Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Michel Pastoureau : Les couleurs de nos souvenirs

L’historien Michel Pastoureau, correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, évoque les couleurs de sa génération, des années 50 à nos jours
Le livre de l’historien Michel Pastoureau, Les couleurs de nos souvenirs, propose une surprenante invitation à ses lecteurs : la découverte d’un journal chromatique, au fil des ans et des modes, de 1950 à 2010, où s’entremêlent souvenirs personnels, propos, notes et réflexions sur un sujet dont il a été en France le pionnier, celui de l’histoire des couleurs.


Télécharger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher
Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : PAG878
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag878.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida6461-Michel-Pastoureau-Les-couleurs-de-nos-souvenirs.html
Date de mise en ligne : 13 février 2011

Comment la couleur s’inscrit-elle dans le champ de notre mémoire ? Le livre de l’historien Michel Pastoureau, Les couleurs de nos souvenirs, publié au Seuil en septembre 2010, a reçu le Prix Médicis de l’essai 2010.

Pour cette visite de l’histoire récente des couleurs en France et en Europe depuis les années 80, Michel Pastoureau qui aime parcourir l’histoire de manière globale et symbolique s’autorise ici un peu d’égo-histoire. Objets, vêtements, lieux sont plongés dans un bain de couleurs mémorielles, teinté d’une auto-analyse amusée et amusante. Les couleurs des objets que nous avons connus sont passées au crible du regard de l’historien : le beige Mitterrand, le blazer bleu marine, l’orangé des années soixante-dix...

Cette dernière démarche originale lui permet de revisiter 60 années de souvenirs personnels, ceux de sa génération d’où le titre La couleur de nos souvenirs , extrait d’une phrase de son poète préféré Gérard de Nerval s’adressant à son ami peintre Paul Chenavard en 1848 : « Avant que ne s’évanouissent dans l’éternité du silence les couleurs de nos souvenirs ».

Michel Pastoureau a été attiré jeune enfant par les couleurs. Trois de ses grands oncles étaient peintres et ses parents pratiquaient « l’amour de la peinture » fréquentant les milieux d’artistes et leurs ateliers. Le terrain de jeux de la pharmacie de sa mère avec ses codes de couleurs n’a pas du manquer d’aiguiser son goût des couleurs.

Pour lui, la couleur notion culturelle par excellence, n’a pas besoin d’être matérialisée pour exister. La définir est bien difficile et ses définitions restent variables selon les époques et les continents. Il nous apprend que le noir, le gris, le beige, le marron, le brun, le blanc et le bleu semblent dominer dans les garde-robes occidentales, alors que des couleurs vives semblent l’emporter en Inde ou en Amérique latine. Dans ce dernier ouvrage paru, Michel Pastoureau s’est éloigné volontairement du livre savant pour se pencher sur les couleurs de nos souvenirs, un pluriel pour désigner ceux de sa génération.

Les permanences sont plus constantes que les changements dans l’évolution de la manière dont nos sociétés européennes appréhendent les couleurs. Le jaune est assez délaissé dans nos sociétés occidentales où les codes sociaux de la couleur ont subi très tôt, dès le Moyen Âge, une certaine moralisation, explique-t-il. De façon générale, les couleurs ternes sont préférées et se distinguer par la couleur ou le vêtement a été longtemps malvenu. Les couleurs vives restent un peu plus dans l’ombre qu’il n’y paraît en Occident, ce qui n’empêche pas quelques changements. A la fin des années cinquante, les affiches publicitaires sont de plus en plus colorées. Les couleurs dans leur dominante, évoluent aussi. Les rouges étaient, lui semble-t-il, plus vermillon dans sa jeunesse, à la fin des années soixante. Aujourd’hui, les rouges tirent vers les rouges violacés. Le sens attribué aux couleurs évolue également et peut même s’inverser totalement. Le bleu que nous considérons comme une couleur froide était au Moyen Âge une couleur chaude.

Michel Pastoureau, 18 janvier 2011, Canal Académie
Michel Pastoureau, 18 janvier 2011, Canal Académie
© Canal Académie

Dans cet ouvrage, la démarche de l’historien est particulièrement originale. Travailler sur le souvenir en historien, n’est pas commun : « L’historien sait bien que le passé n’est pas seulement ce qui a été, c’est aussi ce que la mémoire en fait » (page 11). Les lectures de Georges Perec, de Pierre Bourdieu, lui ont donné envie de se lancer dans cette aventure introspective en historien, lui qui a beaucoup travaillé sur le vêtement, les teintures, les rayures (L’étoffe du Diable, Une histoire de rayures et de tissus rayés(1991), Jésus chez le teinturier(1998)). Si vous voulez tout connaître des raisons et de l’interprétation du Petit Chaperon rouge, de la couleur rose qui a envahi l’univers actuel des petites filles, lisez cette histoire commune à beaucoup d’entre nous. Le brun, le violet et le rose sont pourtant les couleurs les moins aimées en Occident à l’époque contemporaine. Les orangés, les verts pomme, les couleurs emblématiques des années soixante-dix ont duré quelques années. Michel Pastoureau va au-delà de la périodisation, habituel travail de l’historien, il nous livre ici les différences qu’il a observées entre l’observation, et le souvenir d’une couleur qu’il a gardée et rappelle combien la couleur est indéfinissable. A la fin de l’émission, Michel Pastoureau revient sur la couleur verte si familière à l’Institut, couleur favorite de l’empereur Napoléon qui l’avait choisie pour l’habit des « immortels », une couleur du destin et pas seulement la couleur de la nature, longtemps désignée par les quatre éléments, du végétal ou de la médecine.

Né en 1947, Michel Pastoureau a soutenu son doctorat en 1972 et fut dix ans plus tard élu directeur d’études à l’EPHE, (Ecole pratique des hautes études). Il a pendant 28 ans, partagé en égale moitié son enseignement et ses recherches entre l’histoire des couleurs et l’histoire des animaux.
Ses trois domaines régulièrement explorés sont l’héraldique, l’étude des couleurs et les bestiaires.

Pour en savoir plus

- Consultez l’ensemble de nos émissions avec Michel Pastoureau
- Michel Pastoureau, est membre correspondant au sein de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, depuis 2006.
Parmi ses livres

- Les couleurs de nos souvenirs - PRIX MEDICIS ESSAI 2010

- Cochon : Histoire d’un cousin mal aimé
- L’ours : Histoire d’un roi déchu
- Les couleurs de notre temps
- Couleurs
- L’Etoffe du diable : Une histoire des rayures et des tissus rayés
- Les Animaux Célèbres
- Bleu : Histoire d’une couleur
- Le petit livre des couleurs
- Noir : Histoire d’une couleur
- L’Art de l’Heraldique
- Figures de l’héraldique
- Couleurs : Le grand livre
- Traité d’héraldique
- Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental






© Canal Académie - Tous droits réservés

Notez cette émission :

Commentaires