"La Bataille du rail", le chef d’oeuvre de René Clément, de l’Académie des beaux-arts

Quand les héros étaient cheminots... La chronique cinéma de Gauthier Jurgensen
René Clément (1913-1996), élu en 1986 à l’Académie des beaux-arts, réalisa le premier film sur la Résistance en 1946, au sortir de la guerre. Le réalisateur a choisi de rendre hommage à l’engagement des cheminots contre l’occupant nazi. Mi-documentaire, mi-film, "La Bataille du rail" reste d’une grande richesse historique.


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Émission proposée par : Gauthier Jurgensen
Référence : CARR818
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Date de mise en ligne : 2 octobre 2011
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Le cinéma de l’après-guerre doit beaucoup à René Clément. Comme Jeux Interdits en 1952, où Brigitte Fossey faisait ses débuts, ou Paris Brûle-t-il en 1966. C’est pourtant dans des études d’architecture qu’il s’engage, avant de se rediriger vers le cinéma.

Il débute aux côtés de Jacques Tati, dans les années 30, avec qui il réalise le court métrage Soigne ton gauche. Il se penche ensuite sur la guerre naissante, en 1938, et tourne des petits films documentaires, notamment en Algérie.

En 1943, René Clément signe Ceux du rail, un court métrage pour mettre en valeur le travail des cheminots. La prouesse technique dont il fait preuve, embarquant de lourdes caméras sur des petits bouts de plateforme, à bord des trains, rassure les producteurs. C’est bien lui qu’il faut choisir pour mettre en scène le premier grand film sur la Résistance, un genre qui s’épanouissait au sortir de la guerre, sans faire d’étincelles.

Photo extraite du film <i>La bataille du rail</i>
Photo extraite du film La bataille du rail
© Ina

Ce film, c’est La Bataille du rail, tourné en 1946, sorti en février de l’année suivante. Le succès, aussi bien critique que populaire, est au rendez-vous. Il reçoit même le Grand Prix du Jury du tout premier Festival de Cannes. On y suit les efforts des cheminots pour affaiblir l’occupant.

Pourquoi s’intéresser à ce milieu en particulier ? Certes, toute résistance fut décisive. Mais on imagine l’importance du système ferroviaire pour l’armée allemande, essentiel pour transporter les ravitaillements, les troupes, les prisonniers… et puis, hélas, pour la déportation.
Le premier plan du film, sur un panneau interdisant aux Juifs de passer la ligne de démarcation, semble ancrer le film au cœur de ce sujet. C’est une fausse piste. Nous ne nous intéressons par la suite plus qu’aux cheminots et à leurs actes de bravoure.

La première moitié du film épouse la forme du documentaire, en gros plan sur les mécaniciens. Une voix off explique l’organisation des ouvriers qui sabotent les convois allemands ou qui, simplement, deviennent procéduriers, pour ralentir les manœuvres. Le montage, lui, adopte le style du cinéma russe des années 1920 : celui qui sublimait le prolétariat. Les plans sont courts, les valeurs de cadres changent brusquement, on passe d’une explosion à une affiche sur un mur…

Dans la seconde partie, le film inclut beaucoup plus l’aide des cadres, ces hommes qui coordonnent tout depuis leurs petits bureaux de la SNCF. La narration, elle aussi, change. Plus de voix off. On suit un petit groupe de résistants bien définis, chargés de faire dérailler un convoi blindé. La facture cinématographique devient alors plus occidentale.

Chacun est présenté en héros. Pas étonnant que le film ait mis tout le monde d’accord ! A l’image du film, la moitié des acteurs étaient des professionnels. D’autres, des gens comme vous et moi. Ou comme Louis Darnault, qui a joué un petit rôle dans La Bataille du Rail et qui a accepté de me confier ses souvenirs de tournage, en Bretagne.

Louis Darnault, acteur du film, confie ses souvenirs de tournage en Bretagne.
Louis Darnault, acteur du film, confie ses souvenirs de tournage en Bretagne.

Difficile d’ajouter quelque chose après ce témoignage fourni. Rappelons simplement qu’au-delà du grand film de guerre, La Bataille du rail nous offre un large éventail de séquences emblématiques de l’histoire du cinéma : une fusillade épique, un déraillement de train digne d’un film catastrophe, des sabotages parfois tragiques, parfois comiques…

Et une scène d’exécution bouleversante. Quand six cheminots sont arrêtés et alignés contre un mur, leurs camarades font siffler les locomotives. La caméra se braque sur le visage de celui qui sera fusillé en dernier. Dans la profondeur de champ, on voit ses collègues tomber un à un. Il fixe une petite araignée qui se promène le long du mur, devant lui, en attendant son tour...

La Bataille du rail existe en DVD et Blu Ray depuis 2010 aux éditions INA
La Bataille du rail existe en DVD et Blu Ray depuis 2010 aux éditions INA

Voilà comment René Clément parvient à mettre en scène la solidarité de ces hommes pour l’un des leur, en filmant à la fois l’union et l’individu. Cette leçon vaut bien un siège à l’Académie des Beaux Arts, sans doute ?

La Bataille du rail existe en DVD et Blu Ray depuis 2010 aux éditions INA. Vous y trouverez le film de René Clément ainsi que le court métrage Ceux du rail, et deux heures et demi de compléments supplémentaires. Un entretien avec la spécialiste du cinéma d’après-guerre Sylvie Lindeperg (dont j’ai suivi l’enseignement à l’université), un épisode des « Dossiers de l’écran » sur La Bataille du rail, un témoignage du directeur de la photographie Henri Alekan et un court sujet sur les obsèques de Pierre Sémart, cheminot résistant. Un vrai bijou !

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