Francis Huster joue Marcel Aymé dans Traversée de Paris.

Théâtre et Patrimoine, animé par Jacques Paugam
Quand Marcel Aymé (1902-1967), auteur majeur de notre patrimoine littéraire, est servi par un grand comédien, Francis Huster, leur rencontre donne un duo rare où le texte, l’écriture, la langue, sont les vrais héros ! Francis Huster évoque le parcours d’un écrivain courageux et malmené en lui rendant justice. Il nous livre aussi quelques souvenirs qui le lient à d’autres auteurs, et non des moindres, Anouilh, Giraudoux, Simenon... Un enthousiasme à partager !


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : CARR628
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Date de mise en ligne : 13 décembre 2009
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Francis Huster monte au théâtre des Bouffes parisiens, à Paris, un spectacle à partir de deux textes de Marcel Aymé : sa nouvelle la traversée de Paris et son roman Le chemin des écoliers. Il est l’invité de Jacques Paugam pour Canal Académie.

Le 18 octobre 1942, deux compères de fortune traversent Paris, la nuit, pour livrer un cochon découpé dans deux valises. Seul en scène Francis Huster incarne avec énergie, enthousiasme et fougue douze personnages ! Il explique que ce spectacle est le résultat d’un engagement pris il y a vingt ans : "Jean-Louis Barrault avait adapté la pièce "La peste" de Camus, ce fut un échec. Plus tard, 40 ans après, à sa demande, je l’avais remontée. Et à la fin de cette soirée, il m’avait fait prêté le serment d’associer au succès de la pièce de Camus l’oeuvre de Marcel Aymé, avec "La traversée de Paris" et "le Chemin des écoliers" pour hisser Marcel Aymé à la gloire... Camus, pied-noir, écrit un chef d’oeuvre qui est une métaphore (les rats représentent la peste brune, le nazisme)... Mais ce que Camus a écrit sur la guerre, publié en 47, sans prendre de risques, Marcel Aymé l’écrivait d’une toute autre façon, en France sous l’Occupation, en plein Paris. Son courage est indéniable, un acte totalement laissé dans l’ombre, parce qu’il a été tellement adapté par le cinéma (c’est également le cas pour Simenon), que l’on a occulté toute la partie politique, qui lui était la plus chère, qui pouvait justifier ce qu’il était en tant qu’homme au-delà de l’écrivain prodigieux.

Notre invité s’enthousiasme donc pour le courage, la foi en l’homme et en l’avenir de Marcel Aymé, et il souscrit au voeu de Jean-Louis Barrault en portant ces pages là sur scène, dans un contexte un peu inhabituel : le public vient précisément, à 19 h, heure inhabituelle, pour entendre le texte (pas pour un décor ni des costumes). Le texte prime tout. Un acteur seul qui interprète donc toute l’oeuvre en une heure et quart.

Francis Huster propose ainsi non seulement de se replonger dans cette atmosphère de Paris occupé, mais surtout de rencontrer une langue, un auteur et le monde intérieur qu’il portait en lui et qui nous parvient enfin dans sa pureté. Car le cinéma dans les années 50, trop commercial, trop soucieux d’attirer le plus grand nombre, avait "dévié" la révolte de cet auteur. Cela n’empêche pas les films d’être magnifiques mais les changements exigés par le cinéma ne respectaient guère le texte et pas du tout le côté révolté de Marcel Aymé... (Claude Mauriac en avait été choqué et Francis Huster donne ici plusieurs exemples, notamment sur le rôle donné à Jean Gabin, les dialogues modifiés, l’intrigue changée, etc).

Francis Huster offre donc le texte initial de ces deux pièces dans sa pureté, telles que Marcel Aymé les avaient rédigées. C’est lui rendre justice.

"Le point le plus touchant du succès de ce spectacle, avec ce dialoguiste de génie, sa langue cruelle, vraie, qui fait honneur à la France, et quel parcours que celui de Marcel Aymé !".

Un parcours avec une image ...

Et il n’hésite pas à reprendre les éléments ambigus attachés à l’image de cet auteur.
- le premier : sa signature dans des journaux de la collaboration.

