qui montre le soucis de Galland de conserver l’essence même des contes, car traduire, à l’époque, ne signifiait pas rendre avec une fidélité scrupuleuse un texte original, mais de faire une oeuvre littéraire. Le texte de Galland est en effet adapté à l’esprit du XVIII° siècle.
Le premier volume est dédié à la marquise d’O, fille de l’ambassadeur Guillebargues. Antoine Galland, n’imaginait pas alors que son œuvre deviendrait un jour le principal point de référence de l’Europe envers l’Orient. Une fascination qui traverserait deux siècles et donnerait lieu aux mouvements que l’on a appelés "orientalisme et turquerie". Les Milles et une nuit[s] reçurent la consécration de la Cour. Très vite, après la publication du dernier tome, des libraires-éditeurs en province, tant à Lille, Lyon, La Rochelle, Sedan, Rouen, imprimèrent à leur tour les Contes. Dès 1730, des « livrets bleus » aux titres alléchants, comme La lampe merveilleuse ou l’histoire d’Aladin, l’Histoire du cheval enchanté et L’Histoire d’Ali Baba, furent distribués, dans le campagnes, par les colporteurs. Depuis les éditions et les traductions, et les...ajouts se sont multipliés. En Orient, il a fallu, en revanche, attendre 1804 pour que soit édité, pour la première fois, le texte des Mille et une nuits en arabe.
Existent aussi les Contes des mille et un jours qui parurent, la première fois, en 1710-1712, chez la veuve Ricœur en cinq volumes. Ces textes étaient, dit-on, traduits du persan par François Pétis de la Croix (1653-1713), mais on n’en retrouva jamais le texte original. Il semblerait que Alain Lesage (1668-1747), qui travailla avec Pétis se soit « abandonné dans son imagination ». Ce qui donne, sans doute, tout son sel à ces contes qui furent de nombreuses fois réédités - trois fois au dix-huitième - et même complétés et transformés au dix-neuvième. En 1828, chez Dauvin, libraire-éditeur à Paris, parut, en effet, Les Mille et un jours, contes orientaux, traduits du turc, du persan et de l’arabe, par Petis de la Croix, Galland, Cardonne, Chawis et Cazotte, etc. Tous ces auteurs avaient disparus au moment de la parution de ce recueil. C’est sans doute la raison pour laquelle, il fut demandé à Jacques Collin de Plancy (1793-1881) qui ne connaissait par l’Orient, mais était expert en esprits et démons de toute sorte, d’en rédiger une introduction. Dans ces Mille et un jours, il est question d’une princesse du royaume de Cachemire qui ayant fait un songe dans lequel un cerf abandonne une biche dans un piège, « juge les hommes par ce cerf et est persuadée que ce sont tous des ingrats et des perfides ». Afin de conjurer cette opinion, la nourrice de la belle lui raconte des histoires qui vont durer mille et un jours. Curieusement, au 83e jour, et c’est là sans doute une coïncidence, il est question d’un riche joaillier de Bagdad qui aimait le plaisir et la dépense...

A noter : Canal Académie vous propose, pour en savoir encore plus sur les Mille et une nuit, un entretien avec André Miquel, éditeur des contes dans la collection La Pléiade. REportez-vous à l’émission Au fil des pages.






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