Quand Jean-Marie Lustiger, de l’Académie française, parlait de Jean-Paul II

Jean Duchesne, ami proche et exécuteur testamentaire du cardinal Lustiger, est l’invité de Damien Le Guay
Jean-Marie Lustiger et Jean-Paul II, figures majeures de l’Église catholique unies par leurs destins extraordinaires. Témoin de cette amitié sacrée, Jean Duchesne, exécuteur testamentaire du cardinal-archevêque de Paris, qui nous présente son livre : « Jean-Marie Lustiger témoin de Jean-Paul II ». Une émission proposée par Damien Le Guay.


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Émission proposée par : Damien Le Guay
Référence : PAG931
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Date de mise en ligne : 15 mai 2011

Le 1 mai 2011, Jean-Paul II a été béatifié, soit six ans et 29 jours après son décès – le 2 avril 2005. Au fil des années, s’était nouée, une amitié fraternelle entre Jean-Marie Lustiger (qui deviendra membre de l’Académie Française en 1995) et Jean-Paul II. Cette fraternité était improbable comme était improbable la nomination d’un polonais au siège de Saint-Pierre et celle d’un homme né juif comme cardinal-archevêque de Paris. Nous avons demandé à Jean Duchesne, exécuteur testamentaire du cardinal Lustiger et cheville-ouvrière de L’Institut Jean-Marie Lustiger (créé le 8 décembre 2007), de venir nous présenter un livre qu’il vient de publier (en 2011) : Jean-Marie Lustiger, témoin de Jean-Paul II (publié par Communio-Parole et Silence). Livre qui reprend des textes, interventions, articles et homélies du cardinal sur « son » pape.

Jean-Marie Lustiger est né le 17 septembre 1926 à Paris de parents juifs originaires de Pologne. Il fut ordonné prêtre en 1954. Karol Wotyla est né le 18 mai 1920 près de Cracovie et sera élu pape le 16 octobre 1978. Jean-Marie Lustiger - jusqu’alors évêque d’Orléans depuis novembre 1979 -, est nommé, le 27 février 1981, archevêque de Paris. Puis, dans la foulée, quand il deviendra Cardinal, il ira souvent à Rome et rencontrera fréquemment le Pape. Ces deux hommes extra-ordinaires se sont appréciés. A plusieurs occasions, le cardinal-archevêque de Paris s’exprimera sur « la nouvelle évangélisation », sur le « combat contre la civilisation de la mort » - qu’il considérait comme les deux thèmes dominant du pontificat de Jean-Paul II -, sur « la force spirituelle » du Pape et sa lucidité vis-à-vis du communisme qu’il contribua à abattre, sur son travail de mise en œuvre de Vatican II – pour mieux retrouver son unicité organique. Jean Duchesne, ami de confiance de Jean-Marie Lustiger, nous indique les raisons et les circonstances de cette rencontre, les affinités entre eux, les raisons d’admiration, la profondeur de leur amitié.








