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René-Primevère Lesson, pionnier de l’exploration de la nature et...correspondant de l’Académie des sciences

Un portrait par Françoise Thibaut, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques
René Lesson est né à Rochefort le 1er germinal An II (20 mars 1794), jour du Printemps. L’officier d’état civil ajouta Primevère à René, lui donnant peut-être sans le savoir, son destin de botaniste... et de correspondant de l’Académie des sciences ! Le bilan de l’expédition "La Coquille" de Duperrey et Lesson est extraordinairement riche. Dans l’approche moderne de l’exploration de la nature, Lesson fut un pionnier que Françoise Thibaut nous fait redécouvrir.


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Référence : HIST718
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Date de mise en ligne : 6 février 2011

Issu d’une famille modeste, René Lesson entra à 14 ans à l’Ecole de santé de la Marine de Rochefort, la plus ancienne de France, créée en 1722 par Jean Cochon-Dupuy.

On ne célèbrera jamais assez les compétences et les mérites des médecins de la Marine, véritables puits de savoirs, le plus souvent acquis dans l’action, dans le monde entier et lors des longues traversées : médecins, chirurgiens certes, mais aussi pharmaciens, botanistes, climatologues, chimistes, physiciens, taxidermistes, zoologues, nutritionnistes ethnographes, géologues, hommes orchestres de toutes les situations, même les plus invraisemblables. René Lesson fut l’un d’eux, faisant avancer la connaissance dans de nombreux domaines.

L’entrée à l’Ecole de Rochefort en 1809 n’était pas bien difficile : les épreuves étaient : lecture, orthographe et pratique de la saignée. Par chance, il y rencontra le pharmacien en chef Bobe-Moreau, qui le prit sous son aile, l’initiant à la chimie et à la botanique. La fin de l’Empire fut sanglante dans les armées : blessés et malades affluaient du front devenu proche : 10 postes de chirurgiens de 3ème classe furent créés à la hâte à Rochefort. Lesson fut l’un d’eux : il avait 17 ans.

René-Primevère Lesson, botaniste hors-pair de la nature tropicale
René-Primevère Lesson, botaniste hors-pair de la nature tropicale

Affecté peu après sur la frégate Saale, puis sur le vaisseau Régulus incendié par les Anglais, Lesson se distingue par son efficacité et son dévouement. Mais la paix et la Restauration le laissent sans affectation, et par suite, sans emploi. Sans diplôme non plus, puisqu’il n’a pas fini ses études ; il fait brièvement du bénévolat dans les hôpitaux mais son savoir en botanique lui permet d’obtenir un poste d’aide-jardinier au jardin botanique de Rochefort alors à l’abandon. Parallèlement il reprend des études de médecine et se présente au concours des pharmaciens de la Marine où il est reçu 1er en mai 1816.

Il se marie en 1817 mais se retrouve veuf à peine deux ans plus tard, en 1819. Afin d’oublier ce drame, il se plonge dans la recherche, contribuant à l’exploitation scientifique de toute plante ou animal venu des zones tropicales : il publie un manuel de taxidermie et de naturalisation des spécimens qui fait autorité pendant des années chez les collecteurs.

En 1820, remarqué et protégé par Keraudren, inspecteur général de Santé de la Marine, il est nommé pharmacien de 2ème classe et conservateur du Cabinet d’Histoire naturelle de Rochefort, publie des Annales d’agronomie tropicale, des travaux sur le caféier et le palmier-dattier. En 1822, définitivement titulaire dans le corps de Santé de la Marine, il embarque, sous les ordres de Duperrey sur la corvette La Coquille.

Les Bourbon restaurés reprennent en effet l’exploration du monde et la tradition des expéditions maritimes interrompue - si l’on excepte le tumultueux périple de Nicolas Baudin en 1800/1804 - par la Révolution et l’Empire . Après le voyage de Freycinet sur la corvette Uranie dès 1817, avant celui de Hyacinthe de Bougainville dans le sud-est asiatique, voici le tour de Duperrey et de René Lesson, désigné chirurgien en second, et muni d’instructions de Cuvier sur les buts botaniques, entomologiques et zoologiques de l’expédition.

