La nature du monde,Science et exégèse au XVIIe siècle, un essai de Jean-Robert Armogathe

L’histoire des idées religieuses et scientifiques dans l’Europe moderne
Damien Le Guay reçoit Jean-Robert Armogathe pour la publication de son livre : La nature du monde, science nouvelle et exégèse au XVIIe siècle (PUF). Prêtre et universitaire, il explique, tout d’abord, pourquoi le XVIIe siècle est, selon lui, si important, avant d’examiner les différentes étapes des relations entre la science et la théologie au XVIIe siècle.


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Émission proposée par : Damien Le Guay
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Date de mise en ligne : 25 mai 2008


Que dire de notre invité, le père Jean-Robert Armogathe ? Comme prêtre et universitaire, il est à la fois contre un certain esprit sectaire et adepte d’une réconciliation avec une tradition vivante, profonde et authentique. Comme prêtre, après avoir été interdit de séminaire des Carmes, en 1972 par, dit-il « un esprit de sectarisme intra ecclésiale », il a été confronté à ce qu’il nomma lui-même une « terreur intra ecclésiale » qui, dans les années 1970, s’est abattue sur la France. Et, en même temps, en 1977, il est confronté à la crise intégriste de Saint-Nicolas du Chardonnet. Avec la revue "Communio", fondée par lui, avec entres autres, Jean-luc Marion et Remi Brague, il souhaite retrouver un sens authentique de la tradition, sens large, généreux et novateur, sans être aventureux ni inféodé aux modes politiques.

Comme universitaire il s’en prend à ceux qui, idéologues des coupures, séparent arbitrairement dans la naissance de la modernité le théologique et le scientifique et analyse, textes à l’appui, en suivant, tel un sourcier, les auteurs et leurs influences, les éléments d’influences réciproques et de fécondations imbriquées.

Dans ces deux domaines, il a souhaité passer outre les idées reçues, opinions convenues, certitudes véhiculées par les modes (surtout quand les modes sont puissantes pour ne pas dire impérieuses) et travailler à nouveau frais, reprendre avec plus d’épaisseur les idées transmises d’un siècle à l’autre. Telle fut la leçon de ses maîtres. Maîtres en théologie (les Pères de Lubac et Bouyer), maître en histoire (Jean Orcibal). Ce dernier lui a donné comme consigne de toujours « creuser en-dessous de la surface ».

Pour sa formation universitaire, il se présente de la manière suivante : « Il m’a été donné de faire à la fois un parcours académique classique en France, et des études pluridisciplinaires et internationales. Le parcours français est tout à fait classique : né en 1947, je suis entré à l’Ecole normale supérieure, j’ai passé des licences, une agrégation, un doctorat de philosophie. Chargé de cours aux Hautes Etudes (Sciences religieuses) dès 1970, j’ai été successivement maître-assistant, maître de conférences, professeur. Ma direction d’études a repris l’intitulé qui était celui d’Alexandre Koyré : « histoire des idées scientifiques et religieuses dans l’Europe moderne ». Mais j’ai aussi été très intéressé par la culture scientifique : admis dans une école d’ingénieurs, j’ai étudié les mathématiques avant de passer aux humanités. Diplômé en sciences religieuses, diplômé en théologie patristique (avec des grades universitaires en théologie catholique et en théologie protestante), j’ai eu la chance de pouvoir étudier, très jeune, aux Etats-Unis (Roosevelt High school, à Seattle, Wash.), puis en Grande-Bretagne. Lecteur à la Humboldt-Universität (Berlin, RDA) en 1969-1970, puis Gastdozent à la Martin-Luther-Universität (Halle-Wittenberg), j’ai aussi enseigné en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne, au Canada et aux Etats-Unis. Visiting Fellow à Oxford (Trinity , All Souls), associé aux Universités de Milan (Sacré-Coeur), Lecce, Pavie et Rome, j’ai donné plusieurs cours à Naples (Istituto italiano per gli studi filosofici). En m’appelant à une direction d’études sur « l’histoire des idées religieuses et scientifiques dans l’Europe moderne », les professeurs de l’Ecole pratique des hautes études ont voulu recréer, sous cet intitulé, l’enseignement qui fut celui d’Alexandre Koyré (1892-1964), à la croisée de l’histoire de la philosophie, de l’histoire des mentalités, de l’histoire des sciences. C’est ce qui m’a valu d’être élu en 1993 membre associé de l’Académie internationale d’histoire et de philosophie des sciences. »

Jean-Robert Armogathe
Jean-Robert Armogathe
© Canal Académie

Quant à ses domaines de recherche et ses publications à venir, il les présente de la manière suivante : « A partir de mes travaux sur Descartes et sur des auteurs mineurs variés, je me suis intéressé à la portée européenne de ces idées, au progrès de leur réception au XVIIè et au XVIIIè siècles, à leur héritage, enfin, dans les sociétés contemporaines. Le volume sur la Bible au XVIIe siècle, couronné par l’Académie, est un bon exemple de cet intérêt panoramique. Une formation philosophique appuyée sur une forte culture historique m’a permis la mise en oeuvre de moyens variés, de la recherche érudite dans les fonds d’archives et de bibliothèques à la lexicologie automatique sur ordinateur. Fréquemment invité dans plusieurs Universités européennes et nord-américaines, je consacre beaucoup de temps à dispenser un enseignement qui me passionne.

