Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen, de l’Académie des beaux-arts

La chronique cinéma de Gauthier Jurgensen
Le dernier film de Woody Allen Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu n’a pas échappé au regard de Gauthier Jurgensen ! D’autant que le réalisateur américain est membre associé étranger de l’Académie des beaux-arts depuis 2004.


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Émission proposée par : Gauthier Jurgensen
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Date de mise en ligne : 10 octobre 2010
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Si vous êtes restés à Paris pendant ce mois de juillet 2010 et que vous vous êtes promenés dans les rues du cinquième arrondissement, la nuit, vous avez peut-être rencontré un petit cinéaste illustre. En effet, Woody Allen est venu nous rendre visite dans notre capitale pour y tourner son dernier long métrage : Minuit à Paris, qui sortira sur nos écrans avant l’été prochain (2011). Peut-être a-t-il fait un crochet par l’Institut de France ? En attendant de voir cette escapade parisienne dans nos salles de cinéma, concentrons-nous sur le film qui sort le 6 octobre 2010 : Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu.


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Ce n’est plus une surprise : Woody Allen est un réalisateur prolifique. Après une escale à Barcelone en 2008, un retour à New York en 2009, c’est à nouveau à Londres que se situe l’action de ce nouvel opus, comme pour Match Point, Scoop ou Le Rêve de Cassandre. A soixante-quinze ans, Woody Allen fête son quarantième long métrage, ce qui revient plus ou moins à souffler les quarante bougies de sa carrière de réalisateur, puisque nous avons droit presque chaque année à un nouveau chapitre.

Plus de Scarlett Johansson au générique, pourtant. Mais une incroyable brochette d’acteurs pour nous emmener dans un marivaudage très chic : Anthony Hopkins, Gemma Jones, Naomi Watts, Antonio Banderas, Josh Brolin et la jeune mais déjà célèbre Freida Pinto (vue dans Slumdog Millionnaire de Danny Boyle et dans le récent Miral de Julian Schnabel).

Nous suivons d’abord Helena qui, malgré son âge mûr, subit les tourments d’une vie sentimentale complexe. Alfie, son riche mari, l’a récemment quittée pour s’acheter une nouvelle jeunesse. Il fait du sport, route avec un véritable bolide et s’apprête à épouser une prostituée de luxe bien plus jeune que lui. Leur unique fille, Sally, travaille pour une galerie d’art où elle débusque de jeunes talents...

Le précédent Woody, Whatever Works, s’achevait lorsque le personnage principal, infiniment sceptique et terre à terre, tombait amoureux d’une femme médium. Le titre de ce nouveau film, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, s’inscrit donc dans la continuité. Il est bien sûr tiré d’une prophétie qui fournit au personnage principal une motivation, une ligne de conduite. En voix off, un narrateur commente les évènements et ouvre le film sur une citation de Macbeth :

- « La vie n’est qu’une ombre en marche, un pauvre acteur qui s’agite pendant une heure sur la scène et alors on ne l’entend plus ; c’est un récit conté par un idiot, plein de son et furie, ne signifiant rien. » Comme dans la pièce de Shakespeare, c’est une prédiction qui va jeter le dé du destin. Les personnages, tels des pantins, seront obligés de s’y soumettre.

Il y a du théâtre chez Woody Allen. Pas uniquement pour cette citation, ni même pour le marivaudage dont nous parlions tout à l’heure. Mais surtout parce que son cinéma se contente de peu d’artifices filmiques. Champ contrechamps, travellings arrières pendant les promenades, le tout filmé à l’horizontal, bien face aux acteurs. Jamais de plafonds ni de sols, de plongées ou de contre plongées, pas de caméra aérienne : le strict minimum au service du dialogue et des acteurs. Pourtant quel soin de la lumière, du détail dans le décor ! Mais Woody Allen n’est pas un poseur. Il fait du cinéma sans chercher à « faire cinéma ».

On retrouve avec joie tout le style de Woody Allen en allant voir Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu. L’éternel générique qui ouvre tous ses films, mais aussi les interminables confessions sur le sens de la vie. C’est ce qu’il fait de mieux : filmer la distance et la proximité de deux êtres. Ils se regardent d’un immeuble à l’autre puis finissent dans le même champ, ou inversement. Ces personnages ont toujours tous un confident : une voyante, une meilleure amie, une voisine charmante, un patron ou même une prostituée de luxe. Ils ont tous trouvé quelqu’un, comme Woody Allen nous a trouvés, pour leur raconter l’assommant déluge de contrariétés qui s’abat sur leur vie. Comme d’habitude, on rit sans retenue, d’autant que le cinéaste semble avoir renoncé au virage plus sombre, plus « polar » qu’il avait pris il y a quelques années.

Il y a tout de même un hic, que beaucoup prennent pour un gage de qualité. Comme dans Vicky Christina Barcelona, nos héros sont tous peintres, écrivains, libraires, riches et talentueux. L’argent leur tombe du ciel ou presque. Ils travaillent peu et passent leur temps à parler psychanalyse ou à écouter Mozart ou Boccherini. Ils vont à l’opéra pour entendre les oeuvres de Donizetti ou au théâtre voir une pièce d’Ibsen. Ils vont même jusqu’à se flatter les uns les autres de leur culture et se moquent sans retenue des ignorants, incarnés par la prostituée. Devons-nous vraiment nous faire les complices d’un tel snobisme et nous aussi nous moquer de tout ce que cette femme représente : la musique jeune, les boîtes de nuit, les salles de sport et le manque d’instruction ? Certes, il est doux d’écouter de la grande musique et de citer les grands noms de la littérature. Mais Woody Allen semble parfois vivre dans une autre galaxie, bien plus raffinée que la nôtre...

En bref, si vous voulez voir du Woody, vous en verrez dès le 6 octobre 2010. Mais en allant voir Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, vous trouverez peut-être notre ami américain un peu trop prisonnier de son monde à lui.

Texte de Gauthier Jurgensen.






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