Le compositeur Jean-Louis Florentz, aventurier du monde et de l’orgue

Regards sur l’académicien des beaux-arts avec Marie-Louise Langlais et Gilles Cantagrel
Jean-Louis Florentz (1947-2004) compte aujourd’hui beaucoup d’admirateurs de sa musique d’inspiration orientale et africaine, aux polyrythmies incantatoires, aux sonorités soudanaises ou éthiopiennes qui appellent au voyage. En son temps, le compositeur traversa la vie musicale en solitaire et en autodidacte. Voici un regard particulier sur celui qui fut élu à l’Académie des beaux-arts, en compagnie de Marie-Louise Langlais et de Gilles Cantagrel, correspondant de cette Académie, qui se penchent particulièrement sa musique pour orgue.


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Date de mise en ligne : 20 juin 2010

Jean-Louis Florentz (né en 1947) a découvert l’orgue enfant, alors qu’il suit l’enseignement des pères maristes à Saint-Chamond, dans la Loire. Il n’a que onze ans, lorsqu’il entend L’apparition de l’église éternelle d’Olivier Messiaen et en est bouleversé. Sa rencontre avec l’organiste Louis Wolff, son écoute des litanies de Jehan Alain, des cinq pièces pour l’office divin de Jacques Grunenwald, des oeuvres de Charles Tournemire, de Marcel Dupré, de Jean Langlais, de Gaston Litaize, ou encore de Pierre Cochereau, forment son écoute à l’amour de l’orgue. Il est réceptif à la tradition française de l’instrument, et nourrit une connaissance étendue du répertoire.

Mais Jean-Louis Florentz est un autodidacte, dans une certaine mesure. Il ne passe pas par la moulinette du Conservatoire, sauf en auditeur libre dans les cours d’harmonie d’Olivier Messiaen au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, entre 1970 et 1972. Le compositeur, dont la pédagogie et le sens de l’écoute était loué par ses élèves (cf. notre émission consacrée à Messiaen, professeur), dit à Florentz : «  Cher ami, partez, allez en Afrique, voyagez ». C’est ce qu’il fait. Le jeune compositeur a très envie de fuir le petit monde de la création musicale, marqué alors par le diktat du sérialisme. Il raconte : « À l’époque, la musique contemporaine était au pire de ce qu’elle pouvait être. Ce qui comptait avant tout, c’était de trouver celui qui inventerait le dernier bidule qui allait faire évoluer l’histoire. On envoyait voler dès qu’il y avait un mouvement conjoint quelque part. C’est un univers malsain pour moi. »

Olivier Messiaen a l’intelligence de lui transmettre une seule donnée fondamentale pour composer : la confiance en soi. « L’ethnomusicologie et les voyages d’études m’ont protégé », témoigne Jean-Louis Florentz. Son parcours s’est fait indépendamment des écoles musicales. Il s’est permis de ne pas rejeter en bloc le classicisme, et de se laisser pénétrer par les mélopées kenyanes et éthiopiennes.

Quelques autres compositeurs de grande influence ont jalonné sa formation. Il côtoie longtemps Antoine Duhamel, avant d’être admis à la Villa Medicis pour l’année 1979. Duhamel lui apprend le goût de la liberté, celle de travailler sans être obsédé par un tas de tabous. Antoine Duhamel en témoigne : « La musique de Florentz est en contact avec le monde extra-européen sans être aspirée par lui ».

Florentz passe ensuite du temps à suivre les les cours d’acoustique animale, à l’École pratique des hautes études avec Yveline Leroy. Puis il est pris comme pensionnaire à la Casa Velasquez, à Madrid, où il travaille sur le projet d’oeuvre pour orgue, Laudes, créé en 1985 à l’église des billettes par Michel Bourcier. Les éditions Leduc ont par la suite publié la partition de Laudes, avec, en couverture, une photo du Kenya, prise par Jean-Louis Florentz... une première pour cette vénérable maison d’édition musicale !

À l’écoute des Laudes (opus 5), restent en mémoire les moments où Florentz reproduit ce qu’il entend lors du décollage et de l’atterrissage de l’avion qui le conduit vers un pays lointain. On peut entendre le bruit d’un réacteur d’avion dans la 4e pièce des Laudes, « Le chant des fleurs ». Nous en diffusons un extrait durant l’émission.

