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Les céramiques ottomanes d’Iznik ou l’aventure d’une prodigieuse collection

Rencontre avec Frédéric Hitzel, chercheur au CNRS, expert en oeuvres d’art ottomanes
Comment des historiens, des archéologues et des collectionneurs sont-ils tombés sous le charme des céramiques d’Iznik, l’ancienne Nicée de l’actuelle Turquie ? Frédéric Hitzel historien et expert en œuvres d’art ottomanes présente l’aventure de la plus grande collection de céramiques d’Iznik, conservée en France, au Musée de la Renaissance à Ecouen.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : CARR626
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr626.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 3 janvier 2010
Céramique d'Iznik
Céramique d’Iznik
Photographie Frédéric Hitzel

Frédéric Hitzel présente la singularité de ces faïences produites dans l’empire ottoman du XVIe siècle. La céramique d’Iznik est une synthèse des traditions des arts du feu, du monde byzantin, du Proche-Orient islamique et de la Chine, transmises par la route de la Soie. À partir du XVIIIe, la production décline et le procédé de fabrication de certains coloris tombe dans l’oubli au fil du temps. Elle est considérée par les spécialistes comme une des plus éblouissantes productions de céramiques élaborées pendant la grande période de l’Empire ottoman aux XVIe et XVII e siècles.

Le décor de ce type de céramique est brillant et coloré sur un fond blanc parfait. Le résultat s’approche visuellement de la porcelaine chinoise sans en avoir la texture et la sonorité. La couleur qui deviendra au fil du temps la plus prisée est le rouge. Quand le décor est peint et séché, il est recouvert d’une très fine couche de glaçure, la cuisson se fait ensuite dans des fours alimentés au bois. Les couleurs et les décors de céramiques d’Iznik ont connu des évolutions. L’éventail des motifs s’est élargi. Parmi les motifs floraux, modèles imposés de l’époque ottomane, le plus célèbre est celui dit "aux quatre fleurs" où se mêlent tulipe, œillet, jacinthe et églantine, et parfois la rose, ainsi que la fameuse feuille de Saz, cette palme ondulée et dentelée qu’on retrouve souvent sur ces plats. Frédéric Hitzel nous parle des tulipes, symboles de l’Empire ottoman comme de la Turquie contemporaine.

Céramique d'Iznik
Céramique d’Iznik
Photographie Frédéric Hitzel

Dans le monde des arts des pays d’Islam, Iznik évoque les fameux carreaux de céramiques qui couvrent la plupart des grandes mosquées, des palais ou des mausolées de Turquie, ainsi que des objets, des pièces, des plats, des pichets produits dans la ville du même nom.

À partir du XVIe siècle, Iznik est devenu un centre politique majeur sous l’empire ottoman. La ville, à huit jours à cheval d’Istanbul, s’est imposée comme la capitale de la céramique ottomane émaillée avec des décors floraux d’une grande finesse. On les retrouve sur les murs du palais de Topkapi ou sur ceux de la mosquée bleue d’Istanbul. Aujourd’hui Iznik, l’ancienne Nicée, a conservé ses vieux remparts et compte une centaine de milliers d’habitants. Les ateliers de céramiques, un temps disparus, sont à nouveau en activité, depuis les années 1990.

Céramique d’Iznik
Céramique d’Iznik
Photographie Frédéric Hitzel

Que sont devenues ces céramiques ? Ont-elles fait l’objet de collections ? Qu’est-ce qui faisait et fait encore aujourd’hui leur valeur ? Jusqu’où s’est étendue leur renommée ? Qui les a rapportées en Europe ? Comment ont-elles été introduites dans nos musées ?

