Saint-Jacques de Compostelle

de l’Histoire à la légende, avec Sylvie Barnay, maître de conférences à l’Université de Metz
Saint-Jacques, disciple de Jésus, est certainement l’apôtre le plus connu au point qu’on lui voue un culte encore aujourd’hui. Avec ou sans coquille, les pèlerins sont nombreux à emprunter les routes de Saint-Jacques. Sylvie Barnay, spécialiste de l’histoire du catholicisme, revient sur ce culte dont le coeur se situe dans la ville espagnole de Saint-Jacques-de-Compostelle, tentant de démêler la légende de l’Histoire à l’aide des études les plus récentes.


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Émission proposée par : Sylvie Barnay
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Date de mise en ligne : 19 juillet 2009

Saint Jacques (Ie siècle) est un des douze apôtres. Jacques le Majeur est le frère aîné de l’apôtre Jean. Il est le fils de Zébédée, pêcheur sur le lac de Galilée. Avec André, Pierre et Jean, il est un des premiers disciples appelés par Jésus (Mc 1, 19-39). Il est frappé par son enseignement. Il voit Jésus expulser un démon et opérer de nombreux miracles. Il le suit avec les autres compagnons sur les routes de Galilée (Mc 1, 19-39)… Il est présent au moment de la transfiguration, puis à l’agonie du Christ sur le mont des Oliviers (Mc 14,33)…

Les Actes des Apôtres évoquent la persécution ordonnée par le roi Hérode contre certains membres de l’Eglise : « Il fit périr par le glaive, Jacques, le frère de Jean » (Ac 12,2). A la suite des Evangiles, de nombreux récits complètent la vie de saint Jean. Ces épisodes sont rappelés dans la Légende dorée. Après l’ascension du Christ, Jacques part en Espagne. Il convertit les peuples. Il opère d’innombrables miracles auprès des pèlerins.

Le culte de Saint-Jacques connaît un immense succès au Moyen Age et le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, un immense développement à partir du XIIe siècle. Il devient rapidement un des plus grands de la chrétienté. La légende fixée tardivement explique que le corps de saint Jacques a été retrouvé à la suite d’une révélation en songe à l’ermite Pelayo ou Pelagius dans le « champ de l’étoile » (Campus stellae, en latin traduit par « Compostelle » en français). Dans la Bible, l’étoile est le symbole qui guide les mages et les conduit jusqu’à l’enfant Jésus (Mt 2,9). Progressivement, le lien s’opère entre l’étoile du ciel et l’étoile de la terre, c’est-à-dire la coquille puisque Compostelle se situe au bord de la mer. Par analogie, la coquille de saint Jacques signifie que « Compostelle » est un lieu où vont tous ceux qui sont conduits par l’étoile jusqu’à l’enfant Jésus… comme les rois mages ! Les pèlerins qui se rendaient à saint Jacques cousaient sur leur vêtement la « coquille » de saint Jacques, emblème de leur pèlerinage.

Lorsqu’en 1121, saint Jacques de Compostelle devient un archevêché, le pape Calixte II suscite un ensemble d’écrits chargés de promouvoir la diffusion du pèlerinage. Ces écrits réunis dans un manuscrit connu sous le nom de Codex Calixtinus. Le dernier livre incorporé au codex, attribué au moine Poitvein Aimery Picaud, indique sommairement en particulier quatre routes en France partant de Tours, Vézelay, le Puy et Arles et fusionnent pour trois d’entre elles à Ostabat, dans les Pyrénées atlantiques, pour former le « camino francès ».

Les recherches historiques menées depuis les années 80 montrent que ce livre n’est pas l’ancêtre d’un guide du pèlerin ou d’un guide bleu, mais une invitation au couronnement du roi Alphonse VII qui rêve d’être l’égal de Charlemagne et de créer un Empire qui irait de l’Aquitaine jusqu’à Compostelle – d’où cette géographie des routes. Il s’agit en effet d’inciter la chevalerie à venir soutenir l’Espagne dans sa lutte contre les Infidèles, et aider le jeune roi Alphonse VII (1105-1157) à sauver son trône face aux prétentions de l’Aragon en pleine Reconquista espagnole. Une chronique diffusée sous le nom de Pseudo-Turpin, fait de Charlemagne le premier pèlerin européen et le premier guerrier à avoir apporté son aide, manière de soutenir le projet politique du jeune roi.

Comme le montrent les miniatures, les pèlerins se rendent nombreux à Saint-Jacques et sont souvent comparés aux foules des élus de l’Apocalypse se dirigeant vers la Jérusalem céleste. La recherche scientifique a permis de comprendre que de nombreuses appellations locales « rues Saint-Jacques, Jakobstrasse, via San Giacomo » n’ont pas toutes mené à Compostelle. Elles montrent par contre combien était importante la dévotion à saint Jacques dans l’ensemble de l’Europe (rituels, fêtes, confréries, hôpitaux etc…).

Au XXe siècle, le tracé des chemins de Saint-Jacques a fait l’objet d’un véritable investissement culturel. Des chemins de Saint-Jacques ont été tracés par la fédération française de randonnée pédestre à partir du début des années 70. En 1987, le Conseil de l’Europe a choisi les « chemins de Compostelle » comme premier Itinéraire Culturel Européen pour rappeler aux mentalités collectives l’importance de la mémoire culturelle.

Texte de Sylvie Barnay, Maître de conférences à l’Université de Metz, chargée de cours à l’Institut catholique de Paris

en savoir plus :

Denise Péricard-Méa, Compostelle et cultes de saint Jacques au Moyen Age, Paris, PUF, 2000.






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