L’oeuvre philosophique d’Henri Maldiney : à découvrir d’urgence !

Le philosophe Jean-Louis Chrétien auteur de "Conscience et roman", lauréat de l’Académie française, est l’invité de Damien Le Guay
Qui connaît l’œuvre d’Henri Maldiney ? Pas grand monde ! Elle est méconnue, trop méconnue. Elle est, nous dit Jean-louis Chrétien « l’une des plus fortes et des plus rigoureuses de la philosophie de la langue française de la fin du XX e siècle ». Un philosophe que François Cheng, de l’Académie française, considère comme "un maître et un ami"...


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Émission proposée par : Damien Le Guay
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Date de mise en ligne : 23 décembre 2012

Henri Maldiney, né le 4 août 1912, professeur de philosophie à Lyon-III pendant longtemps, vient de dépasser ses cent ans. Il est vivant et oublié avant que d’avoir été connu. Or, nous dit Jean-Louis Chrétien, philosophe, professeur à Paris-Sorbonne, son œuvre est capitale. Elle a inspirée bien des auteurs. Beaucoup se réclament de lui – soit en lui ayant « emprunté » des « idées » soit en le considérant comme un maître.
Les éditions du Cerf ont la bonne idée d’assurer la publication des « œuvres philosophiques » d’Henri Maldiney – à savoir ses principaux livres épuisés pour la plupart, dispersés, indisponibles ou introuvables ; sans compter les nombreux articles repris pour partie en livres. Quatre volumes sont parus en 2012 : Regard, parole, espace (paru initialement en 1973) ; Le leg des choses dans l’œuvre de Francis Ponge (1974) ; Maîtres de la langue et demeures de la pensée (1975) ; L’Art, l’éclair de l’Etre (1993). D’autres titres paraîtront en 2013.

Jean-Louis Chrétien, qui a fait une importante, admirative et belle introduction à ces publications, nous présente cette œuvre singulière et à découvrir absolument.

Damien Le Guay

I – Qui est Henri Maldiney ? Henri Maldiney est né à Meursault en 1912, a été élevé en Franche-Comté. C’est à travers son enseignement à l’Institut des Hautes Etudes de Gand puis à l’Université de Lyon qu’il a marqué des générations d’étudiants en psychologie (puis anthropologie phénoménologique), esthétique et philosophie. Lycéen à Besançon puis à Lyon – c’est là qu’il fut l’élève de Pierre Lachièze-Rey – normalien, agrégé de philosophie, Henri Maldiney a connu en outre l’expérience de l’Oflag Il a rencontré de nombreuses personnalités : Jacques Schotte (que l’on peut considérer comme le plus ancien de ses anciens élèves), Ludwig Binswanger ( le « père » de la Daseinsanalyse) et Roland Kuhn (qui fut à l’origine de la découverte des effets antidépresseurs de l’Imipramine). Henri Maldiney prendra fermement position contre les thèses de Lacan. Il rencontre aussi Gisela Pankow et Leopold Szondi (fondateur de l’analyse du destin) IL fut aussi, et sans doute surtout, ami de peintres et de poètes. Pour les peintres nommons : Duvillier, Bazaine et peut-être surtout Tal Coat – sans oublier François Aubrun. C’est cette proximité avec les peintres qui lui permet, après la seconde guerre mondiale, de parler non pas de peinture mais, selon l’expression de Jean Bazaine, « parler peinture »… ajoutant parfois : « comme un peintre peut en parler ».

Pour les poètes, il fut l’ami, de longue date, de Francis Ponge - au travail duquel deux de ses ouvrages sont consacrés. Mais aussi d’André du Bouchet – de nombreux textes de l’un et de l’autre témoignent de leur dialogue.
Dans l’un de ses derniers ouvrages, François Cheng, pour sa part, parle de son « maître et ami Henri Maldiney » ; ils ont eu plus d’une fois l’occasion de vérifier leurs convergences de vues tant sur la peinture que sur la poésie chinoises. C’est finalement au plan philosophique que Henri Maldiney peut paraître le plus seul. On peut facilement dire de lui qu’il est phénoménologue. Il fut proche de Paul Ricoeur mais sans grande proximité intellectuelle.
Pensée en marche, pensée en marge, la pensée de Maldiney est aujourd’hui reprise, traduite par de nouvelles générations de chercheurs – tant à l’étranger qu’en France

II / Bibliographie d’Henri Maldiney

Articles, préface avant 1973

  • 1945- La Dernière Porte in : Cahiers publiés par des prisonniers et déportés. Paris, Boivin
  • 1947- L’Homme Nietzschéen in : Les Grands Appels de l’Homme Contemporaine. Paris, édition du Temps Présent
  • 1949- Introduction à Tal-Coat in : Les Temps Modernes, no 50
  • 1949- Jean Bazaine- La mort des prétendants in : Derrière le Miroir, no 23
  • 1950- Georges Braque in : Derrière le Miroir, no 25-26
  • 1953- Le faux dilemme de la peinture : Abstraction ou Réalité in : Revue de l’Université de Bruxelles, no 5
  • 1953- Joan Miró in : Le Disque Vert, juillet-aout
  • 1954- Tal-Coat in : Derrière le Miroir, no 64
  • 1956- Tal-Coat in : XXe siècle, no 7
  • 1956- Bazaine in : Prisme des Arts, no 7
  • 1958-1959- Pierre Lachièze-Rey, in Memoriam in : Kant-Studien, vol. 50
  • 1959- Tal-Coat 1959 in : Derrière le Miroir, no 114
  • 1961- Comprendre in : Revue de Métaphysique et de Morale, no 1-2
  • 1963- Les dévoilement des concepts Fondamentaux de la Psychologie à travers la Daseinsanalyse de Ludwig Binswanger in : Archives suisse de Neurologie, neurochirurgie et de Psychiatrie, vol. 92
  • 1964- La Fondation Maeght à Saint-Paul-de Vence in : Derrière le Miroir, no 148
  • 1965- Tal-Coat 1965 in : Derrière le Miroir, no 153
  • 1966- Die Entdeckung der ästhetischen Dimension in der Phänomenologie von Erwin Straus in : Erwin Straus : Conditio Humana, Springer, Berlin-New York
  • 1968- L’Esthétique des Rythmes in : Les Rythmes, Lyon
  • 1970- François Aubrun, peintures récentes, Éditions de Beaune, Paris
  • 1971- En collaboration avec Roland Kuhn, Préface à : Ludwig Binswanger, Introduction à l’analyse Existentielle, Paris, éd. de Minuit

Livres :

  • 1973- Regard Parole Espace, L’Âge d’homme, Lausanne
  • 1974- Le legs des choses dans l’œuvre de Francis Ponge, L’Âge d’homme, Lausanne
  • 1975- Aitres de la langue et demeures de la pensée, L’Âge d’homme, Lausanne
  • 1976- Psychose et Présence, Revue de Métaphysique et Morale, no 4
  • 1976- Pulsion et présence, in Psychanalyse à l’Université, tome 2, no 5
  • 1985- Art et existence, Klincksieck, Paris
  • 1987- Une phénomenologie à l’impossible : la poésie, in Études phénomenologiques, Louvain
  • 1988- In media vita, Comp’Act, Seyssel
  • 1988- Chair et verbe dans la philosophie de Merleau-Ponty, in Merleau-Ponty, le psychique et le corporel, Aubier, Paris
  • 1989- L’existence en question dans la dépression et dans la mélancolie, in L’Évolution psychiatrique, 54
  • 1990- Crise et temporalité dans l’existence et la psychose, in Empreintes et figures du temps, éd. Erés, Toulouse
  • 1990- La dimension du contact au regard du vivant et de l’existant, in Le contact, ed. J. Schotte, Bruxelles
  • 1991- Vers quelle phénoménologie de l’art ?, in La part de l’œil, no 7
  • 1991- Penser l’homme et la folie, Millon, Grenoble
  • 1993- L’Art, l’éclair de l’être, Comp’ act, Seyssel
  • 1993- Le Vouloir-dire de Francis Ponge, Encre marine, Fougères-La Versanne
  • 1995- Aux déserts que l’histoire accable : l’art de Tal-Coat, Deyrolle, Cognac
  • 1997- Avènement de l’œuvre, Théétète éditions, Saint Maximin
  • 2000- Ouvrir le rien l’art nu, Encre marine, Fougères, 42200, La Versanne
  • 2001- Existence : crise et création, Encre marine, Fougères, 42200, La Versanne





Jean-Louis Chrétien, lauréat 2012 de l’Académie française :

Voici l’extrait du discours prononcé par Jean-Louis Dabadie sous la Coupole lors de la séance du 6 décembre 2012 : "La réflexion de Jean-Louis Chrétien porte sur la parole, la parole en ses multiples aspects (y compris la poésie qu’il a pratiquée), comme propre de l’homme.

Son ouvrage Conscience et roman étudie l’une des principales caractéristiques de la littérature contemporaine : le fait que le romancier « lit » et traduit littéralement ce qui traverse la conscience humaine – des secrets jusque là censés n’être connus que de Dieu seul. Ce sont, après la transparence de la subjectivité chez Stendhal et Balzac, les monologues intérieurs de Hugo (Tempête sous un crâne), le stream of consciousness chez Virginia Woolf, et jusqu’à Faulkner et jusqu’à Beckett. Dans le deuxième tome, La Conscience à mi-voix, Jean-Louis Chrétien s’attache au « style indirect libre », de Flaubert à Henry James. La parole s’avère impuissante à contenir tout ce qui habite la conscience, mais par là l’ouvre à une transcendance. Alors, pour notre confrère Mgr Claude Dagens, en voulant, par le verbe et l’omniscience, se substituer à Dieu, paradoxalement l’homme devient capable de le retrouver".

- Ecoutez la première émission réalisée avec Jean-Louis Chrétien : Que dévoile le roman moderne au sujet de la conscience selon Jean-Louis Chrétien

- La deuxième : Madame Bovary, un roman qui opère une « révolution dans les lettres » …

- Ecoutez aussi : Jean-Louis Chrétien : Grandeur de la parole






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