Séduit par leur beauté, au XIXe siècle, au moment de l’apparition de l’archéologie scientifique, un alsacien, Auguste Salzmann (1824-1872), excellent dessinateur, grand amateur de photographie et archéologue, entreprend de les acquérir au cours d’un de ses multiples voyages en Orient. En 1859, il part en mission pour étudier les monuments laissés à Rhodes par les chevaliers hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Il séjourne alors à Jérusalem où il fait la connaissance de l’archéologue Félix Caignart de Saulcy. Malgré ses différentes découvertes à Rhodes, à Camiros et à Jérusalem, Salzmann connaît continuellement des problèmes d’argent et de santé. Son nom reste attaché aujourd’hui à ses photographies d’Orient et aux premières fouilles archéologiques françaises conduites sur l’île de Rhodes. C’est entre 1857 et 1865 qu’il acquiert sa collection de « faïences de Rhodes », c’est-à-dire de céramiques d’Iznik, dont il se sépare très rapidement pour subvenir à ses besoins en 1866. Il meurt malheureusement à peine quelques années plus tard. On lui doit de posséder aujourd’hui en France, une des plus belles collections de céramiques d’Iznik, conservée au Musée de la Renaissance d’Ecouen.

Céramique d'Iznik
Céramique d’Iznik
Photographie Frédéric Hitzel

C’est l’étonnant parcours de ce collectionneur cultivé, en contact avec les grands savants de son temps, tel que Félix de Saucy qu’évoque Frédéric Hitzel au micro de Canal Académie.
Il nous raconte l’aventure de ces céramiques et de leurs collections hors de Turquie, leur grand succès auprès des princes, et plus tard du public européen. La collection de Salzmann fut achetée par le musée des Thermes et de l’Hôtel de Cluny (532 pièces) en 1865. L’ensemble fut par la suite enrichi puis en partie dispersé. Certaines pièces furent ainsi confiées au Louvre en 1926. Dès sa création en 1978, le musée de la Renaissance accueillit la collection réunie dans son ensemble original. Aujourd’hui, la valeur de ces reproductions de faïences peut atteindre des chiffres relativement importants, sans parler de celle des originaux.

Pour en savoir plus

Frédéric Hitzel chercheur au CNRS a publié un livre sur la plus grande collection de céramiques ottomanes conservées en France. Le titre de l’ouvrage : Iznik, L’aventure d’une collection , aux Éditions de la Réunion des musées nationaux, en 2005.

Selon les propos de l’éditeur : « C’est sans doute dans cette collection que s’exprime le mieux le génie des artistes d’Iznik. Elle constitue l’un des plus beaux répertoires de formes et de motifs de la production d’Iznik au sommet de sa gloire. Le nombre de pièces, leur variété, la maîtrise parfaite de la couleur font de ce livre un catalogue unique en son genre. »

- Musée de la Renaissance - Château d’Ecouen, dans le cadre de la saison de la Turquie en France en 2009, le musée propose une exposition sur François 1er et Soliman le Magnifique. Le musée abrite dans ses collections permanentes la plus grande collection de céramiques d’Iznik, visibles en France.

- Biographie de Frédéric Hitzel : Frédéric Hitzel est docteur en histoire et diplômé de langue turque de l’Institut national des langues et civilisations orientales. Ancien pensionnaire de l’Institut Français d’Études Anatoliennes à Istanbul (1990-1995), il est chargé de recherches au CNRS au Centre d’histoire du Domaine Turc à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Spécialiste de l’histoire ottomane à l’époque moderne, il est l’auteur d’Osmân Agha de Temechvar, Prisonnier des infidèles. Un soldat ottoman dans l’Empire des Habsbourg (Sindbad/Actes Sud, 1998) ; L’Empire ottoman, XVe-XVIIIe siècles (Les Belles-Lettres, 2001) ; Artisans et commerçants du Grand Turc (Les Belles-Lettres, 2007) ; de Couleurs de la Corne d’Or. Peintres voyageurs à la Sublime Porte (ACR Édition, 2002) ; avec Mireille Jacotin, Iznik. L’aventure d’une collection. Les céramiques ottomanes du musée national de la Renaissance (Paris, Réunion des musées nationaux, 2005).
Passionné d’art, il a été membre du comité scientifique des expositions pour le musée de Versailles en 1999 et pour le Louvre en 2000.
Dans le cadre de la Saison de la Turquie en France, il est commissaire de l’exposition De Marseille à Istanbul. L’Orient turc de Ziem et de ses contemporains (musée Félix Ziem de Martigues, 7 oct. 2009-10 janvier 2010).

- Saison turque

- Frédéric Hitzel et Mireille Jacotin, Iznik. L’aventure d’une collection , Édition de la Réunion des musées nationaux, Paris 2005







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