Antoine Poncet, un sculpteur au royaume des formes pures

Rencontre avec l’académicien des beaux-arts
Antoine Poncet nous reçoit dans son atelier à Paris. Entre création et présidence de l’Académie des beaux-arts, le sculpteur reste plus que jamais actif. Il se dévoile et nous raconte sa vie. Portrait d’un homme de joie et de rêve qui fut le familier de Brancusi, Bourdelle et Maillol. Parcours d’un sculpteur toujours aussi inspiré après 67 ans de travail.


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Antoine Poncet dans son atelier à Paris © Louis Monier
Antoine Poncet dans son atelier à Paris © Louis Monier

Il aime la lumière, la légèreté, les termes « aérien » ou « imaginaire ». Il rêve, il plane, il crée : c’est Antoine Poncet. Plus de 67 ans de sculpture et toujours le même goût, la même inspiration, la recherche du beau, du pur, la manipulation de la matière dans l’espace. « J’aime ce qui apparaît derrière l’apparence ».

Celui qui se décrit comme terriblement chanceux mais toujours les pieds sur terre, nous offre son regard sur l’art, les jeunes, la culture et bien sûr parle de sa vie, cette « humble » vie qui fut largement aidée, il ne le nie pas, par une filiation avantagée (petit-fils du peintre Maurice Denis, fils du peintre et verrier suisse Marcel Poncet), quelques rencontres fortuites : Maillol, Giacometti... et puis « une chance étonnante ».

Fugue-Fougue, sculpture située à Baden-Baden en Allemagne
Fugue-Fougue, sculpture située à Baden-Baden en Allemagne

Ainsi, il n’oublie pas ses grands maîtres, les grands inspirateurs que furent Arp, Zadkine, Etienne-Martin, Brancusi, Laurens. Il garde aussi un souvenir amusé des mécènes qui lui permirent de commencer à vivre de son art. Ainsi, il remercie avant tout son père Marcel qui lui offre la possibilité de glisser les mains dans la glaise dès ses 13 ans. Il n’oublie pas de surcroît Nathan Cummings, le collectionneur américain, qui en 1964 débarque à Saint-Germain-en-Laye à l’atelier de Maurice Denis où travaille Antoine Poncet :

- « Je le revois comme si c’était hier au portail d’entrée de la maison. Il se tenait debout sur sa voiture et était en train d’arracher le lierre sur le numéro de la rue. Il s’était mis à crier dans un très mauvais français : comment voulez-vous démarrer dans la vie si vous laissez votre numéro de maison caché par le lierre ! »

Confluence
Confluence

Qu’à cela ne tienne ! L’américain lui commande dix-neuf sculptures monumentales en marbre de Carrare ! Une véritable aubaine pour un jeune artiste. Ainsi naît le lien entre Poncet et les musées du monde entier. Moma (musée d’art moderne) à New York, musée d’art contemporain à Montréal, musée des beaux-arts de Lausanne, musée d’art moderne de Milan... Ses sculptures sont présentes dans les principaux musées mais également dans de nombreuses collections particulières. C’est pourtant dans la solitude de son atelier et dans les carrières de Carrare où il sculpte ses œuvres monumentales que l’artiste est le plus à l’aise pour exprimer sa nécessité d’accéder au rêve, au spirituel et pour transmettre sa croyance en l’homme.

© Louis Monier
© Louis Monier

Ses marbres, ses bronzes parfaits, s’élancent, s’envolent. Il vit à la recherche de la perfection, de l’équilibre, de l’harmonie, du rythme, de la ligne, des formes pures. Ses œuvres de bronzes polis dorés plaisent à une époque où les américains les comparent à de l’or ! « Au fond, je ne sais pas vraiment si on appréciait la qualité de ce que je faisais. Nul doute que j’ai bénéficié d’une époque propice à l’épanouissement de mes sculptures ».

Ce n’est pas pour autant que l’artiste oublie la conception première de l’art :

- « Connaître l’art c’est mettre les mains dans le cambouis ! »« Il faut dépersonnaliser ce que l’on fait quand on crée, c’est déjà une prétention terrible en soi quand on se lance dans cette partie un peu folle de créer, c’est un peu comme si on voulait donner une vie ».