Florentz voyage, donc. Chaque œuvre se mûrit lentement lors d’un séjour en Afrique (Kenya, Soudan...) ou au Proche-Orient. Il en parle ainsi : « Ma relation à l’Afrique et au Proche-Orient sémitique est une histoire d’amour, avec tous les risques d’une relation amoureuse passionnelle : notamment le danger de possession de l’autre, un danger que je ne nie pas, et sur lequel j’essaie de rester vigilant. »

Ce qui le fascine plus que tout, c’est la liturgie éthiopienne. Il passe des heures à écouter les offices en la basilique du Saint- Sépulcre à Jérusalem. Il s’initie à la musique sacrée éthiopienne auprès de Mgr Abba Pietros Haîlu, recteur du collège éthiopien au Vatican. Le compositeur Philippe Hersant, qui a rencontré Jean-Louis Florentz à la Villa Médicis à Rome, puis l’a revu à plusieurs reprises à Paris, se souvient de Florentz, comme d’un musicien qui, « de chaque œuvre, voulait faire une somme, dont la symbolique était la raison d’être. Et son goût du symbolisme l’amenait parfois à écrire des choses d’une extrême difficulté d’exécution. Asmarâ, par exemple, est une œuvre presque utopique. Car Jean-Louis avait en tête le chant éthiopien tel que chanté par des Éthiopiens et non par des chanteurs occidentaux. »

Après Laudes, la deuxième oeuvre de Florentz pour orgue est Debout sur le soleil. Il dit s’être inspiré du livre du père Jacques Leclerc, qui a longtemps exercé au Cameroun, puis à Notre-Dame de Paris. L’œuvre musicale est particulièrement tirée de l’avant- dernier chapitre du livre, « Miserere ». Florentz racontait aussi que la composition de Debout sur le Soleil était fastidieuse jusqu’au jour où la première guerre du Golfe a été déclenchée en 1990. L’urgence et la nécessité d’une telle œuvre lui ont paru plus que jamais évidente. Vous entendrez un extrait de Debout sur le soleil au cours de l’émission.

Enfin, Jean-Louis Florentz compose La Croix du Sud et Prélude à un enfant noir.

Florentz n’a pas seulement composé pour l’orgue. Il a également écrit pour l’orchestre, la voix et le violoncelle. Curieusement, le piano et la musique de chambre ne l’ont pas intéressés. « Sans doute considérait-il cela comme trop ’’occidental’’ ou en tous cas impropre à exprimer sa symbolique personnelle », tente d’expliquer Philippe Hersant.

Dans les années 1990, deux événements bouleversent sa vie : il rencontre Anne Le Forestier (soeur de Maxime Le Forestier), qu’il épouse. Et en 1995, il est élu à l’Académie des beaux-arts. Florentz est alors le plus jeune compositeur à siéger dans cette Académie. Il détonne par sa liberté de ton, par ses extravagances vestimentaires (vestes de cuir, cheveux longs...), et se fait beaucoup apprécier d’un certain nombre de confrères Académiciens. Il noue une forte amitié avec le sculpteur Claude Abeille qui lui consacre un buste (cf. notre émission en compagnie de Claude Abeille Dans l’atelier de sculpture de Claude Abeille).

Jean-Louis Florentz meurt le 4 juillet 2004. Il jouit aujourd’hui, au XXIe siècle, d’une grande notoriété, en particulier auprès de la génération des jeunes compositeurs et musiciens, même si ses œuvres sont extrêmement difficiles à exécuter.

Dans cette émission sont invités :

- Marie-Louise Langlais, organiste, auteur aux éditions Symétrie du livre « Jean-Louis Florentz, l’œuvre d’orgue » paru en 2009. Elle a recueilli les témoignages entre autres de Michel Bourcier, de Philippe Hersant, d’Olivier Latry, de Jean Leduc, d’Anne Florentz, de Maxime Le Forestier, de Béatrice Piertot et de Claude Abeille.

- Gilles Cantagrel, musicologue, ancien directeur de France Musique, auteur de nombreux ouvrages de musique, notamment un ouvrage sur les cantates de Jean-Sébastien Bach (2010, éditions Fayard), correspondant de l’Académie des beaux-arts.

Extraits d’oeuvres diffusées durant l’émission :

- Laudes, opus 5 : « Dis-moi ton nom », « Le chant des fleurs » et « Harpe de Marie ». Interprétation de Michel Bourcier sur l’orgue de Plaisance-du-Gers.
- Debout sur le soleil, 41e invocation. Enregistré en septembre 1994 par Michel Bourcier aux grandes orgues de Saint-Eustache à Paris.
- La Croix du Sud, opus 15 (1975-2000). Enregistré le 18 décembre 2000 par Olivier Latry aux grandes orgues de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
- Prélude de L’enfant noir, opus 17-1 (1979-2002). Enregistré le 9 mars 2003 par Béatrice Piertot aux grandes orgues de Saint-Eustache à Paris.

En savoir plus :

- Le site consacré à Jean-Louis Florentz

- Notre émission consacrée à la classe d’harmonie et de composition d’Olivier Messiaen au Conservatoire national supérieur de musique de Paris

- Notre émission consacrée à Olivier Messiaen, organiste






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