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Matisse, Cézanne, Picasso... L’aventure des Stein au Grand Palais à Paris

Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts,
Jacques-Louis Binet a choisi, pour sa chronique sur les expositions, de parler de « Matisse, Cézanne, Picasso…L’aventure des Stein » ouverte, au Grand Palais, jusqu’au 16 janvier 2012. Il souligne l’originalité de la famille Stein qui s’installe à Paris au tout début du XX e siècle, et son rôle dans le développement de l’œuvre de Matisse et de Picasso. Belle occasion pour notre chroniqueur de retracer toute une période de l’histoire de l’art, entre 1905 et 1910.


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Référence : CHR739
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Date de mise en ligne : 13 novembre 2011

La famille Stein

Cette famille de l’ouest des Etats-Unis, enrichie par la construction du Tramway de San-Francisco, était composée de trois enfants, Michael, qui reprendra les affaires familiales, et épousera Sarah ; Léo, formé à l’université de Harvard, brillant causeur, qui souhaite devenir peintre et Gertrude, qui veut écrire.

<i>Gertrude Stein</i> (1906) de Pablo Picasso,  Huile sur toile, 10 x 81.3 cm
Gertrude Stein (1906) de Pablo Picasso, Huile sur toile, 10 x 81.3 cm
Metropolitan Museum of Art, New York, USA © Succession Picasso 2011

Léo, le premier, s’installe à Paris, 27 rue de Fleurus, en 1902, après avoir trouvé deux parrains prestigieux, Alfred Barr, qui deviendra le premier conservateur du Musée d’art moderne de New-York et Bernard Berenson qui réécrira à Florence l’histoire de la peinture italienne. Très vite Léo s’initie aux œuvres de Manet, Cézanne, Renoir, Degas, dont il acquiert quelques tableaux ou dessins, pour découvrir, sans le connaître, Matisse au salon d’automne 1905, y acheter, sans la comprendre La Femme au chapeau, puis Le Bonheur de vivre en 1906, et en 1907 Le Nu bleu : souvenir de Biskra. Introduit par Pierre-Henri Rocher dans l’atelier de Picasso, qui le fascine, il choisit, avec Gertrude, Meneur de Cheval nu, deux tableaux de la période bleue, deux de la période rose, dont un superbe nu. Il ne suivra plus Picasso après Les Demoiselles d’Avignon.

<i>Les baigneurs</i> (vers 1892) de Paul Cézanne, Huile sur toile, 22 x 33 cm
Les baigneurs (vers 1892) de Paul Cézanne, Huile sur toile, 22 x 33 cm
Lyon, Musée des Beaux Arts, dépôt du musée d’Orsay © service presse Rmn-Grand Palais (Musée d’Orsay) / René-Gabriel Ojéda

La plus jeune, Gertrude, rejoint la rue de Fleurus en 1903, pour y écrire et y installe sa compagne, Alice Toklas en 1908. Elle suit Léo dans les ateliers, pour bientôt participer à ses achats. Après avoir encouragé son frère à prendre, sans la comprendre, la Femme au chapeau, elle s’attache surtout à Picasso, lui commande son portrait, qui demandera plus de quatre-vingt séances en 1906, achète des dessins de la période des Demoiselles d’Avignon, puis elle s’intéressera à Balthus, Picabia, Juan Gris, Masson, Bérard, Tal-Coat et Atlan. Après la guerre de 1914, elle recevra souvent Hemingway, Scott Fitzgerald. Elle ne quittera pas la France en 1940 et y mourra en 1946.
L’aîné de la famille, Michael, arrive, avec Sarah seulement en 1904. Ils s’installent d’abord rue de Fleurus, puis 58 rue Madame, et s’attachent à Matisse, surtout pendant les années 1907-1910, lui font créer une Académie, lui demandent de faire leur portrait, ainsi que celui d’un de leur fils en 1916. Ils ont conservé plusieurs toiles fauves, un Auto- portrait de 1906, (« trop intime, disait Sarah, pour être montré en public »), Le Nu bleu, Le Luxe et plusieurs sculptures.
Tous les quatre montrent volontiers leurs achats, le samedi après-midi, chez Michael et Sarah, à 21 heures chez Gertrude et Léo. En 1928, Michael et Sarah feront construire par Le Corbusier une maison à Vaucresson et lui demanderont d’y mettre en valeur leurs sculptures, mais ils quitteront la France en 1935.

