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Le dentifrice, contre les arracheurs de dents et "les docteurs ès-crocs"
Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost
Plus qu’un éloge des dents blanches, le lexicologue Jean Pruvost étudie l’histoire de la chirurgie-dentaire à travers l’étymologie et les définitions des premiers dictionnaires, notamment celui de l’Académie française. Savez-vous que Furetière explique le mot "dentifrice" dès 1690 et que Flaubert curieusement consacre deux articles au mot "dent" ? Voici une chronique savante et plaisante qui, en nous informant mieux, réhabilitera sûrement l’image de nos si utiles dentistes...
Le dentifrice a précédé le dentiste dans nos dictionnaires, comme on l’a déjà signalé. Pas l’ombre d’un dentiste en effet dans les dictionnaires du siècle de Louis XIV. Seul règne en maître l’effrayant arracheur de dents face à son ennemi, le dentifrice, pâte blanchissante aujourd’hui propre à réduire la visite chez le dentiste, qui semble-t-il, fait encore défaut au XVIIe siècle.
Mais avant de s’intéresser au praticien, quelques mots s’imposent sur l’excipient utilisé davantage par les courtisans que par le peuple des champs, harassé de travail et à « l’hygiène dentaire », comme l’on dit aujourd’hui, pour le moins négligée.
Quelle est la première définition offerte dans un dictionnaire pour le mot « dentifrice » ? On la doit à Furetière, en 1690 : « Terme de Médecine, qui se dit des remèdes avec lesquels on se frotte les dents ». Bonne définition, qui n’a rien perdu de sa force, même si on relève le progrès accompli en lisant la définition de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie : « Préparation propre à nettoyer et à blanchir les dents » suivie de judicieux exemples : « Un tube de dentifrice. Adjt. Eau, pâte, poudre dentifrice. »
Profitons-en d’ailleurs pour rappeler l’origine étymologique du mot, systématiquement offerte dans la dernière édition du Dictionnaire de l’Académie française, avec les précisions suivantes : le mot « dentifrice » date donc du « XVe siècle, comme substantif » ; du « XIXe siècle, comme adjectif », et il est « emprunté du latin dentifricum, de même sens composé de dens, dentis, "dent" et fricare, "frotter". »
Revenons au XVIIe siècle en nous intéressant à Furetière qui, dans son dictionnaire de 1690, par volonté encyclopédique, n’hésite pas à donner la nature différenciée des dentifrices du XVIIe siècle : « Il y en a de secs, dont quelques-uns sont en façon d’opiate [médicament constitué de poudres] ou de poudres sèches grossement pulvérisées ». «(...)
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