Après plusieurs ouvrages (dont une étude sur la formation scolastique de Gregor Mendel), je suis en train de nouer les fils de très nombreux articles dans plusieurs recueils (dont une synthèse sur Physique et théologie dans l’Europe moderne). Éditeur de la Correspondance de Descartes dans la prochaine édition de la Pléiade (Gallimard), je dirige aux Presses universitaires de France une vaste Histoire (culturelle) du christianisme, en trois volumes, qui doit défendre et illustrer une « histoire philosophique des idées », à l’école des maîtres que furent pour moi Yvon Belaval, Henri Gouhier et Ferdinand Alquié. »

Il est ordonné prêtre en juin 1976 par Mgr Marty, archevêque de Paris. Vicaire de l’église Saint-Séverin rue Saint-Jacques, dans le Ve arrondissement de Paris, il est confronté à la crise de 1977 qui voit l’occupation de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, l’autre église de la paroisse, par les intégristes de la Fraternité Saint-Pie X. Selon ses souvenirs, « ce fut profondément pénible parce que le motif affiché, la liturgie latine du concile de Trente, cachait mal d’autres dimensions : refus haineux du concile, de la liberté religieuse, du progrès critique en exégèse et en histoire sainte, de la réflexion et de la recherche en théologie, liaison du religieux avec le politique, affichant des opinions d’extrême-droite. Tout était réuni pour constituer une secte : les intégristes qui nous chassèrent de St-Nicolas-du-Chardonnet, qui n’hésitèrent pas à pratiquer le coup de poing (j’en fus victime) tendaient à constituer une ecclesiola, une Eglise particulière. » (Raison d’Eglise. De la Rue d’Ulm à Notre-Dame, entretiens avec J. Lebrun, Calmann-Lévy, 2001).
Chapelain à Notre-Dame de Paris de 1980 à 1985, il est curé de Saint-Pierre-de-Chaillot de 1985 à 1990. En 1990-1992, il dirige la paroisse de Saint-Germain-des-Prés. Parallèlement, il exerce des responsabilités nationales dans le scoutisme français. En 1998-2000, il est chargé de prêcher les conférences du Carême à Notre-Dame de Paris.En mars 1981, le nouvel archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger le nomme aumônier des étudiants de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Depuis 1992, il est également recteur de l’Institut Bossuet, foyer d’études du VIe arr. de Paris relevant du diocèse, mais qui accueille depuis 1866 des jeunes lycéens ou élèves en classes préparatoires aux grandes Ecoles, principalement de l’école publique et pas nécessairement croyants ni pratiquants.

En savoir plus :

Principales publications La bibliographie (plus d’un millier d’articles) est publiée dans Bibliographia Armogathensis (1987) et Auctarium decennale (1997).• Signalons en particulier :
•Le Quiétisme, Que Sais-je ?, PUF, 1973
•Les Vingt-et-unes réformes de l’Eglise, 1978
•Le Grand Siècle et la Bible (dir.), Beauchesne, 1989
•Croire en liberté. L’Eglise catholique et la Révocation de l’Edit de Nantes, 1998
•Divine Trinité, 2000
•L’antéchrist, 2005, mille et une nuit/Fayard
•La nature du monde : Science nouvelle et exégèse au XVIIe siècle, Paris, PUF, coll. "Épiméthée", 2007.

Principaux ouvrages faits en collaboration :
• Histoire littéraire de la France (Editions sociales, t. 3 et t. 4, 1975, t. 5, 1976)
• Notes de sémantèse cartésienne » dans les Actes du Lessico Intellettuale Europeo (tous les trois ans, depuis 1980)
• Jean-Jacques Rousseau et la crise européenne de la conscience (Beauchesne 1980)
• Coscienza civile ed esperienza religiosa nell’Europa moderna (Brescia 1983)
• La Querelle des Anciens & des Modernes (avec Marc Fumaroli) Gallimard, 2001

Éditeur :

Le Grand Siècle et la Bible (Bible de tous les temps, VI) (Beauchesne 1990) Prix chanoine Delpeuch de l’Académie des sciences morales & politiques.
Directeur : Histoire générale du christianisme (4 vol., en préparation, PUF) de 1972 à 1987, « bulletin cartésien » Archives de philosophie (recueil en préparation), réviseur d’une dizaine d’ouvrages parus dans le Corpus des Oeuvres de Philosophie en langue française (Fayard) : Viète, Descartes, Regis, Frederic II...






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