Jean-Marie Lustiger : Aron Lustiger est né dans le 12e arrondissement de Paris. Ses parents, originaires d’une famille juive ashkénaze venant de Pologne (à Bedzin en Haute-Silésie où son père était boulanger), tiennent un commerce de bonneterie. Il fait ses études au lycée Montaigne à Paris. Vers 10 ou 12 ans il découvre une Bible protestante. Le Nouveau Testament s’impose à lui comme étant l’aboutissement de l’Ancien Testament. Il découvre l’antisémitisme, dont il est victime. « À la porte du lycée Montaigne, je me suis fait casser la figure parce que juif. Quand je m’approchais des garçons qui discutaient entre eux, ils me disaient : "Ça ne te regarde pas, tu es un sale juif." » Il en fait aussi l’expérience à travers la littérature et à l’occasion d’un voyage en Allemagne nazie en 1937, dans une famille protestante, où il découvre, en même temps que le nazisme, les premiers adultes chrétiens anti-nazis. La guerre pousse ses parents à l’envoyer, avec sa sœur Arlette, se réfugier à Orléans (fin août 1939). Ils seront recueillis et hébergés par Suzanne Combes, jeune professeur de lettres classiques à l’école du Bourdon-Blanc et future directrice de cet établissement catholique d’enseignement. Aron, devenu élève du lycée Pothier (établissement public), fréquentera assidument le 14 rue Sainte-Anne, siège des Œuvres diocésaines, dirigées par Mgr Henri Feuillâtre ("le Père Feu", également aumônier du lycée). La mère des deux enfants continue à tenir son commerce de bonneterie-mercerie, à Paris. Durant la Semaine sainte 1940, dans la cathédrale d’Orléans, Aron ressent le désir de se convertir au catholicisme. Toute sa vie, il expliquera que son christianisme n’a jamais signifié un renoncement à son identité juive. Le 25 août 1940, à l’âge de 14 ans, il reçoit le baptême à Orléans. Il devient chrétien et ajoute alors au prénom reçu de ses parents ceux de Jean et de Marie, qui sont aussi des prénoms d’origine hébraïque. Il expliquera plus tard qu’il n’a jamais renoncé au prénom d’Aron et que le grand prêtre qui porte ce nom dans la Bible est aussi vénéré comme saint par l’Église catholique. Sa mère est arrêtée en septembre 1942. Gisèle Lustiger est alors internée à Drancy puis déportée vers le camp d’Auschwitz, où elle meurt le 13 février 1943. La famille n’aura la confirmation de son décès qu’en 1946. Son père, n’acceptant toujours pas la conversion de son fils, essaie en vain, au lendemain de la guerre, de le persuader d’annuler son baptême Après avoir terminé ses études secondaires au lycée d’Orléans, il s’inscrit à l’université de la Sorbonne afin de suivre des études de lettres. Sa vocation sacerdotale le conduit à entrer au séminaire des Carmes de l’Institut catholique de Paris en 1946. Il est ordonné prêtre le 17 avril 1954 à l’âge de 27 ans, dans l’église du séminaire des Carmes. De 1954 à 1969, il est aumônier de la paroisse universitaire de Paris, connue sous le nom de Centre Richelieu, rassemblant des enseignants de l’école publique, aumônier des étudiants en lettres et sciences de la Sorbonne, ainsi que des grandes écoles (École spéciale d’architecture, ENS de Fontenay-Saint-Cloud, École des chartes). Son charisme attire nombre d’étudiants et professeurs. Puis Mai 68 embrase l’université. Il affirmera alors : « Il n’y a pas de place pour l’Évangile dans cette foire ».

En 1969, il est nommé curé de la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal, dans le 16e arrondissement de Paris et a comme vicaire l’abbé André Vingt-Trois, son futur successeur à la tête de l’archevêché de Paris. Ses sermons sont publiés chez Fayard sous le titre Sermons d’un curé de Paris en 1977. Le 10 novembre 1979, il est nommé évêque d’Orléans par le nouveau pape Jean-Paul II, et, le 8 décembre 1979 il reçoit l’ordination épiscopale par l’imposition des mains du cardinal François Marty, alors archevêque de Paris. Il choisit comme devise « Tout est possible à Dieu ». Il n’occupera que quinze mois le siège d’Orléans. Il est nommé archevêque de Paris le 27 février 1981, succédant au cardinal François Marty. Deux ans plus tard, le 2 février 1983, il est créé cardinal par le pape Jean-Paul II, avec le titre de cardinal-prêtre de Saints Marcellino e Pietro attaché à l’église romaine du même nom. En 1994, après le décès du cardinal Marty, il reçoit le titre de Saint-Louis des Français traditionnellement accordé au cardinal archevêque de Paris. Le cardinal Lustiger fut une figure très remarquée au niveau de l’Église universelle, même si ses chances de succéder à Jean-Paul II, qui émurent un temps des médias peu au fait des réalités ecclésiales, étaient très faibles, voire infimes lors du conclave de 2005, en raison de son âge et de son état de santé.





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