Durkheim et la solidarité

par Jean Baechler, de l’Académie des sciences morales et politiques
Après avoir relu "De la division du travail social" d’Emile Durkheim, qu’il tient pour son chef d’oeuvre, le philosophe Jean Baechler l’avoue : il se sent pleinement durkheimien ! Ce qui n’exclut pas quelques interrogations et même quelques reproches... Il s’en explique dans cette intervention brillante.


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Date de mise en ligne : 8 février 2009

« Je me proclame durkheimien mais pas durkheimiste », telle est la conclusion de l’allocution de Jean Baechler. En effet, ce dernier nous donne les raisons de son attachement au sociologue français en explicitant les « points forts » mais aussi des points plus obscurs. De la division du travail social (1893), véritable « chef d’œuvre » dont François Bourricaud lui avait suggéré la lecture à la fin des années 60.

Contrairement à Bertrand Saint-Sernin qui décelait le substrat platonicien de la sociologie durkheimienne, Jean Baechler relève le caractère aristotélicien de celle-ci par le biais de trois citations, situées respectivement en exergue, dans la première note en bas de page, et dans le couronnement de la conclusion, de l’ouvrage cité. C’est ainsi que l’orateur nous guide dans l’océan durkheimien tout en se confrontant aux difficultés que lui avait présenté le texte il y a près de quarante ans. Difficultés et même « négligences » du texte qui se sont dissoutes au fur et à mesure que le lecteur Jean Baechler trouvait de « bonnes raisons » à leurs présences.

Aussi, nous rappelle-t-il les définitions des concepts de l’ouvrage De la division du travail social, telles que « société à solidarité mécanique », « conscience collective », « société à solidarité organique », « conscience individuelle », et encore « société segmentaire »… Après quoi, Baechler s’interroge successivement sur l’ « évolutionnisme » supposé de Durkheim, les « causes de l’évolution », et bien sûr la visée de cet ouvrage : l’étude de la modernité. Mais que dire de cette modernité qui semble surgir au tournant du XXème siècle, quand le terme de « société » n’est pas explicité par Durkheim ? Quels sont les points forts qui structurent l’ouvrage et qui portent sur cet « âge moderne » ? Au cœur de l’argumentation durkheimienne, Jean Baechler met en avant quatre axes prégnants : 1° la cohésion par la moralité via la division du travail ; 2° l’égalité et la justice ; 3° l’individu et la personne : où Durkheim saisit que les relations sociales seront de plus en plus interdépendantes à mesure que la société organique se renforce ; et enfin 4° l’unification du monde, quatrième axe avec lequel il s’interroge latéralement sur l’objectif européen qui reste en suspens tant chez l’auteur il y a plus de cent ans que dans le monde actuel.

Jean Baechler, de l'Académie des sciences morales et politiques
Jean Baechler, de l’Académie des sciences morales et politiques

Les questions posées concernent les rapports entre la personne individuelle et la société. Comment être plus personnel et plus solidaire ? Qu’est-ce que la société dont il faut assumer la cohésion ? Durkheim semble appliquer le mot "société" à tout groupe humain mais sans le définir de manière concrète. A quel groupe pense-t-il dans le mot société ? il ne le définit nulle part... Alors que son propos porte sur la cohésion et la manière de l’assurer pour tout groupe.

Actualité d’une œuvre, sa relecture s’impose.

En savoir plus :

- Jean Baechler sur le site de l’Académie des sciences morale set politiques

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