Les samouraïs ? Figures symboliques du Japon, jadis et aujourd’hui

Jean-Noël Robert, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, explique le mythe et ses réalités, du Japon classique à nos jours
Jean-Noël Robert, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, spécialiste du bouddhisme japonais, aborde l’histoire des guerriers de l’île du Levant. Les samouraïs sont aujourd’hui des figures symboliques du Japon. Mais que représentaient-ils autrefois ? A partir des sources japonaises classiques, des mangas, du cinéma et de la chanson, Jean-Noël Robert nous fait découvrir leurs valeurs et leurs exploits de guerriers, de lettrés ou de buveurs.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : FOC504
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Date de mise en ligne : 16 novembre 2008


Jean-Noël Robert, Académie des inscriptions et belles-lettres, 23 mai 2008
Jean-Noël Robert, Académie des inscriptions et belles-lettres, 23 mai 2008
© Louis Monnier

L’épée d’académicien de Jean-Noël Robert est un sabre tel que les portaient les lettrés de la période d’Edo. Dans cette interview, Jean-Noël Robert croise le fer avec les figures mythiques samouraïs de la littérature japonaise. Mais qui étaient donc les samouraïs du Japon d’autrefois ?
« En Angleterre le gentleman ! En Espagne le caballero ! Au Japon le samouraï !... », disait André Malraux. Jean-Noël Robert décortique pour nos oreilles occidentales ce mot japonais et nous commente l’image du samouraï à travers les siècles. Une image identitaire et distanciée, selon l’époque, pour les Japonais.

Quelle est l’image des samouraïs transmise en Occident ?

La renommée des samouraïs repose depuis la fin du XVIe siècle sur la qualité de leurs armes. On avait repéré la qualité exceptionnelle des lames des sabres japonais. Ce prestige s’est renouvelé au XIXe siècle et les Japonais ont retrouvé là une image identitaire.

Le mot samouraï est une appellation populaire japonaise. Elle désigne le guerrier, le bushi, mot sino-japonais plus savant. Les bushis sont les grandes figures du célèbre roman japonais le Genji-monogatari, Le Roman de Genji (1008) (Dit), et du Heike-monogatari, traduit par La Geste des Heïke, (XIIIe siècle) (Dit). Ce dernier est l’histoire d’une guerre entre deux grands clans. C’était alors le roman obligé pour les garçons, une sorte de bible du guerrier. Les samouraïs y sont parfois décrits comme de parfaits soudards alors que dans le Genji où toute violence est bannie, il n’y a pratiquement pas de guerriers mais des nobles de cours, des femmes et des lettrés. Jean-Noël Robert constate qu’ils deviennent des protagonistes, de violents bretteurs quand, d’un point de vue historique, le système impérial s’écroule. Le côté méditatif du samouraï disparaît alors. Or, justement, l’image du samouraï cultivé capable de méditation, celui de l’époque d’Edo, est celle qui s’est transmise à l’Occident. Cette facette du samouraï n’était, en effet, pas mise en valeur dans le Heike-monogatari.


L’esprit samouraï ressurgit dans les sources japonaises, en particulier dans À l’ombre du feuillage, rédigé au début du XVIIIe siècle, écrit paradoxalement en pleine période de paix, faisant l’éloge du guerrier japonais idéal. Devenir descendant de samouraï, à l’époque est considéré comme un honneur. L’académicien nous raconte dans cette interview comment des livres anciens japonais comme Le livre des cinq roues (l’art du combat à deux sabres) ont été adaptés à la situation moderne des chefs d’entreprise pour les guider dans la gestion de leurs affaires.

Quelles sont les valeurs du samouraï ? Ont-elles encore un sens aujourd’hui ?

« Mourir pour son seigneur, mourir pour son entreprise », quelle différence ? Dans les mangas des années soixante-dix, lus par Jean-Noël Robert, le samouraï avait encore un sens du sacrifice certain.

Aujourd’hui au cinéma en reprenant le thème du samouraï errant, les Japonais s’en moquent avec humour, un peu à la manière des Monty Python. La figure romantique du samouraï errant est reprise au XIXe alors qu’ils ont existé surtout, avant le XVIIe siècle. Pendant les deux ou trois siècles de paix de la période d’Edo, ils disparaissent et reviennent sous l’époque Meiji où les clans sont défaits. Les samouraïs ont alors été considérés comme des poids sociaux dans la mesure où ils étaient nourris par leur maîtres. Ils ont du alors faire une conversion sociale complète et devenir des employés, des directeurs d’école ou autres.

L’image du samouraï lettré de la période d’Edo a bel et bien disparu pour les Japonais du XXe siècle.

Plus leur conversion devient terre à terre, plus on les idéalise, nous dit Jean-Noël Robert dans cette interview. Dans le langage d’aujourd’hui, Le ronin, le chevalier errant, défendant la veuve et l’orphelin, le samouraï sans maître, est celui qui a échoué aux examens d’entrée à l’université.

Aujourd’hui les Japonais ont une vue plus humaine, plus distanciée du samouraï. Le Japon a beaucoup changé dans les années 80 et 90. Mais on parle encore de samouraï dans les chansons japonaises, dans les chansons à boire. En ressort l’image d’un samouraï qui mêle l’image du chevalier occidental et l’image classique du guerrier japonais.

Quelle place fait la culture samouraï aux femmes ? Les femmes guerrières peuvent-elles exister dans ce cadre ? Les “samouraï-girl” des mangas obéissent-elles au même code de représentations bien masculines de l’esprit samouraï ? Découvrez les réponses et les anecdotes humoristiques du japonologue Jean-Noël Robert.

Écoutez le portrait de Jean-Noël Robert, membre de l’Académie des inscriptions et belles lettres, spécialiste du bouddhisme japonais, sur Canal Académie :
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