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Honoré d’Urfé, gentilhomme d’armes et de lettres

avec Delphine Denis, directeur de la première édition critique du roman L’Astrée
Qui était l’auteur de l’Astrée, pièce majeure du patrimoine littéraire occidental, et pourquoi cette œuvre immense, tant par le nombre de pages (3000 !) que par son rayonnement du XVIIème siècle à nos jours, n’avait-elle jamais fait l’objet d’une édition critique ? Delphine Denis a relevé le défi. Elle présente ici cet écrivain militaire tantôt prisonnier tantôt comblé d’honneurs, et son roman plein de péripéties.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : PAG937
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/pag937.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida7249-Honore-d-Urfe-gentilhomme-d-armes-et-de-lettres.html
Date de mise en ligne : 21 août 2011


C’est à l’un des chefs d’oeuvre de la littérature française - et même européenne - du tout début du XVIIème siècle qu’est consacrée cette émission : l’Astrée d’Honoré d’Urfé, auteur enraciné dans sa région natale le Forez, attachée par sa lignée maternelle à la Maison de Savoie (il rédigera d’ailleurs une Savoysiade), Ligueur contre la France puis rallié à Henri IV (qui se faisait lire l’Astrée lorsque la goutte le clouait au lit), homme de guerre et homme de lettres.

Remettez-vous en mémoire, grâce à notre invitée, Delphine Denis, professeur à l’université Paris-Sorbonne, les principales données biographiques du 6ème fils de la ligné d’Urfé, le contexte historique de cette époque charnière entre deux siècles (l’Astrée paraît en 1607),qui fait d’Honoré d’Urfé un homme de transition. Mais surtout découvrez la toute première édition critique intégrale de l’Astrée, un travail immense qui comportera 5 tomes et dont le premier tome vient de paraître aux éditions Honoré Champion, dans la collection « Littératures ».

1 - Honoré d’Urfé (1567-1625) est mort à 58 ans. Qui était-il ?

Honoré d'Urfé
Honoré d’Urfé

Quelle est sa lignée, sa famille, quelle fut sa formation intellectuelle, et finalement quelle fut sa carrière ? Delphine Denis nous donne ici les éléments essentiels. Soulignons que l’édition critique qu’elle dirige présente, sur 7 pages, une chronologie détaillée très précieuse.

2 - Puis, elle explique les principales difficultés auxquelles, elle et son équipe, se sont heurtées pour établir cette édition critique et pourquoi une telle entreprise n’avait jamais été publiée en dépit des recherches d’éminents spécialistes. Non seulement l’oeuvre en elle-même est complexe, mais les différentes éditions publiées du vivant de l’auteur et de manière posthume, entre 1607 et 1628, avec de nombreuses variantes, ont rendu délicate la fiabilité du texte original. C’est dire tout le mérite de cette première édition critique qui, comme il se doit, offre au lecteur un « appareil » de notes, de cartes, d’explications et de précisions indispensables.

Dans l’introduction générale à cette édition critique, il est d’ailleurs précisé (page 91) : « L’histoire textuelle et éditoriale de l’Astrée peut être présentée synthétiquement en trois grands moments :
- le premier de 1607 à 1623, publication par l’auteur de trois parties. Grand succès français et européen.
- Le deuxième, de 1624 à 1627, 4 années donc, moment d’incertitudes (l’auteur meurt en 1625 avant l’achèvement de son œuvre), des retouches, et des éditeurs qui se livrent batailles et procès...
- Le troisième, de 1627 à 1647, celui des éditions intégrales mais qui imposent une version dont on ne peut ignorer qu’elle n’est pas exactement celle de d’Urfé mais celle voulue en son nom, de manière posthume, par son secrétaire...
 »
D’où de multiples complications !
3 - Plongeons-nous maintenant dans l’œuvre : le titre ne comporte qu’un nom : Astrée. Mais ne vous y fiez-pas ! Honoré d’Urfé dresse le portrait de bien d’autres personnages... et qui ne sont pas tous bergers. Et ne croyez pas qu’il s’agit d’une simple historiette pastorale !
Rien que pour donner un résumé de l’histoire - des histoires devrait-on dire car d’Urfé en entremêle plusieurs -, il ne faut pas moins de 4 pages ! Que veut nous dire l’auteur ? Le long titre original de son oeuvre le précise clairement : il veut nous démontrer ce qu’est « l’honnête amitié » : Les douze livres d’Astrée, où par plusieurs histoires et sous personnes de bergers et d’autres sont déduits les divers effets de l’honnête amitié.