Sur ses œuvres :

- « Un coup de lumière qui éclaire le côté gauche, un équilibre nécessaire comme dans une balance, le poids de la matière qui ne doit pas être tiré, la matière maintenue, le centre de gravité respecté. »

Poncet, Cardenas, Otero, Guzman. Salon de la Jeune Sculpture. Palais-Royal, Paris, 1968.
Poncet, Cardenas, Otero, Guzman. Salon de la Jeune Sculpture. Palais-Royal, Paris, 1968.

La pérennité de l’ouvrage :

- « Une sculpture dure toute la vie ! Les œuvres en effet ne vieillissent pas, elles sont éternelles à la différence des êtres humains. »

La définition de l’art :

- « L’art apporte de l’optimisme et de la joie, je ne veux pas créer pour exprimer la douleur. J’aime quand les sculptures peuvent tourner et aller dans tous les sens, ce n’est pas comme un portrait. »

L’Académie :

- « Elle doit protéger le passé et se projeter dans l’avenir. La nouveauté est formidable si elle s’accroche sur des racines solides du passé. » « Un lieu où on peut soutenir et aider, où on octroie des prix à la musique, à la peinture, aux jeunes et aux moins jeunes, nous essayons d’être un véritable encouragement. »

Avec la volonté de continuer à raconter des histoires, Antoine Poncet continue sa route selon son précepte : « ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais faire demain ! »

A l'initiative de Chu Teh Chun, les éditions de l'Education du Hebei ont publié en français et en chinois un livre sur l'oeuvre d'Antoine Poncet
A l’initiative de Chu Teh Chun, les éditions de l’Education du Hebei ont publié en français et en chinois un livre sur l’oeuvre d’Antoine Poncet

En savoir plus :

- Exposition « Résonances poétiques » du 12 septembre au 8 novembre 2009 au domaine de Coubertin à Saint-Rémy-les-Chevreuses. Une vingtaine de sculptures d’Antoine Poncet sont exposées, dont plusieurs grands formats, pour l’essentiel des marbres et des bronzes patinés. Des textes poétiques de Jean Arp et de Philippe Jaccottet viennent faire écho aux formes des œuvres.

Site web de la Fondation de Coubertin

LECTURE POÉTIQUE LE DIMANCHE 11 OCTOBRE 2009 AU DOMAINE DE COUBERTIN

Par la compagnie de théâtre PMVV le grain de sable ; Textes de Philippe Jaccottet, Jean Arp, Jean Follain, Claude Aveline...

- Antoine Poncet découvre la sculpture avec son père et l’approfondit d’abord avec Reymond à Lausanne, puis Richier à Zürich (1942). Il est élève à l’École des Beaux-Arts de Lausanne de 1942 à 1945. Boursier de l’État français, il est de retour à Paris où il s’installe définitivement en 1948 ; il devient alors l’élève de Zadkine et Gimond, rencontre Arp (dont il sera le collaborateur de 1953 à 1955), Brancusi, Laurens et se lie d’amitié avec Penalba, Etienne-Martin, Stahly, Walberg… 1956, il participe aux Biennales de Venise et reçoit l’année suivante le Prix André Susse (Académie des Beaux-Arts). Il réalise sa première exposition personnelle peu de temps après à la Galerie Iris Clert à Paris (1959). Antoine Poncet participe dès lors à de nombreuses manifestations : 1960, il est Membre du Jury du Prix Bourdelle ; 1961-1965, il participe aux Biennales d’Anvers - Middelheim (Belgique), et en 1963 au Symposium de sculpture de Manazvru (Japon). 1969, il est Président du Comité du Salon de Mai. En 1983 il reçoit le Prix Henry Moore du musée de Hakone (Japon) et en 1996 le Prix de l’Hermitage (Lausanne).

Antoine Poncet est élu à l’Académie des beaux-arts, membre de la section de Sculpture, le 9 juin 1993, au fauteuil de Louis Leygue. De l’épée qu’il conçoit lui-même il déclare : « l’événement mystérieux qui se réalise lors du passage d’une force vive entre la matière inerte et la main vibrante de l’homme, m’a suggéré de symboliser celle-ci dans le pommeau. C’est donc la pression de la paume et des doigts de ma main dans la glaise qui crée l’empreinte et permet l’acte créateur, d’où surgit la forme ailée symbolisant un besoin organique d’envol spirituel. »

- Antoine Poncet à l’Académie des beaux-arts

- Le site personnel d’Antoine Poncet






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