Une prime sur ordonnance. Une chronique de François d’Orcival

De l’Académie des sciences morales et politiques
Le président Nicolas Sarkozy annonça, lors d’un déplacement dans les Ardennes le 19 avril 2011, la création d’une prime aux salariés. Une idée révolutionnaire ? Pas tant que ça. François d’Orcival, académicien et journaliste, nous explique pourquoi.


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On ne peut pas reprocher à Nicolas Sarkozy de n’avoir pas de suite dans les idées. Le 18 février 2009, alors qu’il recevait patronat et syndicats à l’Elysée et qu’il annonçait un effort de 2,6 milliards d’euros pour aider, en pleine crise, les familles modestes, les jeunes et les chômeurs, il disait : « Le statu quo n’est pas tenable. Le partage de la valeur ajoutée doit être débattu – entre partenaires sociaux – et si des progrès ne sont pas réalisés rapidement, l’Etat prendra ses responsabilités. » Il aura attendu deux ans (entretemps, il y a eu la réforme des retraites), et comme il n’y avait pas de « progrès », il a pris ses responsabilités : il veut une loi pour partager les bénéfices entre actionnaires et salariés.

Une idée neuve ? Elle date du général de Gaulle. Aux élections de mars 1967, la majorité n’avait sauvé son existence qu’à sept sièges près. Des voix du centre s’étaient portées à gauche. On accusait l’absence de « politique sociale ». Alors, poussé par le Général, son premier ministre Georges Pompidou annonça que l’on allait « associer les travailleurs au progrès de l’économie ». C’était la « participation ». Ni le patronat ni les syndicats n’en voulaient ; pour les uns, elle amputait l’investissement ; pour les autres, ce n’était pas un salaire.

A l’attention des critiques, le Général rappela le jeu de Méphisto – « Je suis celui qui nie tout » - et le drame de Faust qui, l’ayant écouté, alla « de malheur en malheur ». Et il procéda par ordonnances, en plein mois d’août…Celles-ci instituaient la participation des salariés aux bénéfices des entreprises de plus de 100 employés, soit 4,9 millions de salariés. Ce système est toujours en vigueur ; pourquoi en créer un autre au lieu de l’améliorer ?

Serge Dassault, le propriétaire du « Figaro », a plaidé auprès de Nicolas Sarkozy pour la simplicité de ce qui s’applique dans son groupe industriel depuis longtemps : la répartition des bénéfices en trois tiers, autofinancement, dividendes, le reste allant à la « réserve de participation » de l’ordonnance de 1967. Le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Georges Tron, a reconnu, le 24 avril au « grand jury RTL-Le Figaro-LCI », que c’était « un idéal ». Mais on lui préfère une « prime ». Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? En 1967, les ordonnances avaient suivi les élections ; cette fois, le projet de loi va précéder celles de 2012.

Le texte de cette chronique est paru dans Le Figaro Magazine du samedi 30 avril 2011. Elle est reprise ici par son auteur, avec l’aimable autorisation de l’hebdomadaire. Les propos de François d’Orcival n’engagent que lui-même, et non pas l’académie à laquelle il appartient ni l’Institut de France.


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