Delphine Denis insiste notamment sur le lieu où cette histoire se déroule :

Le Lignon, sur "Les chemins de l'Astrée" dans le Forez
Le Lignon, sur "Les chemins de l’Astrée" dans le Forez

le Forez, cette région entre Bourbonnais et Lyonnais, où la famille d’Urfé avait son château, La Bâtie. Honoré d’Urfé s’éloigne donc volontairement de cette région mythique, l’Arcadie, dans laquelle plusieurs auteurs avant lui avaient situé leurs fables pastorales, pour s’ancrer dans la campagne autour de chez lui et changer d’époque puisqu’il choisit la Gaule du Vème siècle.

4 -Si l’on souhaite en savoir plus sur les sources et les pratiques d’écriture utilisées par Honoré d’Urfé, cette édition offre toute l’information souhaitée. Delphine Denis insiste cependant : Honoré d’Urfé a bien construit un roman original, dont la trame romanesque est menée de main de maître : il n’empile pas une suite de nouvelles les unes derrière les autres, il sait varier les récits, il est habile à ajouter des « éléments insérés » tels des poèmes, des billets, des lettres et des « énoncés sentencieux » (des lieux communs, et l’édition critique de nous expliquer ce mot). L’œuvre d’Honoré d’Urfé marque une étape décisive dans l’art du roman et fait percevoir les manières de sentir et d’aimer de l’âge classique.

Enfin, Delphine Denis souligne tout l’intérêt d’étudier la langue utilisée par le romancier : le français, certes, mais un français dont certains mots puisent dans un fonds lexical hérité de la langue du XVIe siècle et appelé à connaître une obsolescence rapide (par exemple « décevoir » pour tromper, « palus » pour marais, « curieux » pour soigeux, etc... Les mots vieillissaient plus vite que les retouches et corrections de l’auteur !).

5- Pour terminer, notre invitée souligne le rayonnement de l’œuvre d’abord à son époque puis dans les siècles qui ont suivi, tant en France qu’en Europe. À la page 61 du livre, on lit « L’Astrée est une pièce majeure du patrimoine littéraire occidental : par le rôle qu’elle a joué dans le développement de la culture européenne, elle occupe une place de choix dans ce que Goethe a appelé “la littérature mondiale” ».


En savoir plus :

- Delphine Denis, directrice du projet, enseigne à l’université Paris-Sorbonne, rattachée à l’équipe d’Accueil "Sens, texte, informatique, histoire" et au Centre d’étude de la langue et de la littérature françaises des XVII e et XVIII e siècles. Agrégée de lettres classiques, elle s’intéresse à l’histoire des formes et des styles au XVII e siècle. A ses côtés, pour cette édition critique : Jean-Marc Chatelain, Camille Esmain-Sarrazin, Alexandre Gefen, Laurence Giavarini, Frank Greiner, Françoise Lavocat et Stéphane Macé.

- consulter le site internet www.astree.paris-sorbonne.fr, entièrement dédié au roman.

- Ce premier volume est proposé par les Editions Honoré Champion en version reliée et en version brochée. Librairie Honoré Champion 3 rue Corneille 75006 Paris 01.46.34.02.29.
- Soulignons que la collection "Littératures" s’impose de publier le texte qui fait autorité au regard des spécialistes qui le réexaminent en s’appuyant sur les dernières avancées de la recherche.






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