Le cheval, « instrument » principal du chevalier

Par le Bibliologue, Bertrand Galimard Flavigny
Chez les Chinois, le cheval, ce noble animal est synonyme de persévérance et de rapidité. Chez nous, il est l’instrument principal du chevalier...


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 23 novembre 2006

C’est ce qu’explique très bien Georges Guillet de Saint-Georges (1625-1705) dans la présentation de son ouvrage intitulé Les arts de l’homme d’épée ou dictionnaire du gentilhomme, imprimé pour la première fois à La Haye, en 1678 pour le libraire Adrian Moetjens. Ces arts sont divisés en trois parties :
- l’art militaire
- l’art de la navigation
- l’art de monter à cheval
Ce dernier « enseigne également à dresser un Cavalier & un Cheval », et le « faire manier à toutes sortes d’Airs, afin qu’il puisse servir dans les périls de la guerre, dans les nécessités de l’usage, & quelquefois dans la pompe des Fêtes galantes, & des spectacles publics ». Ces arts de l’homme d’épée connurent au moins cinq rééditions jusqu’en 1686.

Georges Guillet qui fut aussi le premier historiographe de l’Académie de peinture où il fut reçu en 1682, connut un certain succès avec ce livre qui, finalement, fut composé à partir de notes et d’entretiens. Cela pourrait être un livre de journaliste. « Ainsi dans mon Dictionnaire je ne vous donne pas mes propres expériences, mais, ce qui est bien d’un plus grand poids, je vous donne celle de quantité de personnes que j’ai choisies, chacune dans un Art différent », explique-t-il sans détour. Il a ainsi fait appel aux meilleurs spécialistes du moment, notamment Jacques du Clapier de Solleysel (1617-1680), écuyer ordinaire de la Grande Ecurie du roi, qui était l’auteur du Parfait Mareschal, dont la première édition date de 1664, et la dernière de 1775. Cet ouvrage est le premier véritable traité vétérinaire. Ce qui a, sans doute, permis à Guillet d’y puiser ses définitions et de décrire le « pas Raccolt, vieille & méchante expression, pour dire un pas averti, ou d’école ». Ou encore la « Haquenée », qui selon lui est un mot qui « vieillit extrêmement », c’est à dire un cheval qui va à l’amble.

Revenons aux origines !
Xenophon qui vécut de 430 à 354 av. J.- C. est considéré comme le fondateur de l’enseignement du cheval et du cavalier, c’est à dire de l’hippologie. Ses deux écrits, Peri Hippikês (de l’Art équestre) et Hipparkhikos (des Devoirs d’un commandement de cavalerie), gardent de nos jours encore toute leur valeur.

Le premier de ces deux textes a été traduit en français en 1840 par le baron de Curnieu. Les ouvrages de Xenophon ne fournissent pas seulement une très bonne connaissance du cheval, mais encore une pensée, sans doute, inspirée par Simon d’Athènes dont l’enseignement ne nous est pas parvenu. Nous savons, par exemple, que la levade, une des plus belles figures équestre, était connue des Grecs, comme le piaffer et le passage qui figurent sur le bas-relief de Phidias sur le Parthenon. Lorsque la Grèce sombra, la « Haute école » accompagna sa chute. Les Romains ne réussirent pas à se distinguer dans ce domaine et les envahisseurs divers qui suivirent leur empire, détruisirent complètement ou presque tout souvenir d’un passé équestre. C’est la raison pour laquelle, il faut attendre le XVIe siècle pour trouver les premiers grands ouvrages de vulgarisation sur l’art équestre.

Cela ne signifie pas que les chevaliers n’aient pas été occupés par l’hippologie. De riches manuscrits enluminés en donnent la preuve. Tout a commencé ou... recommencé, lorsque les Français découvrirent l’académie d’équitation de Ferrare où officiait César Fiaschi, et celle de Naples dirigée par Frédéric Grison.
Ces écuyers italiens montraient l’obéissance harmonieuse de la monture sous la parfaite maîtrise du cavalier. On compte au moins quatre éditions du Traicté de la manière de bien embrider, manier et ferrer les chevaux, avec les figures de mors de brise, tours, maniemens et fers qui y sont propre, par César Fiaschi. La première en français est due à François de Prouane. Si Salomon de La Broue fut le premier à mettre par écrit les enseignements de Naples, avec Le cavalerice françois 1613,- il existe plusieurs impressions de l’Ordini di cavalcare de Grison, dont nous connaissons une traduction allemande de 1570, illustrée par 87 planches.

