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Félix Vicq d’Azyr, médecin de Marie-Antoinette, par Yves Pouliquen, de l’Académie française

Entretien avec l’académicien
Qualifié en son temps de "Buffon de la médecine", pour ses qualités scientifiques, Félix Vicq d’Azyr fut le médecin de Marie-Antoinette. Il fut également le deuxième médecin membre de l’Académie française et l’un des personnages les plus importants du XVIIIe siècle. Yves Pouliquen, de l’Académie française s’est intéressé à ce prédécesseur qui « s’imposa tel un météore » dans le monde scientifique des Lumières et qui vécut de très près la Révolution française. Rencontre avec l’auteur de cette biographie éclairante sur le monde des Lumières et de l’Encyclopédie.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : PAG715
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag715.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 14 mars 2010


Félix Vicq d'Azyr, médecin membre de l'Académie française (1748-1794)
Félix Vicq d’Azyr, médecin membre de l’Académie française (1748-1794)

Félix Vicq d’Azyr fut considéré en son temps comme un génie de la médecine. Mais aux yeux d’Yves Pouliquen, il est une figure trop oubliée par l’histoire. Médecin et membre de l’auguste Académie comme lui, Yves Pouliquen souhaitait depuis longtemps rétablir cette injustice du temps.

Yves Pouliquen de l'Académie française, le 12 novembre 2009, Institut de France
Yves Pouliquen de l’Académie française, le 12 novembre 2009, Institut de France
© Canal Académie

Avant de s’orienter vers la médecine, Vicq d’Azyr s’est intéressé à la philosophie et à la théologie. Sous la pression de son père, la médecine finalement l’emporta. D’emblée, jeune homme, Félix Vicq d’Azyr, par son ambition scientifique et sa vocation se distingua des autres étudiants. Très tôt remarqué par ses maîtres, dès son arrivée à Paris (originaire de Valognes), curieux de tout, il étudie les mathématiques, la physique, la chimie, y compris et surtout, l’anatomie dont il a une vision globale. Une démarche tout à fait originale pour l’époque. Il est un des premiers à s’intéresser au système nerveux et au cerveau. A 23 ans, il s’est fixé tout un programme pensant qu’on peut expliquer l’âme et la pensée par l’anatomie. Jeune il est déjà remarquable par cette ambition et entre à l’Académie royale des sciences en 1774. La rédaction extrêmement claire de son traité d’anatomie avec des schémas et tout le vocabulaire afférent, est un modèle du genre. Génie scientifique, l’homme était aussi séducteur. Ses talents d’orateur et de pédagogue en faisaient une "vedette" auprès de ses étudiants.

Le lire est un plaisir nous dit Yves Pouliquen qui fait de cet esprit représentatif de l’Encyclopédie un pré-évolutionniste, un pré-lamarckien et un pré-darwinien. Ses contemporains et confrères, Turgot, Malesherbes, Condorcet appréciaient son intelligence et sa rigueur au point de pousser le roi à lui confier en 1776 une mission de toute importance : l’arrêt d’une épizootie sévère qui toucha le sud-ouest du royaume. Ses initiatives pour arrêter la maladie, ses idées pour traiter le bétail abattu et les cuirs des bêtes contaminées lui valurent de stopper l’épizootie à l’âge de 24 ans. Yves Pouliquen montre comment cet homme brillant fut en quelque sorte le précurseur de la santé publique. S’il eut le privilège de la reconnaissance, il fut tout autant jalousé par ses confrères de la faculté de médecine.

Occuper la chaire d’Anatomie à la faculté vétérinaire de Maison Alfort, ne l’empêchait pas de participer à l’Encyclopédie et de mener une vie mondaine.

Il voulut entrer à l’Académie française où il se présenta deux fois avant d’y être élu en 1788, au fauteuil de Buffon dont il fit un très bel éloge. Il est le deuxième médecin, 150 ans après la création de l’Académie et après Marin Cureau de La Chambre. Vicq d’Azyr, amateur de la langue et médecin y avait sa place. Ensuite une dizaine de médecins sont entrés à l’Académie et seulement deux chirurgiens Henri Mondor et Yves Pouliquen.

Sous la Révolution, médecin en premier de la reine, il est tout d’abord favorable à cette révolution. Il modifie largement l’enseignement de la médecine et croit sincèrement en l’avènement d’une monarchie constitutionnelle. Trop proche du pouvoir, trop familier de l’entourage royal, il joue double-jeu, peut-être par naïveté. "Les événements politiques lui échappent un peu" dit Yves Pouliquen. En 1793, après les massacres de septembre, il se réfugie à Valognes et essaie de se faire oublier. Après la mort du roi, il revient à Paris se croyant protégé par Fourcroy qui l’implique dans des commissions d’arts, puis dans la récolte du salpêtre dans les caves des établissements parisiens, dont il est nommé commissaire. Il échappe à la Terreur et meurt d’une tuberculose ancienne après l’exécution de Bailly dont la disparition l’affecta particulièrement. Loin de l’image du potentat et du séducteur qu’il fut sous l’Ancien Régime, Vicq d’Azyr mit tout son génie et ses dernières forces dans cette période trouble et risquée pour sa vie, à survivre. Au contraire de Condorcet, Yves Pouliquen écrit : « il va opportunément se glisser dans le sillage de ses plus ardents ennemis et jouer sa survie autant que son honneur. »

Extrait : Mais la maladie, sournoise Parques, était là en cette chaude après-midi de juin, insensible à l’art des hommes, pour décider de la fin de celui qui avait tant craint qu’elle fût d’une autre nature, de celle que l’on imposait atrocement aux innocents qui, au moment où il rendait l’âme en son lit, se couchaient l’un après l’autre sur l’ignoble machine, à la grande satisfaction de ceux dont les cris sauvages montaient dans le ciel de Paris.


Pour en savoir plus

- Félix Vicq d’Azyr membre de l’Académie française

- Yves Pouliquen, de l’Académie française
- Élu en 2001 au fauteuil 35, Yves Pouliquen est un médecin, ses recherches et ses travaux sont consacrés à la pathologie de la cornée et à l’identification des mécanismes d’altération de sa transparence dans les cicatrices et les dystrophies héréditaires. Le professeur d’ophtalmologie Yves Pouliquen est également membre de l’Académie nationale de médecine depuis 1992. De nombreux prix ont récompensé son œuvre scientifique.

Parmi ses livres :

- La Transparence de la cornée, Masson, 1967
- Atlas d’histologie et d’ultrastructure de l’œil, Masson, 1969
- La Cataracte, Hermann, 1990
- Un oculiste au temps des lumières. Jacques Daviel, Odile Jacob 1999
- Mme de Sévigné et la médecine du Grand siècle, Odile Jacob, 2006
- Le Médecin et le Dictateur, Odile Jacob, 2008
- Félix Vicq d’Azyr. Les Lumières et la Révolution, Odile Jacob, 2009
- Lunette ou laser ? Choisir sa vision, Odile Jacob, 2011
- Cabanis, idéologue. De Mirabeau à Bonaparte, Odile Jacob, 2013






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