Les langues régionales de France : langue, dialecte et patois (1/20)

1ère émission de la série proposée par Henriette Walter
Langue, dialecte, patois : dès que l’on aborde la question des langues régionales de France, plusieurs termes viennent immédiatement à l’esprit, qu’il faut définir d’entrée de jeu, en se demandant tout d’abord, qu’est-ce qu’une langue ? Dans cette première émission d’une série qui en comporte vingt, la linguiste Henriette Walter commence par donner d’une manière simple et claire quelques définitions indispensables. Une série initiée avec la Délégation générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF).


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : sav568
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Date de mise en ligne : 12 juin 2011


- Langue

Toutes partagent la même définition : toutes les langues servent à communiquer au moyen de la voix et toutes sont doublement articulées.
1e articulation : en mots ou plus exactement en monèmes, qui sont des unités minimales à 2 faces (sens + forme phonique).

  • rue =1 monème ruelle =2 monèmes « rue +petite »
  • main =1 monème menotte = 2 monèmes « main + petite »
  • beurre = 1 monème beurrier = 2 monèmes « beurre + récipient »
  • soupe =1 monème soupière = 2 monèmes « soupe + récipient »
  • dire = 1 monème redire = 2 monèmes « dire » + « une 2e fois »


2e articulation : en phonèmes. Ce sont des unités à 1 face, qui ont une forme phonique et qui n’ont pas de sens par elles-mêmes mais qui permettent de distinguer entre 2 monèmes, grâce par exemple, aux

- consonnes
  • /m/ et /p/ dans main /pain,
  • /s/ et /k/ dans soupe / coupe
  • /g/ et /f/ dans grippe et fripe, ou grâce aux


- voyelles dans grand/ grain / gros / gras / grès, gris, grue...

Dans la langue française ces consonnes et ces voyelles sont identifiées comme des phonèmes différents. On dit que les phonèmes sont des unités distinctives discrètes, au sens mathématique du terme, c’est-à-dire « entières, insécables ».
Toutes les langues ont cette même structure alliant des unités significatives, les monèmes (à 2 faces), et des unités distinctives, les phonèmes (à 1 face), mais chaque langue est composée d’unités différentes et organise ces deux types d’unités différemment, ce qui constitue leur spécificité.
Ce qu’il faut encore ajouter, c’est que toutes les langues ne remplissent pas la même fonction.


Carte des langues régionales en France métropolitaine
Carte des langues régionales en France métropolitaine

- Les différents types de langues
Le choix est grand entre langue nationale, langue officielle, langue véhiculaire, vernaculaire, ou encore dialecte, patois... C’est à propos de ces deux derniers termes qu’intervient la notion de langue régionale : c’est une langue parlée sur un territoire plus restreint et plus ou moins bien délimité par rapport à la langue officielle, mais qui s’y perpétue souvent depuis des siècles. En France, les langues régionales sont foison, et, pour mieux comprendre cette terminologie, il est utile de remonter à l’histoire du latin en Gaule.
Depuis le Ve siècle avant notre ère, sur le territoire plus tard appelé la France, on parlait une langue celtique, le gaulois, dont les variétés étaient un peu différentes selon les tribus. Lorsque, 3 siècles plus tard, les Romains arrivent en Gaule, ils s’installent d’abord dans le Sud du pays - Provincia narbonensis - puis dans l’ensemble du pays, avec la conquête de Jules César. Le latin des légions romaines va alors lentement s’imposer auprès de populations qui parleront cette langue latine chacune à sa manière. On dit que le latin se dialectalise alors, en donnant naissance à de nouvelles formes, qui deviendront les dialectes romans de France.

Un dialecte, c’est donc une langue répondant aux critères de la double articulation (qui sont ceux de toutes les langues), mais qui s’étend sur seulement une partie du territoire. Reste à définir ce qu’est un patois.

