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Marguerite Yourcenar par Jean-Denis Bredin, de l’Académie française

Lecture du discours de Jean-Denis Bredin, son successeur à l’Académie

Lecture, par Fernand Guiot, de l’essentiel du discours de l’éloge rendu à Marguerite Yourcenar par Jean-Denis Bredin, qui fut son successeur à l’Académie française.


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Marguerite Yourcenar, née à Bruxelles le 8 juin 1903, décédée à Mont-Desert aux Etats-Unis le 17 décembre 1987, a été élue à l'Académie française le 6 mars 1980. Elle fut la 1ère femme à entrer sous la Coupole.




Voici l'intégralité du discours prononcé par son successeur, Jean-Denis Bredin, le jeudi 17 mai 1990 :

Messieurs, Madame,

I. Ce roulement de tambour, rythmant une marche héroïque ou une exécution capitale, ces costumes de généraux très civils, ces épées lourdes de précieux symboles, pareilles à des musées, cette illustre Coupole qui mêla le talent au génie au point de les confondre, tant de mérites et de rites assemblés... comment le nouveau venu ne se demanderait-il pas quel rêve étrange il traverse, et quel est celui d'entre vous qui voudra bien le bousculer ?

Celui-ci redoutait les uniformes et le voici empêtré dans l'habit qu'arrêta Bonaparte. Il s'est obstiné à fuir les cérémonies, et le voici acteur de la plus cérémonieuse d'entre elles. Il s'est dit que le plus beau de la vie d'un homme était ce qu'il avait manqué, et le voici reçu dans une Compagnie dont l'échec ne trace pas l'itinéraire.

Mais j'imagine que chacun, à votre heure, vous levant ici pour discourir sur un mort, vous vous êtes demandé si vous endormiez votre jeunesse, ou si vous assumiez votre sagesse, et si tant d'honneurs ne pesaient pas trop lourd. Votre exemple me rassure. Il me dit que vous vous tenez à bonne distance de votre image, et que venir chez vous ce peut être une douce manière de céder à la chance sans céder à la vanité.

Je prendrai donc, Messieurs, sans réticence, le plaisir de vous remercier. Pour tenter de le bien faire, j'ai consulté les précédents et observé que l'usage proposait au nouvel élu deux ruses pour envelopper son remerciement. La première lui suggère d'exposer sa parfaite indignité. Ainsi fit, en 1640, l'avocat Olivier Patru qui substitua aux quelques paroles de reconnaissance jusque-là prononcées un long discours, opposant le génie de ceux qui l'accueillaient à sa désolante médiocrité. « Où chercher, se demandait Patru, cette noblesse de génie qu'on ne tire que du ciel et qui luit si heureusement et dans tous vos ouvrages ?... Sans ce feu divin on ne peut vous suivre, on ne peut monter avec vous au faite de la montagne. » Le compliment parut si beau, en tout cas si agréable à entendre, que l'Académie l'érigea en(...)


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