Le terrorisme comme phénomène ou personnage historique

Par Henry Laurens du Collège de France
L’historien Henry Laurens, professeur au Collège de France, spécialiste des questions du Moyen-Orient, a donné une conférence sur le terrorisme au fil de l’Histoire, lors de la rencontre des "Trinômes académiques" le 30 mai 2008.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : COL380
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Date de mise en ligne : 14 octobre 2008


Le vendredi 30 mai 2008, l’Académie des sciences morales et politiques a organisé la rencontre des Trinômes académiques à l’occasion de leur 20e anniversaire, placé sous le parrainage du Premier ministre François Fillon. _Au cœur de la rencontre cette année, trois thèmes ont réuni le public : le bilan de l’expérience depuis 20 ans, l’appréhension des guerres et conflits au XXIe siècle et l’enseignement des questions de Défense à l’université.
Canal Académie vous propose d’écouter la retransmission de la conférence de l’historien Henry Laurens du Collège de France, spécialiste des questions du Moyen-Orient.

Comment définir le terrorisme ? Concept ou notion ?

Si on l’assimile à une technique de guerre, elle est aussi ancienne que la guerre elle-même et à partir de la Révolution française, précisément à partir du 9 thermidor, terrorisme et Terreur se confondent. Un terroriste est alors un membre de la Terreur. Dès lors, l’idéologie inscrit sur cette notion une nouvelle dimension qui dépasse la simple technique guerrière.

Henry Laurens, dans cette conférence, dresse le parcours du terrorisme comme « personnage historique » et non comme technique, à partir de son émergence au XIXe siècle sous les formes du carbonarisme. Etudiant les documents historiques et les textes juridiques, il s’appuie sur l’évolution du vocabulaire pour désigner les formes du terrorisme et les « contextualiser ».

Les actes terroristes en Europe au XIXè siècle

L’Europe du XIXe siècle a connu des actes terroristes avec l’assassinat du duc de Berry (1820) ou les actions de l’IRB en Irlande. Le terroriste est alors un combattant contre les armées régulières et la guérilla son mode d’action. Il devient un « franc-tireur » et même un « partisan » en 1870, durant la guerre franco-allemande où des civils prennent les armes contre l’envahisseur. Si la conception juridique de la guerre à cette époque exclut les civils, l’historien compte trois guerres, seulement, qui répondent à ces critères normatifs, comme la guerre de Crimée par exemple.
Henry Laurens traite aussi de la pratique de la guerre coloniale, une guerre de terreur qui engendre une guerre de bandes en retour (la conquête de l’Algérie en 1830).

Pour lui, l’émergence des formes contemporaines du terrorisme est liée au perfectionnement apporté par le chimiste Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite, qui maîtrisa la puissance de la nitroglycérine en 1875. Il distingue deux types de groupes terroristes : celui des anarchistes à compter des années 1880 et celui des nihilistes russes à partir de 1890/92.

Les actes de terrorisme au début du XXe siècle

Le premier acte terroriste, similaire aux actes terroristes récents du XXe siècle, date du 26 août 1896, avec la prise de la Banque Ottomane d’Istanbul par un groupe arménien : assassinats des gardiens, prise d’otage du personnel, exfiltration des terroristes par les ambassades occidentales. Les Balkans constituent à cette époque la véritable matrice du terrorisme de type « publicitaire ». Les actes de l’ORIM, l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, en est aussi une illustration. Ainsi, des chrétiens de la province ottomane de Roumélie ont été les premiers à commettre de tels actes. L’apparition du terrorisme dans l’espace musulman de l’Empire ottoman n’a pas tardé à suivre, à partir de 1896. Les Indes de l’Empire britannique et la Chine sont également touchées, avant 1914.

L’apparition du terrorisme international entre les deux guerres

La Première Guerre mondiale avec la totalisation de la guerre accentue le développement du terrorisme. Quelles ont été les réponses juridiques formulées par les Etats en guerre et au lendemain de l’armistice, lors des mouvements révolutionnaires ? Quel type de législation apparaît ? Comment les colonies de l’empire britannique ou français répondent à l’apparition du terrorisme international entre les deux guerres mondiales ? La Seconde Guerre mondiale a amplifié, à son tour, les cadres et les pratiques terroristes.

Terrorisme et guerres de libération nationale

Dans le monde de la Guerre froide et de la décolonisation, Henry Laurens analyse les guerres de libération nationale comme celle que mène le FLN durant la guerre d’Algérie. Le révolutionnaire pratique une guerre totale en utilisant la totalité de ses moyens et les ressorts d’une adhésion à la cause nationaliste. A cette guerre politique, la solution militaire était impossible. L’erreur des armées et des colonels des années 1950/1960 est d’avoir assimilé la guerre de libération à la seule forme de Terreur oubliant la force du nationalisme et sa prise en compte du destin de l’individu.
La Guerre froide a été également une guerre de partisans des deux camps. Ces conflits ont été des guerres secrètes menées d’un camp contre l’autre, en raison du pacte Briand-Kellog (1929) qui déclare la guerre illégale si elle n’est pas défensive et qui sert de fondement en droit international.

Des combattants terroristes aux victimes du terrorisme

A partir des années 1980, le paradigme de la libération est remplacé par celui de la question des droits de l’homme, et celui du combattant par celui de la victime. En 2007, le terrorisme frappe essentiellement le monde musulman indien ce qui ne signifie pas qu’il y aient des facteurs ethniques culturels ou religieux, puisque le parcours historique du terrorisme se joue sur toutes les aires continentales et religieuses.

Henry Laurens
Henry Laurens

À propos des Trinômes académiques

Créés en 1987, les Trinômes ont pour objet d’assurer une formation en matière de Défense à l’attention des personnels de l’Éducation nationale. Depuis 1988, chacune des académies de l’Éducation nationale a mis en place un trinôme. Il s’agit d’un dispositif qui réunit sous l’autorité du recteur d’académie, un représentant de l’autorité militaire, un représentant de l’Institut des Hautes Études de Défense nationale (IHEDN) et un représentant désigné par le recteur. L’objectif reste de former les jeunes à la Défense depuis la suppression du service national. Les protocoles Défense-Éducation nationale s’élargissent depuis 2007 à l’enseignement supérieur.

En savoir plus :

- Institut des Hautes Études de Défense nationale (IHEDN)
- Ministère de l’Éducation nationale
- Henry Laurens, Professeur au Collège de France

Écoutez les autres interventions d’Henry Laurens sur Canal Académie






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