Ainsi avec des goûts, des orientations, des vies très différentes les quatre membres de cette famille ont joué un grand rôle dans l’essor de Matisse et Picasso entre 1905 et 1910.

L’oeuvre

<i>Femme au chapeau</i> (1905) d’Henri Matisse, Huile sur toile, 80.65 x 59.69 cm
Femme au chapeau (1905) d’Henri Matisse, Huile sur toile, 80.65 x 59.69 cm
San Francisco Museum of Modern Art, don d’Elise S. Haas, San Francisco, USA © Succession H. Matisse. Photo : Moma, San Francisco, 2011

Parmi ce qui est montré au Grand Palais, six tableaux exposés appartiennent à l’histoire de l’art. La femme au chapeau, présentée au Salon d’Automne de 1905, résume toute la période fauve de Matisse et traduit jusqu’où il pu aller pour libérer la couleur, oublier le dessin, le remplacer par la tache et la tache avec le poids de la touche du pinceau, sans s’enfermer dans le divisionnisme, auquel Signac l’avait initié, l’été précédent à Saint-Tropez. « C’était le première fois que j’étais content d’exposer car, mes choses ne sont peut-être pas très importantes, mais elles ont le mérite d’exprimer de façon très pure mes sentiments. »
Dans l’esquisse du Bonheur de vivre, de l’année suivante, Matisse réagit à ses emportements colorés, et sur ce petit tableau s’inscrivent en filigrane le mouvement de La Danse, la position des futurs nus. Picasso lui opposera Les Demoiselles d’Avignon, mais Matisse, par le dessin, la gravure réapprend à « écrire » et toute sa vie il cherchera à associer ces deux incompatibles, que sont le dessin et la couleur. Toute sa vie il cherchera aussi à « faire deux choses en même temps », par exemple associer, conjuguer peinture et sculpture : c’est le cas du Nu Bleu ; Souvenir de Biskra de 1907, ou le moulage abîmé est remplacé par un tableau pour être repris dans un bronze, qui traduira, peut-être mieux que l’accord du bleu et du blanc, la torsion charnelle du bassin et le mouvement des épaules.
Puis viennent Le Luxe de 1907, dont l’inspiration laisse prévoir les chefs d’œuvre de 1909,en 1916, les Portraits de Michael Stein, presque dur, conventionnel, et de Sarah transformée par sa spiritualité.
Avec Picasso, deux œuvres majeures : le Portrait de Gertrude, dont la position serait inspirée par un portrait de Cézanne, (mais Gertrude beaucoup plus penchée en avant, plus tassée, s’y montre plus active) et le visage, traduit paradoxalement, à la fois la rigueur d’un masque et l’éclat d’une intelligente fermeté. Nous étions en 1906, et un Autoportrait de Picasso de la même année, tout en courbes, l’œil gauche, presque fermé, en fait l’interlocuteur attentif de Gertrude.

<i>Autoportrait</i> (1906) de Pablo Picasso, Huile sur toile, 26.67 x 19.69 cm
Autoportrait (1906) de Pablo Picasso, Huile sur toile, 26.67 x 19.69 cm
Metropolitan Museum of Art, New York, USA © Succession Picasso 2011

En 1907, tout a changé : une série d’études pour leNu à la draperie et le tableau du Nu à la serviette apparaissent comme le négatif, l’arrière-plan de Les Demoiselles d’Avignon. Un autre Autoportrait de cette période, tout en droites et obliques traduisent la même violente opposition.

<i>Tournesols sur un fauteuil</i> (1901) de Paul Gauguin, Huile sur toile, 66 x 75,5 cm
Tournesols sur un fauteuil (1901) de Paul Gauguin, Huile sur toile, 66 x 75,5 cm
Fondation E. G. Bührle Collection, Zurich, Suisse © Fondation Collection E.G. Bührle, Zurich (ISEA, J.-P. Kuhn) Pablo Picasso Les pierreuses,
<i>Nu à la serviette</i> (1907) de Pablo Picasso, Huile sur toile, 118x89 cm
Nu à la serviette (1907) de Pablo Picasso, Huile sur toile, 118x89 cm
Collection particulière © Succession Picasso 2011

Jacques-Louis BINET

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