La Coquille appareille de Toulon le 11 Aout 1822 : elle réunit, outre Duperrey, riche de l’expédition précédente, 2 jeunes lieutenants de vaisseau : Jules Dumont d’Urville qui s’illustrera dans les mers australes et Bérard qui commandera la station française de Nouvelle Zélande , ainsi que Poret de Blosseville qui ira au Groënland et le dessinateur Lejeune.

La Coquille passe par Ténériffe, traverse l’Atlantique sud jusqu’aux Malouines où elle reste 1 mois, passe le Horn sans encombre en novembre pour arriver au Chili le 20 janvier 1823, et repart de Callao plus au nord, le 22 mars, traverse le Pacifique jusqu’à Tahiti atteinte le 22 mai. Puis elle fait voile vers la Nouvelle Guinée, contourne l’Australie par l’ouest pour arriver à Port Jackson en janvier 1824 et en Nouvelle Zélande en juin ; diverses îles inconnues, comme les Gilbert et les Carolines, sont alors cartographiées et plus ou moins explorées. En juillet, le retour est décidé, par Surabaya, l’ile Maurice et la Réunion en novembre 1824, une brève étape à Sainte Hélène en janvier 1825 et retour à Marseille le 24 mars 1825.

- Le bilan de ces 521 jours d’expédition est extraordinairement positif : 351 jours d’escales, fréquentes et bien réparties, une navigation exemplaire sous le commandement éclairé de Duperrey, sept franchissements de l’Equateur : Il s’agit surtout de la première expédition « moderne », avec des moyens nouveaux : d’abord elle revient au complet : aucun décès ni par maladie, scorbut ou dysenterie, ni par accident ou violence, ni par désastre de navigation. Les approvisionnements en eau et en produits frais ont été constants, et surtout l’équipage de La Coquille expérimente pour la 1ère fois les emballages métalliques et les conserves en boites réalisées selon la méthode de Nicolas Appert.

Lesson a tenu un registre minutieux de tous les épisodes alimentaires et des maladies survenues tant à bord qu’à terre ; il a également relevé les maladies affectant le plus fréquemment les indigènes, atteints surtout de lèpre, choléra, maladies vénériennes, tuberculose et de malformations. Sous sa direction, une extraordinaire collection minéralogique, botanique (menée par Dumont d’Urville) et zoologique voit le jour : c’est une moisson énorme : Plus de 3000 espèces de plantes dont 400 tout à fait inconnues, 330 échantillons de roches, 254 espèces d’oiseaux, 150 mollusques ou crustacés inconnus, 63 reptiles dont 13 inconnus, plus de 300 poissons. Presque tout en bon état . Le retour est triomphal : du 18 au 22 juillet 1825 le Muséum d’Histoire naturelle organise une exposition ; Cuvier prononce un éloge chaleureux, accompagné de force toasts et remises de décorations.

René-Primevère Lesson est élu membre correspondant de l’Institut et promu chevalier de la Légion d’Honneur en novembre ; les savants baptisent plusieurs espèces « lessonia » afin de l’honorer. Travailleur infatigable, René Lesson continue une œuvre dense et diversifiée dans les domaines de la botanique où il excelle et de la zoologie ; il est également élu correspondant de l’Académie de Médecine le 28 août 1828. En 1831 il publie un énorme traité d’ornithologie méthodique répertoriant des milliers d’oiseaux, agrémenté de 660 illustrations et 420 planches, qui fera autorité pendant des décennies ; En 1832, il est promu pharmacien en chef de la Marine, et le 13 mai 1883, il est également élu correspondant à l’Académie des Sciences (section Anatomie et Zoologie).

René Lesson meurt en 1849, couvert d’honneurs, après avoir produit une œuvre considérable, pionnière dans l’approche moderne de l’exploration de la nature ; il est très représentatif de ce Corps de Santé de la Marine qui contribua beaucoup au développement du savoir scientifique de notre temps.

En savoir plus :

Né, formé, ayant débuté à Rochefort, qu’il ne quitta jamais complètement, cette ville qui fut un des « lieux d’acclimatation » de ce que les marins rapportaient des zones tropicales, a conservé le souvenir de René Lesson ; la bibliothèque de la Corderie Royale est assez riche en témoignages sur ses travaux ; le Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle également.






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