Un objet d’art : la table, à écrire ou en écritoire

par Bertrand Galimard Flavigny
On ne fait pas que manger sur une table : on y écrit aussi, témoin plusieurs meubles surprenants que « l’Amator », Bertrand Galimard Flavigny, examine pour nous de son œil d’expert, opérant un détour par le XVIIIe siècle...


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : CARR672
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Date de mise en ligne : 25 avril 2010
Le bureau à gradin Louis XVI
Le bureau à gradin Louis XVI

Dans un catalogue récent de la maison de vente parisienne Europ Auction, nous avons vu un « bureau à gradin » (H 104,5, L 98, P 55 cm) d’époque Louis XVI. De forme rectangulaire en acajou et placage d’acajou moucheté, il présente une partie supérieure se découvrant par tirage de deux volets à enroulement coiffée par une galerie en bronze anciennement doré. Le tiroir central à mécanisme secret permet de faire sortir un pupitre mobile ainsi que deux caissons dissimulés recouverts de cuir. Il repose sur quatre pieds fuselés cannelés. Ce meuble est estampillé Godefroy Dester, reçu maître en 1750. Un ébéniste qui a fourni notamment la princesse de Lamballe et le comte de Rochefort. Ce bureau entre dans la catégorie de meuble à système ou à transformation.

La table, cette inconnue

Avant d’aller plus en avant, permettez-moi de donner la définition d’une table. Rien de plus simple qu’une table. Écoutons-là néanmoins : elle, la table donc, est constituée d’un plan horizontal rigide situé à hauteur d’appui – assis ou debout – ou plus bas, et servant à poser provisoirement ou non, des objets divers, ou à supporter un autre meuble. Nous le pressentions, mais voilà qui est bien dit. La table peut être en bois, en pierre, en marbre, en métal, en rotin, en osier, en papier mâché, etc. Nous pourrions poursuivre ainsi les descriptions ; le vocabulaire typologique des « principes d’analyse scientifique du mobilier domestique » consacre près de cent cinquante pages à la table [1]. Celles-ci décrivent toutes sortes de tables qu’il serait vain d’énumérer ici.

Lorsque nous lisons que la table peut comporter des parties de rangement, nous marquons soudain un intérêt, car nous sortons de la banalité. En voici une qui nous a intéressés, il s’agit d’une table dite de salon. Elle a une forme rectangulaire (H 69,5, L 46,5, P 31 cm) ; elle est d’époque Louis XVI, estampillée par Charles Topino, et a été adjugée 61.960 €, à Drouot, le 29 décembre 2010 par Europ Auction. Ce meuble à léger ressaut aux angles, en placage de bois de rose, amarante, loupe et bois teinté, montre marquetés, dans des encadrements de filets à grecques, des livres, un encrier et des draperies. La façade est elle-même marquetée d’une frise de postes sur des tablettes saillantes. Elle repose sur des pieds en gaine ornés de bronzes ciselés et dorés de rosaces, moulures, triglyphes et sabots.

Des tables à multiples visages

La table de salon de Topino
La table de salon de Topino

L’intérêt de cette table, outre son excellente facture due à l’ébéniste Charles Topino, né vers 1735 et reçu maître en 1773, est d’être munie d’un plateau coulissant qui démasque un tiroir formant écritoire et trois casiers. Nous sommes bien en face d’un meuble à transformation. Une table similaire mais non estampillée se trouve au Musée Nissim de Camondo à Paris, sous la référence n°346, dans la pièce intitulée Petit Bureau. Ces modèles de table se distinguaient des tables ordinaires, elles étaient généralement munies d’une tablette formant un pupitre, de tiroirs pour loger l’encre et les plumes. Il ne s’agit pas de bureau proprement dit mais de ce que l’on appelle une « table à écrire » qui, au milieu du XVIIIe siècle, est devenue un élément important du mobilier féminin. Celle-ci, comme bon nombre de ces tables, ne révèle sa fonction qu’une fois la tirette sortie et le tiroir ouvert avec tous les accessoires requis. Ajoutons que, pour satisfaire la passion de la correspondance au XVIIIe siècle, les marchands à la pointe de la mode déployèrent toute leur ingéniosité pour embellir ces jolis meubles.

Le catalogue proposait une autre table à écrire à combinaisons, d’époque Louis XV (H. 76, l. 81, P.46 cm). Celle-là, de forme chantournée en placage de bois de rose et d’amarante dans des encadrements de filets de buis, repose sur des pieds cambrés terminés par de petits sabots dorés. Comment découvre-t-on l’écritoire ? Il suffit de faire coulisser le plateau vers l’arrière afin que le tiroir s’avance et libère trois portillons dont un à miroir et un secret pouvant former coiffeuse.

Le terme « table-écritoire » a été utilisé pour la première fois en 1697. On disait aussi « table en écritoire ». Dans l’Inventaire général du mobilier de la Couronne, on trouve plusieurs exemples de ce type : « Une table dont le dessus est garny de velours vert, se brize en trois estant ouvert » et aussi en 1681 : « Une table qui s’ouvre, par-dessus à deux guichets, garnie par dedans d’un escritoire, et par dehors de velours rouge… ». Pour l’année suivante, on peut lire une autre description : « Deux tables qui s’ouvrent par le milieu, garnies de velours rouge… », ou « Une table dont le dessus se brise… ».

Texte de Bertrand Galimard Flavigny.

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[1] Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, le mobilier domestique, vocabulaire typologique, par Nicole de Reyniès, Imprimerie nationale, 1987.






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