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Anna de Noailles et le voyage à Constantinople

avec Christine Peltre, directeur de l’Institut d’Histoire de l’art à Strasbourg
Anna de Noailles a entretenu des relations avec nombre d’académiciens, Henri de Régnier, Maurice Barrès, Pierre Loti, et bien d’autres. Dans son oeuvre, comme dans sa vie, elle puise son inspiration dans un unique voyage à Constantinople. En ce sens, elle est un précieux témoin de la fascination des artistes et écrivains du XIX e pour l’Orient. Christine Peltre, notre invitée, explique pourquoi.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : PAR515
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/par515.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida4158-Anna-de-Noailles-et-le-voyage-a-Constantinople.html
Date de mise en ligne : 1er mars 2009

Parmi les grands voyageurs des XVIIIe et XIXe siècles, on compte plusieurs femmes, et on les oublie trop ! Il y eut en effet beaucoup de femmes voyageuses. Le voyage au féminin, tel est le titre d’un livre regroupant diverses collaborations, dirigé par Nicolas Bourguinat, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Strasbourg. Parmi ces collaborations, celle de Christine Peltre, intitulée Du bain turc au Gulistân, Anna de Noailles et le voyage à Constantinople.

Anna de Noailles est née à Paris en 1876, dans une famille à l’environnement très oriental, son père était un Brancovan, famille qui régna sur la Valachie, et sa mère, une Musurus de Constantinople.

En 1887, elle voyage par le train avec sa mère et sa sœur, à Constantinople. Elle a 11 ans à peine, c’est une petite fille mais assez grande pour conserver des souvenirs. Elle y reste trois mois. Ce fut une découverte décisive pour sa vie et pour son œuvre. Dans Les éblouissements (1907), elle écrit :

J’ai vu Constantinople étant petite fille
Je m’en souviens un peu
Je me souviens d’un vase où la myrrhe grésille
et d’un minaret bleu.

Au retour, dans le bateau, elle croise Pierre Loti, elle se souviendra plus tard de l’acuité de son regard.

Les échos de ce voyage sur les rives du Bosphore résonneront dans toute son œuvre, tant en prose qu’en vers, notamment dans Le Livre de ma vie (paru en 1932 et qui vient d’être réédité Anna de Noailles : mémoires interrompus…) et dans son œuvre De la rive d’Europe à la rive d’Asie. Christine Peltre souligne combien Anna de Noailles accorde une place privilégiée aux œuvres d’art : « elle emprunte ses modèles à la grande peinture », à celles de Delacroix, de Théodore Chasseriau, d’Ingres…. Elle démontre qu’elle est tributaire des arts plastiques tant pour construire sa vision du monde et de l’Orient que pour construire sa propre identité.

Car les autres, à Paris, la voient comme une orientale. Elle-même entretient cette image. Henri de Régnier par exemple la décrit ainsi : Il y avait en elle de la princesse des Mille et une nuits, et de l’héroïne d’Aubrey Beardsley, je ne sais quoi de falot et d’inquiétant.

Elle recevait allongée sur un sofa dans son salon blanc de l’avenue Henri Martin, aux alentours de 1900, dans une posture rappelant les belles femmes lascives d’Ingres dans Le Bain turc (1862).

Le bain turc, de JD Ingres (Louvre)
Le bain turc, de JD Ingres (Louvre)

Le peintre Jacques Emile Blanche, dans trois versions d’un portrait à l’orientale d’Anna vers 1914, la peinte en odalisque voilée de noir.

Et dans sa liaison avec Maurice Barrès, qui donne lieu à une volumineuse correspondance Correspondance Maurice Barrès-Anna de Noailles, le souvenir de l’Orient est aussi présent. Barrès le lorrain, qui se tournait plutôt vers la Grèce, s’intéressait également à l’Orient, aux croisés (il protesta lorsque l’on démolit la Tour franque de l’Acropole).

Christine Peltre explique pourquoi les œuvres d’art ont fortement influencé les artistes et les écrivains de la fin du XIX e siècle et du début du XXe siècle. A cette époque, les arts musulmans sont découverts en France, les miniatures persanes, les tissus, les tapis, les formes artistiques. L’exposition universelle de 1878 avait déjà donné le goût de l’orientalisme en proposant aux visiteurs une "galerie orientale".

Mais notre invitée rappelle aussi qu’en vérité, ce voyage d’enfance fut douloureux parce qu’Anna tomba malade.
Elle voyagea certes plus en rêve et en écriture qu’en réalité. Elle rêve d’aller plus loin en Orient, en Perse, en Iran, à Chiraz… La photographie la fera voyager. Elle découvre les mystiques soufis. Et notamment Saadi, auteur du Gulistân le jardin des roses.

Et pour terminer cette émission, Christine Peltre présente rapidement son Dictionnaire culturel de l’orientalisme (paru aux éditions Hazan en 2008), qui offre de magnifiques illustrations et des notices précieuses pour qui veut préciser ou approfondir cette fascination de l’Orient.

Mieux connaître Christine Peltre :

Professeur à l’université de Strasbourg, elle dirige l’Institut d’Histoire de l’art. Agrégée de lettres classiques, elle a travaillé pour sa thèse de doctorat sur le voyage des artistes français en Grèce au XIXe siècle (ouvrage publié "Retour en Arcadie" Paris, Klincksieck, 1997). Elle a consacré plusieurs ouvrages à l’orientalisme, sujet sur lequel elle donne de nombreuses conférences.






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