Marcel Aymé (1902-1967)
Marcel Aymé (1902-1967)

"Il faut lèver cette ambiguité. Il était écrivain reconnu avant guerre. Puis la guerre arrive, comment continuer à écrire pour gagner sa vie ? Le seul moyen : donner des nouvelles aux journaux, mais il n’a jamais écrit une seule ligne pour la collaboration ou pour les Allemands, au contraire, il écrivait des articles pour défendre des artistes, et il fallait qu’il soit publié. Et c’est la même chose pour le cinéma. On ne trouve rien qui puisse dénaturer la morale intègre de Marcel Aymé". Et Francis Huster de relater une anecdote qu’Arletti lui avait racontée (on avait reproché à M. Aymé de travailler pour la Continentale). Aucune ambiguité donc sur le parcours. "Le problème c’était l’ombre immense de Louis- Ferdinand Céline, son ami "à la vie, à la mort". Il n’a jamais voulu le trahir. Il a d’ailleurs tenté d’expliquer l’anti-sémitisme de Céline par l’éducation reçue dans sa famille. Il n’a pas trahi non plus Brasillach (M. Aymé a lancé une pétition contre sa condamnation à mort, Camus a signé parce qu’il était contre toute peine de mort quel qu’ait été le condamné, Picasso a refusé). Les explications de Francis Huster apportent ici les nuances et les connaissances qu’il convient d’apporter pour juger cet événement.

Notre invité a rencontré M. Aymé, à quelques reprises : "il avait une tête de bouddha", comme dit Anouilh. Il était imposant, peu causant. Il avait l’air d’être ailleurs. Où était-il ? Toujours dans son oeuvre."

- "La rareté de Marcel Aymé, ce n’est pas d’avoir laissé un miroir de la société mais un miroir de l’homme... sa morale signifie que le même homme, selon les circonstances de la vie, peut être un héros ou un salaud."

Notre invité en profite pour évoquer aussi les relations entre Anouilh et Jouvet (il a connu les deux et a entretenu avec eux une correspondance), entre Cocteau et Marcel Aymé, entre Jean-Louis Barrault et Jean Marais, sans oublier d’évoquer Giraudoux, Pierre Dux, Raymond Roulet, Simenon (un "frère" de Marcel Aymé) etc... Les souvenirs personnels de Francis Huster ne constituent pas, loin de là, le moindre intérêt de cette émission.

Des textes de vérité

Et le public ? Huster est frappé par l’attitude des jeunes qui ne demandent qu’une chose : la vérité. "Quand nous avions 20 ans, on nous mentait, sur la Russie soviétique, sur Mao, sur le communisme... Aujourd’hui, les jeunes n’acceptent pas le mensonge. Et il nous appartient de leur parler en vérité à travers des textes de courage. Dont ceux de Marcel Aymé".

Francis Huster dans la <i>Traversée de Paris</i>
Francis Huster dans la Traversée de Paris

Et, parlant d’honneur et de déshonneur, notre invité en vient à passer du théâtre, citant Giraudoux (tant que la France, pays qui dit non, il y aura toujours quelqu’un pour dire non), à la question de l’identité nationale et au... football (à propos du fameux geste de Henry). "Le déshonneur vient du sommet et c’est un déshonneur de tricher "...Un détail "bête" mais symbolique qui entraîne notre invité dans une réflexion sur notre civilisation, nos valeurs, nos attentes.

Marcel Aymé, chirurgien de l’âme : sa vision sombre de l’homme nous éclaire ! Mais cela n’empêche pas Francis Huster d’exprimer son inquiétude face à l’avenir...

Reste qu’en lisant Marcel Aymé, il avoue : "on est emporté par lui, on ne peut pas s’arrêter de lire. Il ne demande pas le repos ni la pause (comme l’autre Marcel, Proust) mais avec lui, on lit d’une traite. Les silences nous parlent. "

Quant à notre collaborateur Jacques Paugam, il offre aux auditeurs quelques formules, répliques et bons mots de Marcel Aymé qu’il a notés durant le spectacle... On se régale ! Mais c’est parce que les phrases de Marcel Aymé ne sont pas seulement des mots d’esprit, ils viennent d’une profondeur, d’une simplicité, d’une vérité humaine. Au point qu’on se peut se demander si son talent de dialoguiste ne l’a pas finalement desservi...

Un acteur ? C’est un passeur ! Ecoutez ce que Francis Huster dit de son métier et partagez avec lui, et grâce à lui, un moment exceptionnel !

A savoir :

- le Théâtre des Bouffes parisiens a été inauguré en 1855 par Jacques Offenbach. http://www.bouffesparisiens.com/

- "Traversée de Paris" avec Francis Huster est à l’affiche jusqu’au 2 janvier 2010.

- les textes des deux pièces de Marcel Aymé sont publiées par Gallimard dans le recueil "Le vin de Paris".

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http://www.copat.fr/crime-et-chatiment.html

http://www.copat.fr/waterloo.html






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