The Ghost Writer, un film de Roman Polanski, de l’Académie des beaux-arts

La chronique cinéma de Gauthier Jurgensen
Le dernier film de Roman Polanski The Ghost Writer n’a pas échappé au regard de Gauthier Jurgensen ! D’autant que le réalisateur franco-polonais est membre de l’Académie des beaux-arts depuis 1998 ayant succédé, dans la section Créations artistiques dans l’audiovisuel et le cinéma à Marcel Carné.


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Émission proposée par : Gauthier Jurgensen
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Date de mise en ligne : 21 mars 2010
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Oublions les malheurs médiatisés de Roman Polanski pour nous concentrer sur le réalisateur et son film.
The Ghost Writer raconte l’histoire d’un écrivain anglais engagé comme nègre pour terminer les mémoires de l’ex-premier ministre britannique. Le bras droit de ce premier ministre s’était déjà mis à la tâche avant de mourir bizarrement noyé, quelques jours plus tôt. Notre nouvel écrivain doit rejoindre la résidence de l’ancien chef de gouvernement, sur une île des Etats-Unis, au large de Boston, où il va rapidement faire d’étranges découvertes. Et si les lignes du manuscrit que le nègre précédent lui a laissées en héritage dissimulaient un secret ?

Roman Polanski a dévoilé différents visages, au cours de sa carrière. On le savait littéraire dans ses adaptations de Tess ou d’Oliver Twist, on connaissait ses polars avec Chinatown ou Frantic, il a aussi montré son intérêt pour le récit fantastique, dans Le Locataire, Rosemary’s Baby ou La Neuvième Porte, et même pour la comédie, parfois : souvenez-vous de Pirates ! ou du Bal des vampires.

Ce qui frappe, dans The Ghost Writer, c’est le mélange des genres. Cette intrigue policière dotée d’une toile de fond très littéraire - puisqu’il s’agit du monde de l’édition - n’est pas dépourvue d’un certain sens de l’humour, assez cynique et élégant. Alors où se cache le fantastique ?
Pas d’ectoplasme, pas de messe noire, pas de surnaturel dans cette intrigue très classique. Mais c’est le décor qui installe le premier élément fantomatique. Comme pour entrer dans le Royaume des Morts, il faut prendre le bateau pour accéder à cette île brumeuse, où l’on retrouve tous les clichés de l’histoire de marin qu’on se raconte autour d’un feu sur la plage en faisant griller des Chamallows, comme Fog de John Carpenter. Il y a la vieille auberge typique, le phare qui balaye un horizon vide, quelques plages sans baigneurs et d’énigmatiques autochtones vieillissant seuls et retirés sur cette île, fournissant de mystérieuses informations sans citer leurs sources.

Dans ce décor mortuaire déambule un fantôme. Car, the Ghost Writer, qu’on traduit par « nègre » en français, signifie littéralement « écrivain fantôme ». Il n’a pas de nom, ni de passé, ni de futur. Nous ne savons rien de ce personnage, presque tombé du ciel et qui s’évapore, qui se volatilise quasi littéralement une fois l’histoire achevée.

C’est Ewan McGregor qui l’interprète, celui qu’on avait vu dans La Guerre des étoiles. Roman Polanski aime attendre que les jeunes premiers arrivent à maturité pour les faire jouer. Il l’avait fait avec Jack Nicholson, Harrison Ford ou Johnny Depp. C’est au tour de la révélation des années 1990 de tenir le premier rôle.

L’acteur écossais s’y livre avec beaucoup de charme britannique et une pointe de naïveté dans le jeu. Personnage typique des films de Polanski, notre écrivain fantôme est confronté à une situation qui le dépasse. Il déploie toute son énergie à changer le cours, pourtant fatal, des évènements. Dans une longue séquence en voiture où le héros suit les indications que lui donne son GPS, sans même connaître sa destination, nous découvrons que ce héros n’est même pas maître de ses déplacements.

Dans le récit fantastique, c’est habituellement le héros qui est victime d’une apparition et qui se demande s’il a bien vu ce qu’il croit avoir vu. Roman Polanski tente quelque chose de rare : nous prendre nous, spectateurs, comme seuls témoins de l’histoire qui se déroule sous nos yeux. Nous sortons dans la salle avec la sensation d’avoir vu un fantôme traverser l’espace et le temps du film sans laisser de trace, sans que personne ne puisse prouver son existence. Nous avons été victimes d’une apparition.

Alors que reprocher au film ? Probablement, d’avoir un argument un peu faible, avec une intrigue teintée d’espionnage qui ne tient pas bien debout. Elle sert plutôt de fil rouge à la leçon de cinéma donnée par Roman Polanski.

Ce film sera célébré comme un de ses « classiques » ? Il faut pourtant reconnaitre la belle réussite d’un cinéaste qui, à 77 ans, ne perd pas la main. On se désintéresse même du coup de théâtre final, tant l’excellence est au premier plan.

Je vous laisse le plaisir de découvrir la subtilité des dernières images, mais croyez-moi, lorsque le générique de fin s’affiche, on se dit qu’on a de la chance de voir des films comme celui-là !

Gauthier Jurgensen






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