-  Dialectes et patois
Au Moyen Âge, l’organisation féodale ne fera que renforcer cette fragmentation du latin, car les paysans, regroupés autour du château du seigneur, et ayant peu de contacts avec les habitants des châteaux voisins, prendront ensemble de nouvelles habitudes, en modifiant la langue d’origine dans leur prononciation, mais aussi dans l’agencement des mots, et en créant même à l’occasion de nouveaux mots adaptés de leur langue maternelle.
C’est ainsi qu’au cours du temps ces dialectes se sont encore différenciés sur des zones encore plus réduites, pour donner naissance à des patois. On dira donc que plusieurs patois partageant un certain nombre de traits communs peuvent constituer un dialecte.
En somme, on peut en conclure que dialecte et patois sont aussi des langues, et que leur différence n’est pas du tout une question de valeur, mais, simplement, les dialectes et les patois couvrent un territoire moins étendu que la langue officielle, à quoi il faut ajouter qu’ils ne sont actuellement employés que dans certaines circonstances et avec des interlocuteurs eux-mêmes patoisants.

Mais tous les idiomes parlés en France en dehors du français ne sont pas des avatars du latin.

- Les autres langues de France
En dehors des dialectes romans (qui sont issus du latin), on doit aussi prendre en considération :

- une langue très ancienne, le basque
- une langue celtique, le breton, et ses diverses variétés
- 3 langues germaniques, le flamand, le francique lorrain et l’alsacien

Toutes ces langues feront tour à tour partie des prochaines émissions, en insistant successivement sur quelques particularités de chacune d’entre elles.
Mais cela n’épuise pas la diversité des langues parlées sur le territoire français, et qu’on ne peut pas considérer comme des langues régionales, parce qu’elles ne sont pas précisément localisables sur le terrain, mais dispersées un peu partout :

  • l’arabe maghrébin (Algérie, Tunisie, Maroc),
  • le berbère (parlé dans les régions montagneuses d’Algérie et du Maroc, et un peu en Tunisie...),
  • l’arménien occidental,
  • le yiddish,
  • ou encore le tsigane, langue traditionnelle des Roms et des gens du voyage, une langue venue de l’Inde au XIVe siècle et qui est aujourd’hui la seule langue répandue sur de vastes territoires à n’avoir dans aucun pays le statut de langue nationale.


Et avant de terminer cette émission, et avant d’entrer dans les prochaines plus précisément centrées sur les langues de la France, j’aimerais rappeler qu’il existe un certain nombre de noms différents pour désigner les langues du monde.



Des noms différents pour désigner les langues

  • langue : instrument de communication vocal, doublement articulé, en unités significatives, les monèmes, et en unités distinctives, les phonèmes*
  • langue nationale, ou officielle : on oppose généralement la langue officielle d’un État, aux dialectes et aux patois
  • koïnê : d’abord langue commune de la Grèce à l’époque hellénistique, fondée sur le parler d’Athènes, puis par extension, langue commune d’un pays
  • langue véhiculaire : langue servant à la communication entre des populations qui parlent des langues différentes
  • vernaculaire : langue traditionnelle, ancrée dans le terroir. Le mot vient du latin verna « esclave né dans la maison »
  • parler : variété de langue parlée sur un territoire réduit, tout comme le patois
  • patois : variété de langue restreinte à un petit nombre de locuteurs, et parlée sur un territoire également restreint, généralement rural
  • dialecte : ensemble de plusieurs patois partageant des caractéristiques communes
  • lingua franca : langue qui a servi en Méditerranée dans les communications entre Européens et populations de langue arabe
  • sabir : synonyme de lingua franca, mêlant des mots italiens, espagnols, portugais et arabes dans une syntaxe réduite à l’essentiel. Le mot sabir vient du latin sapere « savoir », prononcé à la façon des arabophones. Le sabir est une langue d’appoint, toujours parlée par des bilingues.
  • pidgin : langue d’appoint réduite à l’essentiel et dont le vocabulaire repose sur des bases anglaises
  • créole : langue dont le lexique est essentiellement d’origine européenne et la structure grammaticale proche des langues africaines
  • idiome : le terme le plus neutre
  • parlure : d’abord « façon de parler » ou langue particulière (au Moyen Age). Après avoir disparu de l’usage, ce terme a été repris par les linguistes du XIXe siècle pour désigner une façon de parler propre à un niveau de langue ou à un groupe particulier
  • langage : la faculté de parler



    En savoir plus :

    - Poursuivez cette série de 20 émissions sur les langues régionales de France, sur le site de Canal Académie.

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