Jean Dausset, mon professeur, mon confrère, mon ami

Avec Edgardo Carosella, membre correspondant de l’Académie des sciences
Jean Dausset (1916-2009) révolutionna le monde de l’immunologie à travers ses multiples intuitions. Ses découvertes sont notamment à l’origine de greffes d’organes sans rejet. Humaniste, il participe à la modernisation des hôpitaux en 1958, exigeant une qualité de service semblable aux cliniques privées. Il créé en 1969 la banque d’organe France transplant. Membre de l’Académie des sciences, il reçoit le prix Nobel de médecine en 1980, avant de créer sa fondation en 1984, préfigurant le généthon. Retour sur une vie au service des autres, en compagnie de son élève, confrère et ami Edagardo Carosella, membre correspondant de l’Académie des sciences.


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Date de mise en ligne : 27 septembre 2009


Jean Dausset (1916-2009)
Jean Dausset (1916-2009)
© M. Depardieu /INSERM

C’est en Tunisie pendant la Seconde guerre mondiale que la destinée de Jean Dausset se dessine peu à peu, lui qui marchait initialement sur les traces de son père Henri Dausset, rhumatologue.

Engagé volontaire dans l’année française après le débarquement des Américains au Maroc, Jean Dausset est affecté à une ambulance chirurgicale dans laquelle il est transfuseur-réanimateur des blessés de la campagne de Tunisie. C’est ainsi que de retour en France, sa carrière bascule vers l’immunohématologie.
Il est affecté à la libération de Paris au Centre de Transfusion Sanguine de l’Hôpital Saint-Antoine, centre de récolte et de distribution du sang, mais aussi centre de recherche très actif, en particulier sur la maladie hémolytique du nouveau-né traitée par exsanguino-transfusion : technique nouvelle et révolutionnaire.

Il soigne des adultes, mais aussi de jeunes femmes qui font une septicémie après un avortement. Il se constitue une équipe de donneurs de sang volontaires pour des exsanguino-transfusions, un groupe qu’il ne cessera, tout au long de sa carrière, de remercier pour sa contribution à ses propres découvertes.

Jean Dausset, un homme d’intuition

Après une année passée aux Etats-Unis dans le service d’hématologie du Children Hospital (en 1947 au moment du plan Marshall), il retourne au Centre de Transfusion de Saint-Antoine et s’intéresse aux malades ayant un nombre anormalement bas de globules blancs (leucopéniques).
Le jeune médecin cherche à détecter des anticorps à la surface des globules blancs des malades leucopéniques. En vain. C’est alors qu’il a l’idée de chercher dans le sérum de ces malades, l’existence d’anticorps capables d’agglutiner les globules blanc d’un autre individu….

« Il avait dans son réfrigérateur les globules blancs d’un autre malade » explique Edgardo Carosella. « Il mélangea sur une lame le sérum de la malade leucopénique avec les globules blancs de l’autre et constata, ébloui, l’apparition d’énormes agglutinats visibles à l’œil nu. Ce fut l’expérience princeps qui allait orienter toute sa vie (1952). Rapidement, il s’avère que ces anticorps antiglobules blancs étaient dus aux nombreuses transfusions qu’avait reçues la malade. Il ne s’agit pas d’auto-anticorps responsables de la baisse du nombre de globules blancs, mais d’une immunisation par transfusion contre les globules blancs que cette malade avait reçus des nombreux donneurs de sang. Il existait donc des groupes de globules blancs, comme il existe les bien connus groupes de globules rouges, dits groupes sanguins. Mais, à la différence des groupes sanguins A, B et O, les anticorps contre les globules blancs n’existent pas à l’état naturel. Ici, l’immunisation par transfusion ou par grossesse est nécessaire. »

Jean Dausset a alors imaginé une stratégie simplificatrice. De nombreux malades, qui avaient besoin d’être transfusés, entraient dans le service d’hématologie du Professeur Marchai à l’Hôpital Broussais. Pourquoi ne pas utiliser le sang d’un seul et même donneur ? Ainsi le malade ne pourrait s’immuniser que contre les globules blancs d’un seul donneur. Ce qui fut fait et, au bout de quelques semaines, Jean Dausset constata avec satisfaction qu’apparaissait un anticorps n’agglutinant que 50% des globules blancs du panel, donc 50% de la population française possédait un premier groupe leucocytaire qui fut dénommé « MAC », les trois initiales des donneurs du panel qui n’étaient pas agglutinés par ce sérum.

« Dans l’article princeps paru en 1958 dans “Acta Haematologica”, Jean Dausset soulignait déjà l’importance possible de ces groupes en transplantation » précise Edgardo Carosella.

