Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Mots clefs et suggestions


Séance solennelle annuelle de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

Retransmission des discours de la séance du 27 novembre 2009
Le 27 novembre 2009, s’est déroulée la séance publique annuelle de l’Académie des inscriptions et belles-lettres : après la proclamation du palmarès et le bilan des activités de l’Académie, deux académiciens ont prononcé un discours : Pierre Toubert sur la perception et la gestion de crises dans l’Occident médiéval et Juliette de La Genière sur les travaux archéologiques français en Turquie dans le cadre de la saison turque en France. Deux thématiques plus proches des préoccupations ou des interrogations contemporaines qu’il n’y paraît. Canal Académie vous propose d’écouter les discours de cette séance solennelle.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher
Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : COU530
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/cou530.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 20 décembre 2009


Jean Leclant, André Vauchez, Pierre-Sylvain Filliozat, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (de gauche à droite), Coupole de l'Institut de France, 27 novembre 2009
Jean Leclant, André Vauchez, Pierre-Sylvain Filliozat, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (de gauche à droite), Coupole de l’Institut de France, 27 novembre 2009
© Piero d’Houin

Vous entendrez dans cet enregistrement André Vauchez pour l’hommage aux membres et correspondants de l’Académie disparus cette année, suivi du bilan des activités de l’Académie pour 2009, l’allocution de l’ancien Secrétaire perpétuel Jean Leclant, le discours de Pierre Toubert et celui de Juliette de la Genière. Pour la lecture du palmarès 2009 et la proclamation des archivistes paléographes, reçus au concours cette année, prononcé par Pierre-Sylvain Filliozat, Canal Académie renvoie au site Internet de l’Académie qui publie en ligne la liste des prix et de lauréats. Quarante prix environ, ont été attribués en 2009.

André Vauchez, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 27 novembre 2009
André Vauchez, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 27 novembre 2009
© Brigitte Eymann/Académie des inscriptions et belles-lettres

La séance annuelle publique de l’Académie du 27 novembre 2009 fut ouverte et présidée par l’historien André Vauchez. L’académicien a rappelé le nom et l’œuvre des membres et correspondants disparus en 2009 : Robert Etienne, Karl Ferdinand Werner, Domenico Maffei, Dietrich Von Bothmer, Georges Tate, Angeliki Laiou, Terukazu Akiyima. Cette année, Jean-Pierre Sodini et Olivier Picard ont été élus membres de l’Académie, ainsi que 6 correspondants en France et 6 correspondants étrangers. Il a ensuite présenté les missions et les activités auxquelles l’Académie a pris part tout au long de l’année. Parmi ces évènements, il y eut plusieurs colloques, celui consacré aux « Relations, échanges et transferts en Europe dans les derniers siècles du Moyen Age », celui sur « Les textes de Nag Hamadi : histoire des religions et approches contemporaines », celui sur « Lire un texte vieilli, du Moyen Age à nos jours », sur « Les projets de croisade du Moyen Age à nos jours (XIIIe-XVIIe siècle) », et « Philodème : la Calomnie ». En octobre, le colloque de la Villa Kérylos s’intéressait de manière diachronique à l’Egypte pharaonique à la Contre-réforme, aux sanctuaires et leur rayonnement dans le monde méditerranéen, de l’antiquité à l’époque moderne.

Le site "Persée" à consulter

Parmi les travaux académiques, séances, journées d’études, et les nombreuses publications, l’Académie s’est engagée depuis deux ans dans un projet de mise en ligne de ses périodiques sur le portail public et gratuit « Persée » qui accueille les principales revues françaises en sciences humaines et sociales. Les CRAI, les Compte-rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, sont la première publication concernée. Ils sont déjà consultables et téléchargeables de 1940 à 2005 sur le site « Persée » où des outils de recherche performants en permettent une exploitation renouvelée. Le reste de la collection sera progressivement mis en ligne d’ici mi- 2010. Dans la perspective de donner une visibilité toujours plus grande aux travaux de l’Académie, les Monuments Piot et le Journal des Savants seront également mis en ligne entre 2010 et 2012.