Le mérite d’avoir fait pénétrer l’art équestre en France, revient, en réalité, à Antoine Pluvinel de La Baume (1555-1620). Il tenait son art de Jean-Baptiste Piagnatelli, lui-même élève de Fiaschi et successeur de Grison, sous la direction duquel il avait travaillé durant dix ans en Italie. Son précieux traité d’embouchure est illustré de 84 aquarelles de Pignatelli. L’ouvrage le plus célèbre composé par Pluvinel, écuyer du duc d’Anjou est, sans doute, Le Maneige royal, où l’on peut remarquer le défaut et la perfection du chevalier daté de 1624, dans le format in-folio, orné de 65 planches.
L’autre ouvrage de Pluvinel, L’Instruction du roy en l’exercice de monter à cheval a été de nombreuses fois réimprimé.

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Contemporain de Pluvinel, William Cavendish, duc de Newcastel (1592-1676) est également vénéré par la gent équestre. Influencé lui aussi par Pignatelli, Cavendish, considéré comme le meilleur cavalier de son temps, fut, durant trois ans, le précepteur du prince de Galles, le futur Charles II. Il réunit la somme de ses expériences dans La méthode nouvelle. Invention extraordinaire de dresser les chevaux, les travailler selon la nature, parfaire la nature à Angers, en 1658, dans le format in-fol. et orné de 42 planches. Il ne subsisterait qu’une douzaine d’exemplaires de cet ouvrage en France, une partie de l’édition fut brûlée dans le magasin du libraire. L’enseignement de Pluvinel profita surtout à l’Ecole de Versailles installée par Louis XIV dans les « Grandes et Petites écuries » bâties par Mansart, en face du château.
Quantité d’écuyers célèbres comptèrent au manège, parmi lesquels M. de Nestier qui passait pour avoir « une admirable position » et M. de La Bigne qui gagna le pari de mettre plus d’une heure à traverser au petit galop la place d’Armes. Ces artistes savaient monter, mais hélas, n’écrivaient pas. Pas même les frères d’Abzac, à l’exception de Montfaucon de Rogles qui a laissé un Traité d’équitation à l’Imprimerie royale, en 1778, illustré par 9 planches.
M. de La Guérinière ne fit pas partie de l’Ecole de Versailles, mais dirigea le Manège royal des Tuileries. « Il professa de façon si brillante, dit-on, qu’il en éclipsa les écuyers de Versailles ». Il raccourcit mors et éperons et codifia de « manière fort précise l’enseignement à donner au cheval ». Il est « l’inventeur » de l’épaule en dedans et c’est avec elle qu’il entra dans l’immortalité, en éclipsant au passage Messire de Pluvinel. Son Ecole de cavalerie , imprimée en 773, dans le format in-folio, illustré . par 18 planches de Parrocel, est toujours considéré comme la « bible » de l’équitation académique.

La révolution mit « bon ordre » à cette harmonie et balaya sur son passage l’Ecole de Versailles, le Manège des Tuileries et celui de l’Ecole militaire. Les sabreurs de l’Empire avaient une bonne assiette, mais se soucièrent peu de la haute école. « Si toute l’équitation n’est pas toute la cavalerie, tout n’y est rien sans elle », dira pourtant le maréchal Soult. Et l’on créa Saumur.
Pendant ce temps-là, à l’Ecole espagnole de Vienne, le Congrès dansait. Pendant longtemps, Saumur et Vienne se regardèrent avec commisération. « Ah ! Vienne, lança un jour un « cadre noir ». Du cirque ! mais du beau cirque ! » Une réflexion que le comte d’Aure envoyait de temps à autre à son rival François Baucher. Si Antoine Cartier d’Aure fut écuyer en chef de l’Ecole de cavalerie de Saumur, de 1847 à 1855, François Baucher ne parvint jamais à le devenir. Mais il réussit à imposer ses méthodes à Saumur contre l’avis de d’Aure. La querelle dura vingt ans. On cite, du premier, Le traité d’équitation (P. 1834, , 27 pl.) et du second le Dictionnaire raisonné d’équitation à Rouen, 1833. Ils ne se rencontrèrent qu’une fois. Ce fut glacial.
« Quand je monte sur un cheval, disait d’Aure, je l’envahis ». Le commandant Gardefort, héros de l’une des plus belles nouvelles de Paul Morand, Milady, aurait pu choisir cette remarque comme devise.

Tous les cavaliers chérissent ce texte, car, selon la remarque de Léon-Paul Fargue, « il unit la vérité des choses et la vérité des êtres ». Milady a été publié la première fois dans le recueil intitulé Les Extravagants, chez Gallimard, en 1936. Puis elle a bénéficié d’une édition illustrée par 24 eaux-fortes de Despierre, chez Archat, tirée à 120 exemplaires.

Retrouvez la chronique du bibliophile Bertrand Galimard Flavigny sur Milady, la jument de Paul Morand






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