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Du bois dont on fait les flûtes

Une allusion historique, par Jean-Claude Bologne
Comment l’histoire de M. le député Dubois, André de son prénom, est-elle devenue une allusion historique ? Jean-Claude Bologne nous conte cette affaire et la prospérité de ce jeu de mots.


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Émission proposée par : Jean-Claude Bologne
Référence : hist573
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist573.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida4889-Du-bois-dont-on-fait-les-flutes.html
Date de mise en ligne : 1er novembre 2009

À l’origine de l’expression, il y a un monsieur Dubois, André de son prénom, député d’Angers sous Louis-Philippe. En 1833, le journal satyrique Charivari, qui vient de se créer, s’en prend assez méchamment à ce politicien conservateur et pusillanime, qui suit comme un petit chien les ordres du gouvernement. L’article est accompagné d’un portrait sous-titré : « Dubois dont on fait les flûtes ». Le député était donc bien taillé pour prendre part au concert de louanges qu’attendait le nouveau roi.

Tout aurait pu en rester là, si le sieur Dubois n’avait également été président de la Cour d’Assise. Prenant prétexte d’un mauvais compte rendu d’une affaire judiciaire, il poursuit le journal et le fait condamner. Grossière erreur ! Le Charivari va aussitôt le prendre comme tête de Turc, et ne cite plus son nom qu’en l’assortissant de ce jeu de mots blessant. Nouvelles poursuites, nouvelle condamnation. Le journal, implacable, parlera désormais du député Dubois... dont on ne fait pas les flûtes. On ne peut rien lui reprocher : il s’abrite derrière le jugement. Les rieurs sont de son côté, et le jeu de mots prospère, se décline jusqu’à devenir une allusion historique.

On parle aussi bien du bois dont on fait les royautés que de la magistrature dont on fait les flûtes. Lorsqu’elle est citée dans sa forme complète, l’expression dénonce un homme timoré, qui adopte facilement l’opinion dominante, qui sera toujours de l’avis du pouvoir. C’est dans ce sens qu’on la retrouve, par exemple, dans la chanson de Georges Brassens, « Auprès de mon arbre » :
« On était du même bois
Un peu rustique, un peu brut,
Dont on fait n’importe quoi
Sauf, naturell’ment, les flûtes... »

Mais on peut fort heureusement tirer du bois des hommes d’une autre espèce. Le bois dont on fait les gestionnaires, les artistes, les sportifs, est plus valorisant, et l’allusion du départ est alors bien oubliée. Selon un journaliste des Échos (24 août 2009), le président du directoire des thermes de Saujon est du bois dont on fait les gestionnaires. Rien d’étonnant, il s’appelle Thierry Dubois...

Ecoutez également :

Jean-Claude Bologne est historien, essayiste et romancier.

Jean-Claude Bologne, Qui m’aime me suive, dictionnaire commenté des allusions historiques, éditions Larousse, 2007

Jean-Claude Bologne
Jean-Claude Bologne

Jean-Claude Bologne a également publié :
Histoire de la pudeur (Hachette Pluriel)
Histoire morale et culturelle de nos boissons (Laffont)
Histoire du mariage en occident (Hachette Pluriel)
Une de perdue, dix de retrouvée : Chiffres et nombres dans les expressions de la langue française (Larousse, 2004)
Au septième ciel, Dictionnaire commenté des expressions d’origine biblique (Larousse 2005)
Qu’importe le flacon... Dictionnaire commenté des expressions d’origine littéraire (Larousse, 2005)
Histoire de la conquête amoureuse (Seuil, 2007) ; cet ouvrage a fait l’objet d’une émission sur Canal Académie : La conquête amoureuse a une histoire !

Les allusions historiques






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