Dictionnaire Rousseau : six mots "essentiels" commentés par Raymond Trousson

Amitié, Athéisme, Citoyen, Correspondance, Education, Jésus-Christ
Voici, pour ouvrir "l’année Rousseau", voici quelques mots de Rousseau essentiels, incontournables, évidents... Raymond Trousson, professeur de littérature comparée, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, offre ici un commentaire issu de son Dictionnaire de Rousseau paru aux Editions Honoré Champion. En n’abordant que 6 mots, -ce qui est évidemment fort peu-, notre invité propose néanmoins une initiation aux idées fondamentales de Rousseau.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : PAG971
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Date de mise en ligne : 8 janvier 2012

Le texte ci-dessous résume les propos d’un fin connaisseur : nos auditeurs sont invités à l’écouter en intégralité, pour plus de détails et de précisions, de même qu’ils pourront lire le Dictionnaire de Rousseau pour aller plus loin. - Une seconde émission proposera " Six mots inattendus" chez Rousseau, toujours avec Raymond Trousson.

AMITIE

Raymond Trousson l’affirme : "Le mot est fondamental pour Rousseau qui a élevé l’amitié au rang d’un mythe" et qui a plusieurs fois avoué avoir "soif d’ami"..."Je suis né pour l’amitié" écrit-il dans Les Confessions. Mais il se plaint aussi de n’avoir pas trouvé "un véritable ami, un ami tout à moi...". C’est que, pour lui, l’amitié exige une absolue confiance, un don total de l’un à l’autre, une union des coeurs parfaite. En vérité, Rousseau connaîtra de nombreux amis, notamment Diderot (durant 15 ans) et Grimm, mais aussi de nombreuses ruptures et déceptions. Notre invité explique aussi pourquoi Rousseau n’acceptait jamais de cadeau de la part de ses amis, ceux-ci portent atteinte à la liberté : "Je veux que mes amis soient mes amis, et non pas mes maîtres ; je veux bien leur aliéner mon coeur, mais non pas ma liberté" (à Mme d’Epinay).

ATHEISME

Si Rousseau ne fut jamais athée, il fut cependant, comme l’expose notre invité, quelquefois "ébranlé" par les raisonnements des athées et de certains philosophes. Pourquoi ne fut-il pas un adepte de l’athéisme, comme tant d’autres ? Parce que l’athéisme est en opposition avec la conviction intérieure, inébranlable, de l’existence de Dieu. Rousseau a fortement énoncé sa croyance en Dieu, notamment en regardant la nature "le lever du soleil, en dissipant la vapeur qui couvre la terre... " car là, dans la nature, "tout parle de Dieu"...

CITOYEN

Raymond Trousson explique la différence établie par Rousseau entre l’homme et le citoyen. Comme nous le savons, pour Rousseau, l’homme n’est pas "naturellement" un être social et le devient par l’obligation de vivre en société et de "s’associer" (cf. le Contrat social). C’est tout le but de l’éducation.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)

CORRESPONDANCE

Les lettres de Rousseau (celles retrouvées à ce jour) sont moins nombreuses que celles de Voltaire (environ 20.000) mais plus que celles de Diderot (500). On en compte 2388 (dans l’édition des 24 volumes des Oeuvres Complètes de Rousseau à paraître en juin 2012, 7 volumes sont consacrés à la correspondance). Pour autant, précise notre invité, Rousseau n’était pas un épistolier "spontané" (il écrivait avec de nombreuses hésitations et ratures). Les lettres sont intéressantes dans la mesure où elles complètent les Confessions et Raymond Trousson cite en exemple 4 des lettres de Rousseau à Malesherbes dans lesquelles, estimant que ce dernier le comprend mal, il lui parle de lui-même en donnant de nombreuses précisions.

EDUCATION

Un des thèmes privilégiés de Rousseau, comme nous le savons, puisqu’il y a longuement réfléchi et comme en témoignent ses écrits. Raymond Trousson cite notamment les Considérations sur le gouvernement de Pologne. Il rappelle quelques notions rousseauistes fondamentales, notamment celle "d’éducation négative". L’enfant est un tout parfait qu’il faut préserver de l’erreur et du vice et maintenir dans une disposition où la lumière et la bonté puissent jaillir sans obstacle. La méthode "inactive" conseillée par Rousseau ne signifie pas ne rien faire, ne rien enseigner. Mais aucun enseignement rébarbatif... C’est évidemment dans l’Emile que Rousseau détaille sa théorie de l’éducation, fondée sur la liberté (encore faut-il s’entendre sur le mot) mais aussi, dans le Mémoire qu’il écrit à M. de Mably (Rousseau était le précepteur des enfants de ce lyonnais) : "Quel est le vrai but de l’éducation d’un jeune homme ? c’est de le rendre heureux... Quels chemins y font arriver ?... Nous savons trop, par exemple, que cette félicité précieuse ne se trouve point au-delà de ces forêts de conjugaisons, de thèmes, de catéchismes et d’impertinences qu’on fait percer à ces pauvres enfants avec tant de larmes et d’ennuis... " L’éducation d’un garçon et celle d’une fille seront différentes puisque leur rôle dans la société est différent. Enfin, Raymond Trousson répond à l’inévitable question concernant les 5 enfants que Rousseau aurait abandonnés.

JESUS-CHRIST

Rousseau, esquivant la théologie, ne s’intéresse pas aux dogmes, ne se demande pas si Jésus est plus Dieu que homme ou l’inverse. Pour lui, précise notre invité, "le Christ est une figure morale éclairée par l’esprit divin". Cette position personnelle, rompant avec les choix des Chrétiens et ceux des Philosophes, vaudra à Rousseau de nombreux opposants de tous bords. Pour autant, comme il l’affirmera à Mme de Beaumont : "Je suis chrétien, et sincèrement chrétien, selon la doctrine de l’Evangile". Autrement dit, retournant aux textes fondateurs, Rousseau prône un christianisme intériorisé.

En savoir plus :

Raymond Trousson
Raymond Trousson

Raymond Trousson a été professeur à l’Université Libre de Belgique ; il est membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, élu en 1979.

- Spécialiste de la pensée et de la littérature du XVIIIe, on lui doit de nombreux ouvrages dont le Dictionnaire de Voltaire (paru chez Hachette), le Dictionnaire de Diderot (paru en 1999 chez Honoré Champion) ainsi qu’une biographie consacrée à Antoine-Vincent ARNAULT (1766-1834) paru en 2004.
- Il a dirigé avec Frédéric S. Egeldinger Le Dictionnaire de Rousseau (paru chez Honoré Champion en 1996) : près d’un millier de pages, pour 700 articles environ répartis en 4 catégories : les œuvres, les personnes, les lieux et les thèmes. Existe en version reliée et en version compacte souple. Ce dictionnaire permet de faire le point sur l’ensemble des connaissances, des travaux récents et des recherches érudites concernant Rousseau.

A lire aussi : Jean-Jacques Rousseau : la transparence et l’obstacle, Paris, Plon, 1957 ; réédition, Gallimard, 1971, de Jean Starobinski, membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques (élu en 1987).

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