Dans le monde, deux autres équipes avaient adopté la technique de leucoagglutination. L’une en Hollande dirigée par J.J. van Rood, l’autre en Californie par Rose Payne. Bientôt, le premier démontre qu’il existe parmi ces groupes une opposition très nette, dite « allélique », divisant la population en deux groupes (4a et 4b), la deuxième qu’il existe trois groupes distincts produits probables d’un même gène (LA1, LA2, LA3).
Commence alors une intense collaboration internationale dès 1965.
Au final, l’analyse permettait d’affirmer l’existence d’au moins huit groupes qui devaient appartenir à un système unique, que Jean Dausset dénomma Hu-1 (human 1) (qui deviendra HLA).

Prouver que le système HLA détermine le devenir des greffes

Avec l’immunochirurgien américain Félix Rapaport, Jean Dausset pratiqua en 1964 une série de greffes de peau sur des volontaires (et sur lui-même !). Il montra qu’il y avait corrélation entre la compatibilité du système Hu-1 et la survie des greffes de peau : la transplantation d’organes allait enfin pouvoir se faire. D’autres équipes, celle de van Rood et de Ceppellini, arrivent aux mêmes conclusions. Au même moment, les équipes chirurgicales s’élancent dans les greffes de reins, aussi bien en France (Kuss, Hamburger) qu’aux Etats-Unis (Murray, Merrill).

On comprenait enfin pourquoi les meilleures survies (après transplantations) étaient obtenues lorsque le donneur était un frère ou une sœur ayant reçu de chacun de leurs parents le même complexe HLA.
Et pour répondre aux demandes d’organes, van Rood et Jean Dausset créent les premiers organismes d’échange d’organes Euro-Transplant pour l’un, France-Transplant pour l’autre.

Seconde intuition : et si les systèmes HLA induisaient des maladies ?

Dès 1968, Jean Dausset se dit que ces mêmes systèmes HLA peuvent induire certaines maladies. Toutes les équipes du monde s’attellent à rechercher de telles associations dans de nombreuses maladies. On trouve alors des liens de causes à effet avec la spondylarthrite ankylosante (rhumatisme inflammatoire), le diabète insulino-dépendant et la narcolepsie.

C’est ce qui conduit Jean Dausset à proposer le concept de médecine prédictive (1972), « concept général qui paraissait bien utopique, mais qui s’est avéré, au fil des ans, très concret » assure Edgardo Carosella.
La découverte du système HLA a permis de comprendre l’un des mécanismes essentiels de la défense immunitaire, c’est-à-dire la reconnaissance du soi et du non-soi grâce à la présentation par la molécule HLA des peptides étrangers.

Edgardo Carosella, membre correspondant de l'Académie des sciences
Edgardo Carosella, membre correspondant de l’Académie des sciences

Edgardo Carosella a notamment travaillé avec le professeur Dausset sur le système HLA G, molécules qui à l’inverse, peuvent impliquer une tolérance immunitaire. C’est en effet à HLA-G que l’on doit la persistance d’un fœtus incompatible dans le sein de sa mère.

En écoutant cette émission, vous découvrirez les multiples activités de Jean Dausset autour de sa carrière d’immnulogiste.
De retour en France à la Libération, il ouvre une librairie rue du Dragon (parallèlement à ses fonctions à l’hôpital Saint-Antoine) ; une librairie qui se transformera en galerie accueillant des peintres suréalistes.
Il participa à la réforme des hôpitaux avec Robert Debré et Jean Bernard en 1958.
- Il devient membre de l’Académie des sciences en 1977, entre au Collège de France en 1977 et reçoit le prix Nobel de médecine en 1980 conjointement avec Baruj Benacerraf et George Snell « pour leurs découvertes concernant les structures génétiquement déterminées à la surface des cellules qui régulent les réactions immunologiques. »
- En 1984, il créé le CEPH Centre d’Etude du Polymorphisme Humain avec Daniel Cohen, suite au legs reçu d’une ancienne cliente de sa galerie d’art. Le CEPH est une structure de recherche internationale qui s’étend non seulement aux maladies associées au système HLA, mais aussi à d’autres gènes de l’ensemble du génome.
- La même année en 1984, il prend la présidence du Mouvement Universel de la Responsabilité Scientifique, - M.U.R.S. - évaluant objectivement les bénéfices ou les risques que la science pouvait entraîner.

Écoutez le professeur Edgardo Carosella, membre correspondant de l’Académie des sciences, élève, confrère et ami de Jean Dausset. Chef du Service de Recherches en Hémato-Immunologie (CEA – DSV) à l’hôpital Saint-Louis, il est également Directeur de recherche au Commissariat à l’Energie Atomique.

En savoir plus :

- Edgardo Carosella, membre correspondant de l’Académie des sciences
- Edgardo Carosella sur Canal Académie

- Jean Dausset, membre de l’Académie des sciences
- la fondation Jean Dausset
- Mouvement Universel de la Responsabilité Scientifique - M.U.R.S






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