Pour apprendre aux dames le calcul et l’orthographe...

Par le "bibliologue" Bertrand Galimard Flavigny
La rentrée scolaire est déjà bien avancée, et les écoliers découvrent les programmes dans des manuels qui changent plus vite que les réformes. Imaginons que nous soyons à l’aube du dix-neuvième siècle. Un nombre est concret lorsqu’il représente une espèce d’unité quelconque, expliquent les mathématiciens. Il y avait autrefois l’aune, la toise et quelques autres mesures, puis il y eut le mètre et le gramme, la livre et le sou. L’euro est-il un nombre concret ?


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 20 septembre 2009



Après sept années – hé oui déjà - d’usage, cette unité, l’euro, semble pour beaucoup encore abstraite. Les calculettes pallient notre incompétence. Que dire du trouble provoqué par la mise en place du système décimal et des nouvelles monnaies, à la fin du XVIIIe siècle ? C’est la raison pour laquelle un certain Pierre-Guillaume Galimard, avec un « l » (né en 1772), professeur de langue française, composa L’arithmétique des dames ou traité de calcul, à l’usage des jeunes personnes qui se destinent au commerce. Il fit imprimer vers 1801, son livre que l’on pouvait trouver chez lui, M. Galimard, qualifié d’éditeur, - ce nom est donc prédestiné - rue Montmartre, au coin du passage du Saumon, maison de l’Apothicaire ou chez les libraires parisiens Le Normant et Martinet.

« Cet ouvrage contient les Calculs, tant anciens que nouveaux, les plus nécessaires aux Commerçans ; le Rapport des anciens Poids, Mesures et Monnaies, avec les Tableaux comparatifs : le tout expliqué avec clarté et précision », précisait M. Galimard qui vendait le volume 1 fr. pour Paris, et 1 fr. 25 c. par la poste. Le prix augmenté pour le transport n’était pas innocent, il permettait de mettre en bouche les futurs lecteurs qui, avant d’opérer (sic) une addition, devraient savoir que « la livre de monnaie vaut 20 sous, ou 99 centimes ; le sou, 12 deniers, ou 5 centimes ; le denier, 2 oboles ou 5/12 de centimes ». Et le professeur de multiplier les exemples de soustractions, de multiplications, de divisions, de règles de trois et autres calculs dans lesquels interviennent des toises, des aunes, des francs et centimes, que nous serions bien en peine d’effectuer. C’est sans doute la raison pour laquelle, il reprit, toujours chez Le Normant, en 1806, son texte dans un « ouvrage simplifié et à la portée des personnes les moins intelligentes ». Il avait, curieusement prit soin de l’ajouter à un autre titre, Vélocifère grammatical, ou la Langue française et l’orthographe apprises en chantant, ouvrage très élémentaire, unique en son genre, mis en vaudevilles et dédié aux demoiselles, signé Mlle Stéphanie de Warchouf « âgée de 15 ans, élève de M. Galimard ». Cette charmante demoiselle, du moins nous le supposons, et pour le moins précoce, n’aurait en fait jamais existé et dissimulerait notre professeur. C’est du moins Julien Tell qui l’affirme dans son ouvrage Les Grammairiens français depuis l’origine de la grammaire en France jusqu’aux dernières oeuvres connues [1520-1874] ; ouvrage servant d’introduction à l’étude générale des langues, paru chez Didot en 1874. Pierre-Guillaume Galimard aurait-il voulu faire un coup commercial en prenant ce pseudonyme féminin ? A moins que… Permettez-moi une incidence, le bibliographe Albert Cim, assure que l’on peut rapprocher le Vélocifère grammatical de Mlle de Warchouf d’un ouvrage plus ancien publié anonymement par un abbé dont nous savons aujourd’hui qu’il se nommait Barthélémy. Cet ouvrage-là la Cantatrice grammaticorum porte en sous-titre : « l’Art d’apprendre l’orthographe française seul » par le moyen des chansons érotiques, pastorales, villageoises, anacréontiques, etc. Ouvrage destiné aux Dames et dédié à Mme la comtesse de Beauharnais ». Soi-disant imprimé à Genève en 1788, il se trouvait à Lyon chez Grabit, (in 8). Rempli de citations, souvent plus que légères, il devait, a-t on dit, initier les dames aux mystères de l’amour plutôt qu’à ceux de l’orthographe ! Mais ceci est une autre histoire.

Revenons à notre homonyme, P-G Galimard, dit fils aîné, dont le père n’est pas comme certains dictionnaires le laissent penser le mathématicien Jean-Edme (1685-1771), est l’auteur d’une dizaine d’autres ouvrages uniquement consacrés à la grammaire. Il avait commencé, dès 1799 par une Nouvelle méthode simple et facile pour apprendre l’orthographe en vingt leçons. L’année suivant, il était revenu à la charge avec une Méthode abrégée simple et facile, pour apprendre en trois mois les vrais principes de la langue française. Trois ans plus tard, en 1803, Pierre-Guillaume Galimard proposait des Préceptes abrégés et élémentaires de rhétorique à l’usage des maisons d’éducation et des pensionnats.

Le Rudiment des dames paru la même année fut sans doute sa meilleure vente, car ce titre connut plusieurs rééditions, douze, jusqu’en 1809. Les bibliographies indiquent qu’il y en eut encore d’autres qui se reconnaissent grâce à des frontispices différents. Celui-là dont le titre complet est Le Catéchisme grammatical ou le Rudiment des dames, pour apprendre en trois mois la langue française et l’orthographe, par principes raisonnés était, comme L’arithmétique des dames destiné à permettre aux femmes, à l’issue de la Révolution et à l’aube du nouveau siècle de se lancer sur le marché du travail avec un bagage minimum. N’oublions pas que la Convention, par l’intermédiaire de l’abbé Grégoire avait décidé que tous les Français devaient parler la même langue, autrement dit le français, facteur d’unité de la Nation. Nous n’étions pas à l’heure des particularismes qui prévaudront deux siècles plus tard. Le dernier livre de Pierre-Guillaume Galimard s’intitule Jeu analytique grammatical, ou Méthode instructive et amusante pour apprendre seul en trois mois la langue française. Il conviendrait sans doute de le considérer comme le premier volume de la « Méthode Assimil » !
Monsieur Galimard avait une haute idée de sa mission. Un avis, au verso de la page de titre indique qu’il « donne des leçons en ville ; il tiens (sic) aussi un Cours, chez lui, tous les soirs de 7 à 10 heures ».






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