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La maison et le moi

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost

« Chacun est roi en sa maison » dit le proverbe. Pourquoi diantre la maison est-elle si chère à nos yeux ? Peut-être pour y cacher son moi et ne jamais se perdre de vue. Paul Valéry déclarait qu’il y avait « des moi plus moi que d’autres. » Et dans cette même veine philosophique, il ajoutait : « Je me suis rarement perdu de vue ; je me suis beaucoup aimé ; je me suis beaucoup détesté. Enfin, nous avons vieillis ensemble »…


La maison, la chacunière

« Vite, à la maison », c’est bien là le réflexe que l’on retrouve souvent lorsque tout semble aller mal. Et c’est bien la réaction dont témoigne Eugène Delacroix, lorsqu’il confie à son Journal intime, en 1853, combien, confronté à une angoisse, il lui fallut vite retrouver ses pénates : « J’ai éprouvé, écrit-il, un sentiment de malaise, qui ne s’est calmé que quand je suis rentré à la maison, où je me suis promené en tout sens, pendant près d’une heure ». On ne saurait mieux témoigner du bien-être ressenti à se retrouver dans ses murs, en principe protecteurs et rassurants, en tout cas apaisants pour le grand peintre romantique.

La formule banale, « rester à la maison », peut certes être synonyme d’ennui, mais elle aussi très souvent associée, notamment dans notre monde moderne, très remuant, à l’idée de tranquillité, et donc à l’absence d’ennuis, au-delà de la boutade d’un dramaturge français du XIXe siècle, Henry Becque, déclarant qu’il n’y avait que « deux plaisirs dans notre intérieur : celui d’en sortir et celui d’y rentrer ».
En réalité, « rester à la maison » relève du pléonasme dans la mesure où c’est justement à partir du verbe latin manere, « rester », qu’a été construit le nom latin mansio aboutissant au mot français maison à la fin du Xe siècle. Le manoir porte ainsi encore très directement la trace du verbe manere.

Nous avons tous une idée assez précise de « la maison », la nôtre, mais il y a bien une définition générale, et en 1690, dans son Dictionnaire universel, Furetière en donne une image correspondant bien à sa fonction prioritaire : « Logis, lieu où on se peut retirer, & remettre à couvert son bien & sa personne des injures du temps. » De fait, un peu à la manière de la tortue qui entre dans sa carapace dès qu’un danger la menace, on aime à se replier chez soi quand on ne se sent pas bien et alors, selon les formules consacrées, on se fait un devoir de « rester à la maison » pour « garder le lit ».
En 1571, parmi les types de maison évoqués, Maurice De La Porte signale la « maison hospitale », qu’il associe à la « maison amie, royale », rappelant ainsi qu’étymologiquement l’hôpital, lieu qui(...)


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