Jacques Blamont : Propositions urgentes pour un futur menacé

Entretien avec l’académicien des sciences sur son livre Lève-toi et marche
Réchauffement climatique, déforestation, extinction des espèces, accès à l’eau, inquiétude quant à l’alimentation, population mondiale en expansion... Sommes-nous encore disposés à provoquer un revirement de situation, de passer d’un cercle infernal à un cercle vertueux ? Jacques Blamont, membre de l’Académie des sciences, vous présente ses réflexions-volontairement provocantes- dans son livre Lève-toi et marche.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher

Ni rire, ni pleurer, mais comprendre. Cette citation empruntée à Spinoza, figure en bonne place dans Lève-toi et Marche de Jacques Blamont.
Rédigé sous forme de questions-réponses avec le théologien et historien des sciences Jacques Arnould, ce livre est la prolongation d’un précédent ouvrage, Introduction au siècle des menaces paru en 2004 dont le titre laisse deviner la noirceur de l’avenir dépeint.

Lève-toi et marche tente de tempérer ses propos, de trouver des solutions à la spirale infernale de destruction massive de notre environnement.

Jacques Blamont de l'Académie des sciences
Jacques Blamont de l’Académie des sciences

Mais Jacques Blamont ne mâche pas ses mots. Ce n’est pas dans son tempérament comme il le dit lui-même !

Ainsi, plusieurs thématiques sont abordées au cours de cette émission, au regard des conclusions d’un sommet à New Delhi réunissant 57 Académies des sciences :« l’humanité s’approche d’une crise créée par le couplage des problèmes de la population, de l’environnement et du développement ».

« Le développement durable n’est pas durable »

Jacques Blamont revient dans cette émission sur son sentiment en matière de développement durable.
« Pour moi, il s’agit du dernier avatar de la pensée productiviste, puisqu’elle prétend promouvoir l’augmentation du niveau de vie d’une population, tout en préservant les ressources disponibles pour les générations futures.
[…] Mais la croissance, voulue partout rapide et forte tant chez les pays développés que chez les pays émergents, ne permet pas la préservation recherchée des ressources. »
Et de poursuivre :
« En réalité, les quelques économies de consommation que pourrait accepter notre système globalisé sont négligeables devant l’accélération imposée par les nouveaux venus. Dans l’état actuel des ressources naturelles, aucun mode de développement ne peut aujourd’hui être appelé durable, ni dans un seul pays, ni sur notre planète commune à tous. »

Population, accès à l’eau et alimentation

Actuellement, un milliard de personnes habitant les pays en voie de développement ont une alimentation insuffisante.
Pourrons-nous nourrir convenablement 9 milliards d’hommes en 2050 ? C’est sous cet angle que la question des plantes génétiquement modifiées est abordée. Pour Jacques Blamont, les plantes OGM ne sont qu’une partie de la solution car ils ne résoudront en rien les problèmes socio-politiques.

Quant à l’eau, on estime aujourd’hui qu’un milliard d’habitants n’a pas accès à un point d’eau. Près de 2,6 milliards n’ont pas d’assainissement et trois milliards n’ont pas de robinet chez eux. Il est à craindre des "guerres de l’eau" comme il existe déjà une guerre des ressources énergétiques dans les décennies à venir.

Des migrations massives de population sont à venir car comme le précise Jacques Blamont, « si l’ONU aujourd’hui compte aujourd’hui 42 millions de personnes déplacées, le dérèglement de l’environnement jettera sur les routes 200 autres millions de réfugiés vers 2050. »

Enfin, reste la question de la vieillesse. Grâce notamment aux progrès de la science, l’espérance de vie en France est passée de 35 ans en 1800 à 80 ans en 2005.
« Devant un doublement de la population mondiale des plus de 65 ans d’ici 2025, je n’hésite pas à dire que la vieillesse apparaît comme une des épidémies du XXIe siècle. Comment prendre en charge ceux qui représenteront 40% de la population en 2020 au Japon. En 2050, les Chinois seront plus d’un tiers à avoir plus de 60 ans. »
L’affirmation de Jacques Blamont est volontairement provocante. Il souhaite surtout déclencher une réflexion approfondie sur ce thème.

Les solutions selon Jacques Blamont : la frugalité, la spiritualité et... un livre rouge !

Face à ce constat désolant, comment agir ?
Pour Jacques Blamont, les initiatives de personnages médiatiques comme Nicolas Hulot, l’académicien Yann Arthus-Bertrand... sont louables, mais ne modifient pas profondément les habitudes des citoyens.
De même sur le plan politique : les intérêts des hommes de pouvoir passent avant la mise en place d’une stratégie de protection de l’environnement. Et Jacques Blamont de reprendre les propos de Jean-Claude Juncker, Premier Ministre luxembourgeois : « Nous savons tous très bien ce qu’il faut faire, mais ce que nous ne savons pas, c’est nous faire réélire après avoir agi ».

Ainsi Jacques Blamont en vient à son argumentaire. « Il faut aboutir une culture de la modération ». Consommer moins ! La recette paraît si simple... Mais il faudrait l’appliquer de manière draconienne : plus de voiture, d’avion, baisse de notre consommation en alimentation...

Et pour faire passer le message, créer un changement profond de la conscience de chacun, le très athée Jacques Blamont pense que la solution vient du spirituel.
Si ce sont les prêtres, les rabbins et les imams qui préconisent une culture de la frugalité, l’écho aurait un impact beaucoup plus important que n’importe quel congrès réunissant les grandes puissances du monde.
« Il faudrait édifier une critique de la philosophie productiviste, un essai de son remplacement par une éthique du comportement et une analyse des conséquences entraînées par l’adoption éventuelle de ce nouveau paradigme. J’appellerai son énoncé notre petit Livre rouge » explique Jacques Blamont ; un petit Livre rouge à destination cette fois-ci des politiques.
Car le problème consiste à élaborer une stratégie capable de mobiliser les agents sociaux pour faire accepter par les peuples (et les électeurs) l’idée d’un nouvel équilibre entre l’homme et la nature.

<i>Notre Dame du développement durable</i>
Notre Dame du développement durable
Jacques Blamont, 2006

Écoutez les explications de Jacques Blamont. Cette émission se termine par la description et la symbolique du tableau de Jacques Blamont, peint en 2006 : Notre-Dame du développement durable. Une religieuse tient dans ses bras en enfant décharné, avec en arrière plan des anges jouant de la musique et pour décor un monde en feu.

Jacques Blamont est membre de l’Académie des sciences de France, des États-Unis et de l’Inde. Professeur émérite à l’université Paris-VI, il est actuellement conseiller du président du Centre national d’études spatiales (CNES).

En savoir plus :

- Jacques Blamont, membre de l’Académie des sciences
- Jacques Blamont sur Canal Académie

- Jacques Blamont, Lève-toi et marche, éditions Odile Jacob, 2009
- Jacques Blamont, Introduction au siècle des menaces, éditions Odile Jacob, 2004






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires