Quelques lettres de voeux de personnages célèbres

par Bertrand Galimard Flavigny "le bibliologue"
Déjà au milieu du XVIIIème siècle, l’usage des lettres de bonne année était entré dans les moeurs. "C’est un devoir à remplir", écrivait Louis Philippon de la Madelaine dans ses conseils à l’intention de la jeunesse. En relatant l’histoire des voeux, notre bibliologue ne manque pas à la tradition et nous réjouit en citant quelques lettres d’auteurs célèbres !


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 27 janvier 2008

« L’usage de donner des étrennes lorsque l’année se renouvelle et de s’adresser réciproquement des vœux de santé, de bonheur, de longue vie, remonte à la plus haute antiquité. Ce n’est pas ici le lieu d’en rechercher l’origine ; il existe de nombreuses dissertations sur ce sujet, et quand on les a lues, on n’est pas plus avancé qu’auparavant, pour écrire des lettres de bonne année à ceux envers lesquels c’est un devoir à remplir », écrivait Louis Philipon de la Madelaine (1734-1818), auteur d’un Manuel épistolaire à l’usage de la jeunesse, dont la première édition date de 1804 et la quinzième et dernière de 1843.

Le Bibliologue : Bertrand Galimard Flavigny
Le Bibliologue : Bertrand Galimard Flavigny

Le long sous-titre « ou instructions générales et particulières sur les divers genres de correspondance, suivies d’exemples puisés dans nos meilleurs écrivains », donne déjà le ton du livre qui n’avait rien de commun, affirmait son auteur, avec Le Secrétaire de la cour, l’Art de la correspondance, la Rhétorique épistolaire, etc. Il reprochait à leurs auteurs de se donner eux-mêmes comme modèle, alors que lui avait demandé à madame de Sévigné, La Motte, Bussy-Rabutin, Rousseau, Voltaire, le cardinal de Bernis, de donner « la leçon et l’exemple du style ». Parmi les seize sections qui partagent les pages de son livre, quelques unes sont donc consacrées aux lettres de bonne année.

Page de titre du manuel de Louis Philippon de la Madelaine (1734-1818)
Page de titre du manuel de Louis Philippon de la Madelaine (1734-1818)

Mais plus un sujet pareil est usé, plus il est difficile de le traiter ; on a épuisé tout qui peut se dire en ce genre, poursuit Philipon de La Madelaine (…) Dans une lettre de bonne année, l’enfant exprime aux auteurs de son être son tendre attachement pour eux, son désir d’obtenir la continuation de leurs bontés, ses vœux ardens (sic) et sans cesse renouvelés pour leur conservation. Le protégé fait parler sa reconnaissance et ses souhaits empressés pour la prolongation des années d’un mortel à la vie duquel est attachée sa propre existence.

Si la lettre est de nature à prendre une teinte sérieuse, alors on porte sa pensée sur la rapidité du torrent qui nous entraîne vers cet océan des âges ou tout s’abîme sans retour ; on emprunte à la morale, à la philosophie, à la religion surtout, ces idées, soit fortes, soit consolantes, qui raidissent notre âme contre les coups de ce vieillard dont la faux n’épargne personne, ou qui nous disposent à les souffrir sans murmurer. Au contraire, si la lettre permet le badinage, on y regarde le renouvellement comme la passation d’un nouveau bail avec la vie, et l’on s’exhorte à semer de fleurs la route du temps ; à laisser au peuple et aux enfans (sic) les complimens (sic) et les dragées et à ne compter pour le vrai jour de l’an que celui où l’on est heureux. Enfin, dans une lettre de pure étiquette, on se contente de souhaiter à la personne qui en est l’objet des jours aussi nombreux que ses grandes ou ses bonnes qualités, que ses bienfaits ou ses vertus ; on ajoute même que ces longs jours lui sont dus pour le bien de sa famille, de ses amis, de ceux qui l’entourent, et surtout pour l’intérêt des infortunés , dont sa sensibilité et ses largesses sont le soutien, etc., etc.

« Mais, quelque style que l’on emploie, à quelques lieux communs qu’on ait recours, il ne faut jamais oublier que les fadeurs du jour de l’an sont ce qu’il y a de plus fastidieux au monde ; que les complimens (sic) de cette solennité ne sauraient se renfermer dans des bornes trop étroites ; qu’enfin, là où une phrase suffit, c’est sottise d’en mettre deux. Voltaire était extrêmement concis sur ce point. A l’impératrice de Russie : « Le public fait des vœux pour votre prospérité, vous aime et vous admire. Puisse l’année 1770 être encore plus glorieuse que 1769 ! ». A Frédéric (de Prusse) : « Alcide de l’Allemagne, soyez en le Nestor ; vivez trois âges d’homme. ». A M. d’Argental : « Je vous souhaite la bonne année, mon cher ange ; les années heureuses sont faites pour vous etc., etc. »

A lire entre les lignes de certaines missives, nous serions enclins à sourire, car les propos des uns et des autres semblent dissimuler des compliments… comment dirions-nous, remplis d’une sainte hypocrisie. Tenez, par exemple, celle-ci adressée par Mgr Fléchier, évêque de Nîmes à Madame de Caumartin : « Je vous souhaite, à ce renouvellement d’année, Madame, tout ce qui peut contribuer à votre satisfaction et à votre repos. Notre vie s’écoule insensiblement, et il ne nous reste, de ce temps qui passe, que les moments qui nous seront comptés pour l’éternité : nous ne devons désirer de vivre que pour accomplir ce que Dieu demande de nous, et la tranquillité de la vie doit être regardée comme une grâce et une bénédiction de douceur qu’il répand sur nous, et qui nous engage à le servir avec plus de fidélité. » (1705)

Le duc du Maine qui fut éduqué par Madame de Maintenon devenue sa belle-mère, semble plus sincère : « Il aurait été trop commun, Madame, d’aller ce matin à votre porte pour vous faire, sur la nouvelle année, un compliment d’une sincérité peu commune. Voyez tout ce que je vous dois depuis le moment où je suis né jusqu’au moment où je respire ; rappelez-vous la connaissance que vous avez du cœur que vous avez formé, et puis dites-vous à vous-même tout ce que je voudrais vous dire, qui est fort au-dessous de tout ce que je pense. » (1713)

Le chevalier de Saint-Véran devait éprouver pour cette marquise demeurée anonyme, quelques sentiments (1753) Ecoutez : complimens, des étrennes, des vœux, c’est, Madame, toute la monnaie du jour ; mais comment, avec cela, puis-je m’acquitter à votre égard ? Des complimens, vous en méritez sans doute plus que personne. : il n’y a qu’un petit malheur, c’est que votre modestie vous les fait toujours refuser, je pourrais ajouter aussi que je n’ai pas le talent de les bien faire. Pour des étrennes, ce n’est pas sans doute à moi d’en offrir à celle que la fortune a comblée de ses dons : il ne me reste que des vœux ; et ceux que je fais pour vous, Madame, sont les plus sincères et les plus étendus ; ils n’ont de terme que votre mérite et mon respect : l’un et l’autre sont infinis. »

Heureusement, cet admirable traité épistolaire donne des exemples charmants. Nous en avons retenu un qui ne manque ni de saveur ni de fraîcheur. C’est celui-là qui nous servira de modèle : Lettre de Mlle R. de Ch***, pensionnaire à. P***, 1er janvier 1736. « On veut ma chère tante, que je vous fasse un complimen de bonne année. Je ne le voulais pas ; on m’a tant dit que les faiseurs de complimens étaient des menteurs ! J’obéis pourtant, mais pour vous redire sans cérémonies, sans compli¬mens, sans fadeur, que je vous aime, que je vous aimerai ; que si j’avais la baguette de ces fées dont m’a parlé ma bonne, tous vos vœux seraient bientôt remplis, et que vous vivriez, ma chère tante, longtemps, longtemps, pour continuer à faire le bonheur de tout le monde, et surtout votre petite amie. Signé Henriette ».

Bertrand Galimard Flavigny






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