Les rebelles ne sauraient faire une "avancée"...

« Faut-il le dire ? » la chronique de Pierre Bénard
Faut-il parler d’une avancée militaire ou d’une avance ? Et si l’on reste dans ce domaine, quel sens doit-on donner au verbe investir ? La langue française est si riche qu’il nous arrive parfois de nous y perdre, aussi nous faut-il écouter les conseils avisés de Pierre Bénard qui milite pour un retour aux mots simples mais corrects.


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Émission proposée par : Pierre BENARD
Référence : MOTS629
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Date de mise en ligne : 30 octobre 2011

On nous a beaucoup informés, ces derniers mois, à propos d’événements militaires. Des groupes armés, dans le désert, avançaient, reculaient, avançaient de nouveau. Lorsqu’il était question de se porter en avant, on entendit souvent employer le nom avancée. « L’avancée des forces rebelles s’est poursuivie. » Moi, je veux bien, mais il eût été plus conforme à l’usage ordinaire français de se servir ici d’ « avance », non d’ « avancée ». « L’avance des rebelles s’est poursuivie », ou, si vous préférez, leur « marche en avant », leur « progression ».

Une avancée, en bon français, c’est une chose et c’est statique, ce n’est pas un mouvement.
Le vieux Littré ne le connaît que dans un usage très précis : « corps de garde, petit poste en avant d’une place forte ». Nous parlerons aussi de l’ « avancée d’une toiture », d’une « avancée de terre sur la mer » ... Mais quand il s’agit de déplacement, au sens abstrait comme au concret, en ce qui me concerne, je l’éviterais. Et quand il s’agit de discussions, de négociations, au lieu d’ « avancée », « progrès » peut très bien convenir ...

Je parlais à l’instant de rebelles avançant, reculant, avançant de nouveau. Précisons à ce sujet que le fait de se rebeller, ou l’ensemble des rebelles, n’est pas une « rebellion », comme on l’entend souvent, mais une « rébellion ».

Pierre Bénard
Pierre Bénard
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Dans le même registre stratégique et récent, combien de fois nous a-t-on dit que des localités, des quartiers étaient « investis », pour signifier qu’ils étaient occupés, pris, envahis, que des troupes y avaient pénétré ! Ce n’est pas le sens d’ «  investir ». Du latin « investire » qui veut dire « revêtir », « couvrir », « investir », au sens militaire, c’est entourer, encercler, cerner, assiéger.

Investir une cité, ce n’est pas s’y introduire, c’est en bloquer les accès, interdire que l’on en sorte et interdire que l’on vienne la secourir de l’extérieur. Littré, toujours délicieux par la profusion de ses exemples pris aux classiques, cite, parmi d’autres, Madame de Sévigné écrivant : « On croit que Maestricht est investi ; rien n’est encore assuré. »

On peut également investir une construction, une maison, un groupe, une troupe, une colline ... Empruntons encore une fois à Littré, ou plutôt à Racine allégué par notre lexicographe. C’est à l’acte IV d’Athalie :

- « Déjà le sacré mont, où le temple est bâti,

- D’insolents Tyriens est partout investi. »

« Ty-ri-ens », trois syllabes, diérèse de « ri-ens »...

Il me faudra consacrer une chronique, quelque jour, à la diction des vers, qui ne se porte pas beaucoup mieux que le choix du vocabulaire. Mais chaque chose en son temps. Pour l’instant, je conclus en vous proposant cette phrase : « Les troupes de la rébellion, ayant poursuivi leur avance sans rencontrer de véritable résistance, ont investi hier au soir la petite ville de X, qu’elles prendront sans doute aujourd’hui. »

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