Passion de la langue française de Gérard de Cortanze

de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique
Gérard de Cortanze présente un florilège d’une trentaine d’auteurs passionnés de langue française, dont près de la moitié sont académiciens. Découvrez avec lui, grâce à son ouvrage Passion de la langue française ces "fous de français" qui, clamant leur culte des mots, savent en dire l’élégance, la beauté et l’universalité.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : PAG756
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Date de mise en ligne : 18 mars 2010

Un livre intitulé "Passion de la langue française", ne saurait échapper à Canal Académie ! Et si, en l’ouvrant, on remarque qu’il est dédicacé à François Cheng, de l’Académie française, c’est une raison de plus pour le présenter ; et quand enfin, on s’aperçoit que l’auteur, Gérard de Cortanze, est membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, on se décide à l’inviter car c’est toujours un plaisir de mentionner ce pays voisin et ami de la France.

A ces trois raisons, on pourrait en ajouter une quatrième : ce livre offre au lecteur 33 textes et donc 33 auteurs, parmi lesquels, 10 membres de l’Académie française - , ce qui parait somme toute assez normal-, à commencer par Vaugelas, et un membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Ferdinant Brunot, ce qui représente en tout un tiers des auteurs choisis.

On y lira donc, avec plaisir (ce plaisir dont Orsenna dit qu’il est inséparable de la langue française...) des textes de Paul Valéry, Gabriel de Broglie (actuel Chancelier de l’Institut de France, de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques), Ernest Renan, Maurice Druon, Jean Dutourd, Hélène Carrère d’Encausse (actuel Secrétaire perpétuel de l’Académie française), Jacques Laurent, Léopold Sédar Senghor, François Cheng.

Mentionner les académiciens ne dispense nullement le lecteur de trouver grand intérêt (et toujours plaisir) aux textes des autres auteurs choisis par Gérard de Cortanze : du Bellay, Albert Dauzat, Etiemble, Cioran, Tahar ben Jalloun, et une vingtaine d’autres.

Et l’on ne s’étonnera nullement que parmi les ouvrages recommandés dans sa bibliographie, l’auteur cite Erik Orsenna, Gérald Antoine, Marc Fumaroli, Pierre Nora, Jacqueline de Romilly (dont Gérard de Cortanze fut l’élève), Michel Serres, et de nombreux linguistes et lexicologues.

Notre invité est l’auteur d’une soixantaine de livres, dont une quarantaine de romans, plusieurs biographies - il dirige la collection Folio/biographies chez Gallimard-, des poèmes, des essais, sans parler de multiples articles de presse. Mais Passion de la langue française est son premier livre sur ce sujet (il confie au micro de Canal Académie qu’il est en train d’en rédiger deux autres sur ce même thème).

Et d’expliquer ce qui le lie, depuis son enfance, à la langue française, lui descendant par ses ancêtres du Piémont et de Naples... Il veut que l’on fasse "pour la langue française des rêves d’absolu" - il s’explique ici sur cet idéal précisé dans son introduction. Parce que, dit-il, "toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la langue française". Une idée haute, noble, fière : notre langue, la langue française, celle de la francophonie, telle qu’elle est, parmi les autres, telles qu’elles sont, sous peine de danger mortel, se doit de viser haut et de se tenir droite.

Pour chacun de ces 33 auteurs, il signe une présentation qui ne se contente pas d’être un résumé biographique mais expose l’idée dominante de tel et tel auteur par rapport à la langue française.
- pour Paul Valéry, par exemple, c’est "une tendance à n’employer qu’un petit nombre de mots"
- pour Jean Dutourd, c’est "une langue en état de siège"
- pour Jacques Laurent, c’est "A ceux qui enferment le français dans une cage".

Chacun a droit à sa brève définition. Et ce n’est pas le moindre intérêt du livre. Lequel est conçu selon un ordre clair, en 5 chapitres : de l’Histoire, du style, du combat, de la langue, de la francophonie.

Gérard de Cortanze est membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, ce qui permet d’attirer l’attention sur le chapitre présentant le texte -inédit d’ailleurs- de Marc Wilmet, également membre de cette académie, un texte qui résume, en quelques pages, l’histoire du français en Belgique romane.

Et pour finir, quelques mots, un rien provocateurs, de Renan extraits de son Discours de réception à l’Académie française (1879) :
- Je dis que le français a été une langue bienfaisante pour l’humanité... Et qu’on n’objecte pas que le français est une langue aristocratique, d’une culture trop raffinée pour le barbare, une dentelle plutôt qu’une toile de ménage. Oh ! n’importe, Messieurs. Je dirai même : tant mieux. Les choses populaires sont presque toutes des choses fort aristocratiques. Il ne faut jamais servir au peuple que du très noble. Le latin, la langue qui a conquis le plus de barbares, est la langue de poètes infiniment délicats, presque décadents, comme on dit aujourd’hui. En fait de langue, il faut le nombre ; tout compte. Et pour que quelques-uns parlent bien, il faut que beaucoup parlent mal. Vivent les Barbares, Messieurs ! C’est par eux qu’on dure et se continue.

Et comment ne pas être ému à la lecture du texte de François Cheng :
- Une vingtaine d’années après mon arrivée en France, je suis entré, comme irrésistiblement, dans la langue française. Irrésistiblement, car [...] cette langue s’était imposée à moi comme une nécessité évidente. Par les vertus qui la caractérisent, par les concepts qu’elle véhicule, elle m’a été, plus qu’un outil adapté, une sorte de stimulatrice qui me poussait vers toujours plus de rigueur dans la formulation, plus de finesse dans l’analyse. En effet, si je devais décrire les vertus du français, je ne me contenterais pas du mot "clarté", trop général, trop vague. Je dirais plutôt qu’intrinsèquement, il contient une série d’exigences à l’intérieur d’une phrase et entre les phrases, exigence de cohérence d’idée par rapport au sujet-agent ; sur le plan syntaxique, parmi les nombreuses possibilités offertes, exigence d’une structure charpentée et "ramassée" ; au niveau de l’emploi des mots, exigence de précision et de justesse dans les nuances".

Notre invité

Gérard de Cortanze a publié une soixantaine de livres (romans, essais, biographies, poésie, anthologies) traduits en une vingtaine de langues. Son ouvrage "Assam" a reçu le prix Renaudot en 2002. Il dirige actuellement la collection Folio-Biographies aux Editions Gallimard. "Passion de la langue française" est paru aux Editions Desclée de Brouwer (2010).






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