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La liberté du nucléaire. Une chronique de François d’Orcival

de l’Académie des sciences morales et politiques
Suite aux événements en Lybie, la menace du pétrole est-elle une vraie arme pour le colonel Kadhafi ? L’académicien journaliste François d’Orcival, éclaire ici la question de l’indépendance énergétique de la France en reprenant, au micro de Canal Académie, la chronique qu’il donne, le samedi, dans Le Figaro Magazine.


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Kadhafi peut fermer son pétrole, il ne se passera rien. La menace ne fait plus peur à personne. Quand il prit le pouvoir, en 1969, plutôt que de couper les robinets, il les nationalisa. Les Britanniques, très présents sur place, durent subir, sans réagir. Les Français, eux, étaient au Sahara, une « éponge à pétrole » disait-on. Le général de Gaulle avait rêvé d’une Algérie qui lui aurait laissé l’exploitation de ce pétrole. Mais peu après Kadhafi, les dirigeants algériens, Boumediene et Bouteflika (déjà), nationalisèrent, en avril 1971, le pétrole saharien. Les Français, pillés à leur tour, étaient à la merci des pays producteurs. Quand ceux-ci quadruplèrent le prix du brut, en 1973, ils comprirent leur douleur.

A l’époque, nous importions 121 millions de tonnes de pétrole. En raison de la croissance, les projections portaient à 200 millions ces importations dans les dix ans. Comment allions-nous les payer ? La France dépendait des pays arabes pour 78% de sa consommation d’énergie ; son « indépendance » était un mot privé de sens. Alors ? Les Britanniques eurent le pétrole de la Mer du Nord – et les Français, le nucléaire.

« L’ère du nucléaire date des années soixante-dix », dit Valéry Giscard d’Estaing. Il assistait, comme ministre des Finances, au conseil restreint du 5 mars 1974, présidé par Georges Pompidou, qui approuva le plan massif de construction de centrales préparé par Pierre Messmer, premier ministre. Quand Giscard succéda à Pompidou, deux mois après, il accéléra encore le rythme d’implantation des réacteurs. A la fin de son septennat, la dépendance de la France à l’égard de ses importations d’énergie avait diminué de dix points, avec un nucléaire qui montait en puissance. François Mitterrand en profita et poursuivit l’effort. Au lieu d’importer 200 millions, voire 300 millions de tonnes en 1990, si elle n’avait rien fait, la France n’en achetait que 90 millions. Vingt ans plus tard, avec des prix du brut qui ont évolué entre 15 et 140 dollars le baril, notre économie n’en importe plus que 83 millions de tonnes – alors que notre Pib a doublé. Notre taux de dépendance énergétique est tombé au-dessous de 50%. A quoi le doit-on ? A l’énergie nucléaire. Sans les nationalisations de Kadhafi puis de Bouteflika, aurions-nous mis le paquet comme ce fut fait ? En tout cas, nous y avons gagné notre liberté d’action.

Le texte de cette chronique est paru dans Le Figaro Magazine du samedi 26 mars 2011. Elle est reprise ici par son auteur, avec l’aimable autorisation de l’hebdomadaire. Les propos de François d’Orcival n’engagent que lui-même, et non pas l’académie à laquelle il appartient ni l’Institut de France.

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