Il revient à Jean Leclant, l’ancien secrétaire perpétuel d’introduire la partie scientifique de la séance. Selon ses propos : En effet, notre Compagnie, qui se veut être un lieu par excellence d’érudition, tient à montrer comment l’étude du passé permet de mieux situer, dans une perspective humaniste, les faits les plus présents et mieux appréhender les évolutions du futur. C’est selon ce principe que nous avons souhaité cette année aborder l’un des problèmes actuels parmi ceux qui préoccupent toujours davantage nos sociétés : celui des crises du milieu naturel et sanitaire dont le rythme semble aujourd’hui se précipiter à tel point que notre Humanité même pourrait se trouver en danger. Il a précisé ensuite comment l’Académie : ... a entendu s’associer également cette année à la riche série de manifestations organisées dans le cadre de la présente saison de la Turquie en France, placées sous l’égide des Ministères des Affaires étrangères et de la Culture de nos deux pays – quelque 400 événements se déroulant de juillet 2009 à mars 2010.

Pierre Toubert, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 27 novembre 2009
Pierre Toubert, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 27 novembre 2009
© Piero d’Houin

Pierre Toubert, membre de l’Académie depuis 1986 et Professeur au Collège de France de 1992 à 2003 où il occupa la chaire d’histoire de l’Occident méditerranéen au Moyen Âge a prononcé un discours intitulé Perception et gestion des crises dans l’Occident médiéval. Dans la ligne de Lucien Febvre pour qui l’histoire, était « fille de son temps », Pierre Toubert visite le champ des crises médiévales qu’il connaît si bien à la lumière des outils contemporains d’analyse des risques de ces vingt dernières années. Un savoir récent au service de l’histoire pour une historiographie rare. Le Risk Managment peut-il nous aider à comprendre les disettes, famines, épidémies, tremblements de terre des siècles passés ? L’audace de Pierre Toubert est de nous interroger sur la perception, l’impact de ces crises, de ses pandémies et des catastrophes naturelles auxquelles l’humanité est confrontée au cours de son histoire.
Il se penche sur les modes de perception des crises adoptés par les hommes du Moyen Âge, sur les idées, en somme, qu’ils ont pu se forger quant à leurs causes et aux moyens d’y remédier, du point de vue des conduites individuelles comme des réponses sociales apportées en période de crise par les grands décideurs politiques du moment : princes laïques, ecclésiastiques et communes urbaines en particulier.

Extraits du discours de Pierre Toubert :

Rien ne serait cependant plus malheureux que de passer à côté de ce qui m’apparaît comme le vrai problème historique : à savoir la capacité de l’homme médiéval à construire son étiologie des crises et, par là-même, à faire de la perception du risque un objet culturel offert à notre analyse.

Au delà en effet du sentiment commun selon lequel les crises ne sont que le prix dont les hommes paient leurs péchés (peccatis nostris exigentibus), l’analyse révèle une sensibilité médiévale tendue vers une recherche causale diversifiée. Dans le cas des famines, l’identification de causalités liées à des phénomènes célestes exceptionnels (comètes, éclipses, météores, etc.) et à des conjonctions astrales défavorables est, on l’a vu, très générale. Ces dernières sont ainsi perçues à la fois comme un champ de rationalité scientifique et comme un domaine d’inaccessibilité qui n’exclut cependant pas un certain niveau d’emprise sur les effets du risque encouru, qu’il s’agisse d’épidémies, de famines ou d’ailleurs d’incendies et de séismes. Notons que la détermination de conjonctions astrales adverses peut déboucher sur la conscience d’une prévisibilité astrologique de la crise. La croyance commune en une causalité astrale des crises n’exclut nullement d’autre part l’idée que des facteurs humains aient pu, de leur côté, jouer un rôle adjuvant dans le déclenchement des crises. Les chroniques toscanes du XIVe siècle, en particulier celle de Giovanni Villani, sont souvent attentives à faire la part des causalités célestes et celle des causalités sociales dans la perception des situations à niveau élevé de risque.

