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Le film de Jean de Becker La Tête en friche adapté par Jean-Loup Dabadie, de l’Académie française

La chronique cinéma de Gauthier Jurgensen
L’Académie française entretient une longue histoire avec le cinéma (Jean Cocteau, René Clair...) renouée récemment avec l’élection de Jean-Loup Dabadie en avril 2008, à qui l’on doit tant de scénarios, de dialogues de films, de pièces de théâtre, de sketches et de chansons. Notre chroniqueur cinéphile Gauthier Jurgensen a regardé le film La Tête en Friche, actuellement sur les écrans, un film qui a profité de la collaboration entre l’académicien et le réalisateur Jean Becker.


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Émission proposée par : Gauthier Jurgensen
Référence : CARR710
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr710.mp3
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Date de mise en ligne : 22 juin 2010
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Devinette : Son père Jacques a réalisé Casque d’Or. Son frère Étienne était directeur de la photographie sur Le Vieux Fusil de Robert Enrico. Son fils Louis a produit Un indien dans la ville. Il réalise des films depuis cinquante ans, on lui doit L’été meurtrier, Elisa ou Effroyables Jardins… Qui est-il ? Il s’agit de Jean Becker. Son nouveau film La Tête en friche, est adapté par Jean-Loup Dabadie, de l’Académie Française, à partir du roman de Marie-Sabine Roger.

Ajoutons à ce casting prestigieux une musique originale de Laurent Voulzy, et quelques-uns de nos plus grands acteurs : Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus dans les premiers rôles, épaulés par Jean-François Stévenin, Patrick Bouchitey, Maurane, Régis Laspalès et François-Xavier Demaison. Rien que ça.

La Tête en friche, c’est l’histoire de Germain, l’idiot d’un village quelconque qui s’occupe en buvant et en faisant pousser ses tomates dans le jardin de sa mère tyrannique. Méprisé de tous depuis son plus jeune âge et quasiment analphabète, Germain rencontre Marguerite, une charmante vieille dame qui lui donne le goût de la lecture en lui faisant découvrir Camus, Supervielle et Gary. Fort de cette nouvelle culture, Germain va enfin trouver les armes nécessaires pour affronter la vie.

Comme pour s’excuser de la noirceur de son précédent film, Deux jours à tuer, qui racontait le voyage vers la mort d’Albert Dupontel, Jean Becker nous livre cette fois un long-métrage qui aime la vie, où la culture amène le plus démuni des hommes à naître une seconde fois.

Pleins d’humour, les dialogues de Jean-Loup Dabadie sont récités avec la justesse exemplaire de nos meilleurs interprètes. La Tête en friche a tout de la comédie charmante, élégante, bon enfant : un vrai « feel-good movie » d’une heure vingt-cinq qui promet à tous une soirée de week-end agréable. Quand il s’agit de grands succès populaires, Jean Becker fait presque toujours mouche.

D’un point de vue économique, les exploitants doivent déjà se frotter les mains. Seulement, voilà : le film est sorti au creux du mois de juin (2010), quand la nuit tombe tard et que les spectateurs se font rares. Mais nous pouvons sans difficulté faire confiance à Jean Becker qui n’a jamais attiré moins d’un million de spectateurs depuis quarante-cinq ans.

Seuls seront réservés les cinéphiles, les fanatiques du grand écran qui pourraient reprocher de ne trouver ici qu’une succession de scènes certes bien rythmées mais sans assez ambition. Par peur d’être trop maigre, le scénario a tendance quelquefois à se gonfler d’histoires secondaires. Fallait-il absolument savoir que la patronne du bar a cinquante ans, qu’elle est amoureuse d’un ouvrier qui préfère une jeune infirmière mais que cela pose problème à un de ses amis qui n’a d’yeux que pour elle ? Que la mère de Germain eut jadis une aventure avec un vendeur de colliers ? Que le garagiste cruciverbiste tente régulièrement de se suicider depuis que sa femme est morte ? Les séquences s’enchaînent trop vite, avec une efficacité presque mécanique, on ne s’attarde sur rien, la mise en scène n’existe qu’à travers le récit.

Jean Becker filme Gérard Depardieu comme l’avaient fait Gustave Kervern et Benoit Delepine dans Mammuth, le mois dernier : c’est-à-dire gros, pataud, gauche, prenant tout l’espace dans le cadre, à la fois gentil et mélancolique. Assis sur un banc de jardin public à côté de Gisèle Casadesus, il devient une montagne qui parle à un moineau. C’est aussi cela que raconte le film : on peut être très grand et totalement vide, inexploité, en friche comme le souligne le titre, pendant que de petits corps âgés et fragiles abritent des bibliothèques entières.

La Tête en friche est un film à la gloire de la lecture comme divertissement d’équipe. Cette bonne vieille lecture d’antan : celle qu’on se faisait à voix haute au coin du feu pendant les longues soirées d’hiver, quand la télé n’existait pas. C’est peut-être cela, au fond, le plus grand défaut de ce film : donner une image du grand âge très datée, alors que les retraités actuels écoutaient les Beatles dans leur jeunesse. Aujourd’hui, les grands-parents ont fait mai soixante-huit. Ils étaient déjà en réaction, il y a quarante ans, contre cette France immobile. Le public sénior, que vise ce film, veut-il vraiment envisager la retraite comme dans une chanson grinçante de Jacques Brel ? Ne faudrait-il pas mettre à jour notre définition française de la maturité et du grand âge et nous mettre, nous aussi, à réaliser pour les séniors des films plus rock’n’roll, comme le sympathique Good Morning England de l’année dernière ? Si La Tête en friche était un jeune homme, ça serait le gendre idéal : sympathique et charmant, souriant et gai, bien sous tous rapports, jamais vulgaire, cultivé et astucieux. Notre trisaïeule l’aurait trouvé tout à fait plaisant.

Texte de Gauthier Jurgensen

En savoir plus :

Jean-Loup Dabadie a une longue carrière de journaliste, romancier, auteur de sketches et de chansons, auteur et metteur en scène dramatique, traducteur, scénariste et dialoguiste. Élu à l’Académie française le 10 avril 2008, il a à ce jour collaboré à l’écriture de plus de trente films.

Consulter la fiche de Jean-Loup Dabadie sur le site de l’Académie française

Notre émission sur la réception de Jean-Loup Dabadie sous la coupole

Notre jeune chroniqueur Gauthier Jurgensen est l’auteur du livre "J’ai grandi dans les salles obscures" (éditions Jean-Claude Lattès)






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