Les écrits gnostiques : de Louxor à Nag Hammadi

par Nicolas Grimal, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, égyptologue, professeur au Collège de France
Ce n’est pas un hasard si les écrits gnostiques ont été découverts à Nag Hammadi : Nicolas Grimal démontre que cette partie de l’Egypte a été, du temps des pharaons, un haut lieu de la métaphysique et de la réflexion théologique. Ecoutez son intervention lors du colloque "Les textes de Nag Hammadi" organisé par l’Académie des inscriptions et belles-lettres.


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Date de mise en ligne : 1er février 2009

Le colloque international "Les textes de Nag Hammadi : histoire des religions et approches contemporaines", organisé par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en partenariat avec l’université Laval (Québec), les 11 et 12 décembre 2008, s’est tenu à Paris, à la fois à la Fondation Simone et Cino Del Duca et dans la salle des séances de l’Institut de France.

Victimes du temps et des hommes, les écrits gnostiques ne furent longtemps accessibles qu’à travers les citations ou les résumés des Pères de l’Eglise (IIè-IVè siècles) qui furent acharnés à les combattre. Tout changea en 1945 lors que l’on découvrit, à Nag Hammadi, à quelque 130 km au nord de Louxor, dans une jarre, douze livres reliés en cuir et plusieurs feuillets d’un treizième, au total près de 1200 pages de papyrus. On connaissait enfin la rédaction complète de plusieurs écrits discutés par les philosophes néoplatoniciens et les hérésiologues chrétiens, l’Evangile de vérité, attribué à Valentin, le Livre des secrets de Jean, résumé par Irénée, ou le célèbre Evangile de Thomas, qui contient une très ancienne collection des paroles de Jésus.

Comme l’a souligné Nicolas Grimal dans son intervention, il est sans doute délicat de tenter d’établir une connection entre l’Egypte pharaonique et les textes gnostiques des premiers siècles du christianisme. Et pourtant ce n’est pas sans raison que ces textes ont été trouvés en Egypte et, tout particulièrement, dans cette partie de l’Egypte que l’on appelle (à tort sur le plan historique mais c’est une autre affaire) la moyenne Egypte. Nicolas Grimal démontre que ceux-ci ne peuvent être "délocalisés".

Il convient de remarquer d’abord que ces textes ont très tôt fait l’objet d’une traduction en copte.

Fresque du Fayoum
Fresque du Fayoum

L’élément géographique est tout à fait essentiel. Car cette partie de l’Egypte, dite moyenne Egypte, fut en fait le coeur de la réflexion théologique, le foyer de la religion et de la culture pharaonique. Cette zone demeura assez refermée sur elle-même et donc à l’abri des influences postérieures arabo-musulmanes. Elle fut donc l’un des foyers de la civilisation proprement pharaonique, qui vécut dans ce "bain culturel" originel. Et c’est dans cette même zone que se développera la présence chrétienne et les premiers monastères. El-Minia, Hermopolis, ont joué le rôle de foyer culturel, de création intellectuelle, ce qui justifie le fait que c’est à cet endroit qu’ont été retrouvés les textes gnostiques.

Quant au site de la nécropole de Beni Hassan, par exemple, où l’on a découvert aussi des manuscrits gnostiques, il se trouve en pleine zone chrétienne, là où ont été bâtis de grands monastères. Il n’est pas non plus indifférent de constater que des sites gnostiques se trouvent près de Tell el-Amarna, l’endroit choisi par Aménophis IV pour y implanter sa religion solaire. Tell el-Amarna, haut lieu de réflexion théologique.

Sohag aussi, au nord d’Assiout, sur la rive gauche du Nil, est un très haut lieu de la chrétienté où se trouvent le couvent blanc et le couvent rouge, qui recouvrent des vestiges pharaoniques, preuve que, quelques siècles avant, la ville fut un haut lieu pharaonique .

Au nord de Nag Hammadi, on trouve plusieurs sites pharaoniques de première importante qui se situent au coeur de la réflexion métaphysique :
- Abydos (lieu saint pharaonique avec le tombeau d’Osiris et la tombe de Séthi Ier ), un lieu "omphalos" de la métaphysique.
- Dendarah (avec l’enceinte à Hathor), haut lieu de la réflexion dès le IIIe millénaire,
- Louxor et particulièrement Medinet Abou dont les archéologues ont, hélas, ôté toutes les couches chrétiennes pour retrouver les restes pharaoniques, ce que l’on peut déplorer car on aurait ainsi conservé des informations essentielles sur l’archevêché de Djémé dont le rayonnement remontait jusqu’à Nag Hammadi.

Nicolas Grimal, égyptologue, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Nicolas Grimal, égyptologue, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Pour en savoir plus sur Nicolas Grimal :

Orientaliste, égyptologue, il a, entre autres, assuré la direction scientifique des travaux de fouille, d’étude et de restauration des temples de Karnak. (1990-2005), campagnes épigraphiques dans le temple d’Amon-Rê à Karnak pour l’étude des textes et représentations liés aux Annales de Thoutmosis III, en collaboration avec Nathalie Beaux (1993-1996), mission épigraphique au Soudan (temple de Soleb et musée de Khartoum) (1993), mission annuelle au temple d’Amon-Rê à Karnak (depuis 1996).
Consulter sa fiche sur le site de l’Académie

Nicolas Grimal est professeur du Collège de France où il tient la chaire de Civilisation pharaonique : Archéologie, Philologie, Histoire. Consulter sa fiche sur le site du Collège de France

Connaître ses publications :ici

A écouter aussi :

Notre émission avec Jean-Pierre Mahé sur le volume de la Pléiade Les écrits gnostiques et la bibliothèque de Nag Hammadi, entretien avec Damien Le Guay.






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