Juliette de la Genière membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 27 novembre 2009
Juliette de la Genière membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 27 novembre 2009
© Brigitte Eymann/Académie des inscriptions et belles-lettres

Juliette de La Genière, membre de l’Académie depuis 2000, céramologue de réputation internationale, s’est distinguée dans le domaine de l’archéologie grecque par ses recherches conduites en Grèce et en Turquie. Faisant écho à la saison turque en France, son discours consacré aux Prospections et fouilles archéologiques françaises en Turquie retrace l’histoire des savants français fascinés par l’Anatolie et celle des missions archéologiques entre la Turquie et la France. Pour évoquer l’extraordinaire moisson scientifique récoltée par ces savants, elle rappelle la mission de Charles Texier (1802-1871), qu’on doit à Guizot après consultation de l’Académie, qui vaut à l’Académie d’avoir dans ses archives des lettres du Sultan et des ministres de la Porte montrant l’accueil très favorable qu’ils portaient à ladite mission scientifique qui permit la découverte des ruines grandioses de Bogaz Köy et du sanctuaire de Yazilikaya. Avec elles, l’histoire des Hittites et des débuts de l’hittitologie prenaient place dans la tradition savante dans laquelle s’est particulièrement illustré vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle, Osman Hamdy Bey à Istanbul qui sut s’entourer de Salomon Reinach. L’amitié des deux hommes n’est pas pour rien dans la mise en œuvre du Musée de Constantinople et du Musée de l’École des beaux-arts qui composent aujourd’hui l’actuel Musée d’archéologie d’Istanbul. D’autres noms peuvent être cités : Edmond Pottier, Amédée Hauvette, Gustave Mendel, qu’Osman Hamdy Bey nomma Conservateur des Musées Impériaux. En une dizaine d’années Gustave Mendel publia une série de remarquables Catalogues des Musées Impériaux ottomans. A la veille de la Première Guerre mondiale, la fouille de Claros, au sud de Smyrne, ouverte en 1913 sur l’initiative du professeur Macridy, Conservateur adjoint du Musée de Constantinople marque un autre temps fort de l’archéologie. Ce chantier fut mené conjointement avec l’archéologue Charles Picard. Sur ce site, plus tard, l’épigraphiste Louis Robert a notamment beaucoup travaillé dans les années soixante. Juliette de La Genière rapporte ensuite l’objectif premier des campagnes menées à Claros sous sa responsabilité à partir de 1988, qui était de rendre visibles les monuments découverts par Charles Picard et Louis Robert en les libérant de leur gangue d’alluvions pour établir une liaison entre les propylées, le temple et l’autel d’Apollon, qui étaient encore séparés par un champ cultivé, les dominant de trois ou quatre mètres.

L’académicienne a évoqué également l’œuvre d’une autre mission française celle de Pierre Demargne, membre de l’Académie, actuellement poursuivie par le professeur Jacques des Courtils, sur le site lycien de Xanthos dont on ne connaissait jusqu’en 1950 que les prestigieuses antiquités conservées au British Museum. Jacques des Courtils qui dirige la mission archéologique française de Xanthos a reçu en 2009, le Grand prix d’archéologie de la fondation Simone et Cino Del Duca de l’Institut de France, d’un montant de 200.000 € pour mener ces travaux sur la culture de la Lycie.

Extraits du discours de Juliette de la Genière :

On a évoqué ici les travaux de quelques chercheurs français qui ont dédié à l’actuelle Turquie l’essentiel de leur activité scientifique. Même si leurs missions ont été souvent interrompues par des événements extérieurs, guerres, accrocs diplomatiques, financements insuffisants, etc., ils ont pu apporter une contribution importante à la connaissance de cette immense région du monde antique : ce territoire où coexistèrent, où se succédèrent des cultures diverses ; une diversité, source d’influences réciproques, et donc de richesse. Il est curieux de constater que la plupart de ces savants ont été Membres de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, comme si des liens particuliers attachaient notre maison au sol de l’Anatolie. Ces liens, nous souhaitons qu’ils se maintiennent et, si possible, qu’ils se renforcent.

Relief d'Alaca Hoyuk
Relief d’Alaca Hoyuk

Pour en savoir plus

- Palmarès 2009 des prix décernés par l’Académie des inscriptions et belles-lettres
- Texte du discours d’André Vauchez,
- Texte de l’allocution d’accueil de Jean Leclant, ancien Secrétaire perpétuel
- Texte du discours de Pierre Toubert, Perception et gestion des crises dans l’Occident médiéval
- Texte du discours de Juliette de la Genière, Prospections et fouilles archéologiques françaises en Turquie
- Persée, portail de revues scientifiques en sciences humaines






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires