Aux origines de la photographie, Nicéphore Niépce

par Jean-Louis Marignier, chargé de recherche au CNRS
Avec Marianne Durand-Lacaze
journaliste

Pour tout connaître de Nicéphore Niépce, l’inventeur de la photographie, écoutez la communication de Jean-Louis Marignier du CNRS, invité par Lucien Clergue le 25 juin 2008, lors d’une séance de l’Académie des beaux-arts. Découvrez l’histoire de la première photographie passée aux rayons X. Jean-Louis Marignier, physico-chimiste, a retrouvé tout le procédé technique et chimique des photographies de Niépce, dont la pratique s’était perdue depuis 1827.

Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : es336
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Portait de Nicéphore Niépce



Joseph Nicéphore Niépce a présenté en 1839, à l'Institut de France, devant les Académies des sciences et des beaux-arts réunies, le résultat de ses travaux de recherche, commencés dix ans plus tôt. «La découverte que j'ai faite et que je désigne sous le nom d'Héliographie consiste à reproduire spontanément, par l'action de la lumière avec les dégradations de teintes du noir au blanc, les images reçues dans la chambre obscure», ainsi s'exprimait l'inventeur de la photographie.

L’académicien Lucien Clergue et Jean-Louis Marignier, Académie des beaux-arts, 25 juin 2008
© Canal Académie



Jean-Louis Marignier raconte la démarche de Niépce en se fondant sur sa correspondance avec son frère, lui aussi inventeur. En 1816, Nicéphore Niépce chercha à fixer l'image qu'il avait obtenue dans une chambre obscure, connue depuis les Grecs. Il avait étendu du chlorure d'argent, une poudre blanche qui noircit à la lumière en quelques minutes. Après plusieurs essais, il obtint une vue prise depuis l'une des fenêtres de sa demeure aux alentours de Chalon-sur-Saône, en 1h30 d'exposition. Mais l'image obtenue s'effaçait. Pour conserver les images, il eut l'idée de les graver sur un support, en faisant des expériences avec des acides sensibles à la lumière sur une plaque de cuivre. À force d'expériences, il utilisa une résine facilement dissoluble dans de l'alcool qui lui permit de fixer l'image. Ainsi réussit-il à fixer des images d'après nature ou des dessins qu'il appelait des « épreuves sur rétines sur pierres lithographiques ». Le vocabulaire lié à la photographie n'était pas encore né et restait proche de celui emprunté à la gravure.

Photographie de Nicéphore Niépce de 1827, vue prise de la fenêtre de sa maison à Saint-Loup de Varennes



En 1827, il présenta à la Royal Society de Londres ce qu'on a baptisé depuis, la première photographie au monde. Cette photographie historique fut prise d'une des fenêtres de sa demeure à Saint-Loup-de-Varennes, aux alentours de Chalon-sur-Saône. On y voit un arbre, un pigeonnier et une cour. Par reconstitution assistée par ordinateur, explorations et expériences, Jean-Louis Marignier a retrouvé l'emplacement exact de la fenêtre d'où a été prise cette photographie de 1827, aujourd'hui conservée à Austin au Texas.

Maison de Nicéphore Niépce





Dans cette communication, il expose aussi le procédé du physotopyque, second procédé photographique de l'histoire, mis au point par Niépce et Daguerre en 1832, fruit de leur collaboration au sein de la société qu'ils avaient fondée. Nicéphore Niépce mourut subitement l'année suivante sans avoir été reconnu pour ses inventions. Le nom de Louis-Jacques Mendé Daguerre éclipsa un temps celui de Niépce en raison du diorama qui lui avait valu un franc succès public dans son théâtre et également, l'admiration de Niépce. Daguerre poursuivit ses travaux après la disparition de Niépce et inventa le fameux daguerrotype.

L'intérêt des travaux de Jean-Louis Marignier est d'avoir réalisé aujourd'hui des photographies avec le matériel de l'époque de Niépce et de déterminer qu'elle fut la démarche scientifique de l'inventeur de la photographie.




Pour en savoir plus

Nicéphore Niépce (1765-1833)

- Tout sur le site de la maison de Niépce avec vidéo, http://www.niepce.com/
- Musée Niépce à Châlon-sur-Saône
- Harry Ramson Humanities research center où se trouve la plaque de la première photographie du monde, celle de Niépce, datant de 1827.


- Sur Jean-Louis Marignier

Jean-Louis Marignier, Académie des beaux-arts, 25 juin 2008
© Canal Académie


Né en 1953, Jean-Louis Marignier est chercheur au CNRS dans le Laboratoire de Chimie Physique à l'Université Orsay Paris-Sud.
Diplômé de cette université, physico-chimiste, il est spécialiste en chimie sous rayonnements et en particulier des phénomènes chimiques ultra-rapides qui se déroulent à l'échelle du millième de milliardième de seconde. Il dirige l'accélérateur d'électrons ELYSE, unique en Europe.
Ses travaux concernent, entre autres, la synthèse induite par rayonnements d'agrégats métalliques de quelques atomes ainsi que la mise en évidence de leurs propriétés singulières. Ces petites particules de métal sont la base aussi bien de catalyseurs en chimie que de l'image latente en photographie. C'est en effet par ce biais que J.L. Marignier en est venu à concilier sa passion pour la photographie et son métier de chercheur.
À partir de 1987, l'équipe à laquelle il appartient engage des recherches sur les mécanismes chimiques du développement photographique encore incompris à l'époque, et en donne la première interprétation cohérente en 1989.
C'est alors que J.L. Marignier s'intéresse à l'histoire des procédés photographiques. Il en vient à entreprendre la reconstitution du procédé de l'invention de la photographie par Niépce, procédé dont la pratique était perdue. Il devient ainsi spécialiste des procédés photographiques de Niépce qu'il a reproduits intégralement entre 1989 et 1992.
Jean-Louis Marignier est conseiller scientifique du Musée créé depuis
2003, dans la Maison de Niépce près de Chalon-sur-Saône.
Il est lauréat de l'Académie des Sciences (Grand Prix Kodak 1991) et a reçu la Médaille de Salverte de la Société Française de Photographie (1991).

Bibliographie :
- Jean-Louis Marignier, L'invention de la photographie, Éditions Belin en 1999, épuisé
- Jean-Louis Marignier, Manuel Bonnet, Correspondance et papiers de Nicéphore Niépce, Éditions Maison Niépce, 2003.





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